La Nouvelle Tribune: Comment expliquez-vous la hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires à l’approche du Ramadan ?
M. Jafaari: Chaque année, à l’approche de Ramadan, des fluctuations des prix sont enregistrées au niveau de plusieurs produits alimentaires. Ces hausses ont des causes bien souvent conjoncturelles. Mais surtout, si elles durent, leurs conséquences sont néfastes et le spectre de l’inflation s’annonce. Les ménages modestes doivent supporter tant bien que mal les hausses opérées à tour de bras. Leur valse touche en premier lieu les produits alimentaires dont les prix ne cessent de fluctuer d’un marché à l’autre.
Le même sachet, la même marque et le même poids avec la même qualité et origine coûte, d’un lieu de vente à l’autre, quelques dirhams en plus ou en moins. Les services de contrôle des prix ayant bien du mal à faire respecter la loi, alors que la qualité des produits laisse à désirer!
Il n’y a pas de doute que certains commerçants n’hésitent pas à tricher. Existe-t-il réellement des moyens coercitifs?
Les commerçants trichent. Le beurre n’est pas du beurre, le lait n’est pas du lait, l’huile n’est pas de l’huile et le miel n’est pas du miel etc..., par contre, le prix est le double ou le triple de ce qu’il devrait être.
Les produits de grande consommation, notamment alimentaires, ne se vendent pas seulement plus cher, mais leur qualité n’est pas toujours irréprochable. Ce qui risque de mettre en péril la santé et la vie même du consommateur. Apparemment, l’Administration du Commerce Intérieur et les services économiques des Wilayas, qui sont dotés de contrôleurs des prix et de la qualité, n’arrivent pas à maîtriser la situation. Les mesures prises pour lutter contre la flambée des tarifs et les pratiques frauduleuses de certains commerçants n’ont servi à rien.
L’absence d’une organisation rationnelle et planifiée des circuits du commerce intérieur, donne l’occasion aux différents lobbies des intermédiaires et des spéculateurs de contrôler les marchés et de gagner des profits substantiels aux dépens du producteur et du consommateur.
Les marchés de l’informel connaissent eux aussi avant et pendant le mois de Ramadan des hausses de prix de plusieurs produits alimentaires et certaines catégories de l’électroménager. Conserves en tous genres allant de la mortadelle au thon, produits laitiers : fromages, yaourts à conservation longue durée, lait pasteurisé... Tous proviennent de la contrebande, idem pour les jus d’orange, de mangue, d’abricot, d’ananas, de raisin...
Est-ce là les seules raisons?
Deux éléments objectifs peuvent expliquer une partie de ces hausses de prix qui concernent les produits agricoles. D’abord une offre réduite en raison, primo de la perte d’une partie des récoltes (fruits et légumes) et des productions (poulet), conséquences des périodes de forte chaleur qui ont sévi dernièrement. Des chutes de rendements et des mortalités élevées en aviculture. Pour ce dernier secteur, les régions continentales et les élevages non équipés de systèmes de ventilation ou de conditionnement d’air ont été les plus affectés. Secondo, à cause de l’organisation du circuit de commercialisation qui a entraîné un retrait du marché d’une partie de l’offre. Des achats massifs ont été opérés par des commerçants organisés disposant de plates-formes de stockage réfrigérées (cas de la pomme notamment).
Tertio, il y a le phénomène économique, car la tendance des cours d’un produit provoque la même tendance pour les produits de substitution. La hausse des prix d’un fruit entraîne des élévations pour les autres fruits de la même classe (pomme, poire, nectarine, raisin...). La même logique peut expliquer la hausse des cours des viandes blanches, compte tenu des cours élevés des viandes rouges (bovin, ovin). Les éleveurs gardent leurs cheptels car leur alimentation est disponible actuellement (foin, paille, céréales...) sans grands frais.
Il y a eu aussi des cas plus graves de botulisme (boîtes de conserves et poulets avariés...). Quel est votre avis à ce sujet ?
Le botulisme est une affection nerveuse caractérisée par des paralysies flasques connues depuis l’Antiquité. Il sévit chez l’homme et les animaux et résulte de l’action de neurotoxines bactériennes, dénommées toxines botuliques, dont la caractérisation et le mécanisme d’action ont été décryptés au cours de ces dix dernières années. Les toxines botuliques sont les toxines les plus puissantes connues. Selon leurs propriétés antigéniques, elles se divisent en sept toxinotypes (A, B, C, D, E, F et G). Le botulisme humain est associé aux types A, B et E, et exceptionnellement aux types C et F, alors que les types C et D sont essentiellement responsables du botulisme animal (C chez les volailles et D chez les ruminants).
Ces modes de contamination peuvent être à l’origine du botulisme :
L’intoxication alimentaire survient après ingestion d’aliments contaminés par C. botulinum et dans lesquels de la neurotoxine botulique a été produite. L’ingestion de toxine préformée dans l’aliment est suffisante pour provoquer la maladie (intoxication)
Le botulisme néonatal et certains cas de botulisme chez l’adulte résultent d’une toxi-infection. Les spores ingérées peuvent, sous certaines conditions, se multiplier dans l’intestin et produire de la toxine in situ. C’est le cas chez le nouveau-né où une flore digestive incomplètement constituée ou incomplètement fonctionnelle, n’a pas d’effet inhibiteur sur la croissance de C. botulinum.
Si vous nous parliez du botulisme aviaire ?
Cette année qui a connu un été particulièrement chaud, a été particulièrement meurtrière dans ce secteur. Les pertes se sont chiffrées en dizaines de milliers de poulets. Le botulisme de type C, plus rarement D, se déclare dans des élevages industriels de volailles (dinde, poulet).
La source la plus probable de la contamination de ces élevages est l’aliment contenant des farines de viande. Des réapparitions de botulisme interviennent dans les élevages où le sol est constitué de terre battue. La contamination des sols dont la désinfection totale est illusoire, et la longue survie des spores dans le milieu extérieur rendent compte de la persistance de la maladie dans ces élevages.
La gravité de cette affection ne doit pas faire sous-estimer son diagnostic, sa prise en charge précoce et l’intérêt de la surveillance du botulisme.
Quid de la contamination de l’homme ?
Le botulisme animal est généralement de type C ou D, et ces formes sont rarement rencontrées chez l’homme. Cependant, l’homme est sensible au type C, mais sa barrière digestive permettrait peu le passage de ce type de neurotoxine. La question reste posée de savoir si une augmentation de l’incidence du botulisme C chez les poulets d’élevage, ne constitue pas un risque pour l’homme. Par contre, l’apparition de botulisme E dans des élevages industriels de poulets est plus préoccupante, du fait de la gravité de cette forme de botulisme chez l’homme et de sa fréquence dans certains pays (Algérie, Italie ...).
Propos recueillis par
Daouda MBaye