Décidément le panier de la ménagère ne cesse de s’alléger! L’une des principales causes est sans conteste les prix élevés des légumes verts. Ceux-ci sont hors de portée dans tous les marchés du Nord au Sud et pour la quasi-totalité des ménages. Jugez-en vous-même, et peu importe l’endroit où se situe le marché, que ce soit dans un quartier huppé ou populaire, le prix des légumes affiche la même singularité c’est-à-dire exorbitant! A l’unanimité les ménagères, et autres chefs de famille ont d’une seule voix déploré cette flambée des prix. Au kilogramme, les haricots verts 14 à 12 Dhs, les tomates à 10 Dhs, les carottes à 5 Dhs, les pommes de terre à 5 Dhs, le poireau à 7 Dhs, l’oignon rouge à 3 Dhs et blanc à 4 Dhs, la petite courgette à 10 Dhs, la courgette à 6 Dhs, ...
La loi économique voudrait que la rareté fasse le prix. Pourtant au marché de Gros de Casablanca, les fournisseurs de l’aube, qui ravitaillent les détaillants, soutiennent qu’il n’y a pas de pénurie sur un quelconque produit, «le marché est bien approvisionné» n’a-t-on cessé de nous préciser. Alors qu’est-ce qui explique ces pics au niveau des prix? Doit-on mettre la cherté des denrées sur le dos de l’automne ? C’est «wakht kharif», nous a-t-on souvent indiqué du côté des vendeurs. Apparemment rien ne l’explique si ce n’est dû à une honteuse spéculation ou à la rareté de quelques légumes tels que les haricots verts. Quoi qu’il en soit les détaillants se plaignent de l’élévation des prix et prétendent ne faire que répercuter la hausse sur le consommateur final. A titre d’exemple la caisse ou «sandokh» de tomates ne vaut pas moins de 200 Dhs, vendue au détail, cela tourne autour de 3,5 Dhs le kilogramme nous a indiqué M. Abdelkhader S. du marché de Derb Ghallef.
Baisse virtuelle des prix
Dans un tel contexte, les revenus des ménages accusent un sacré coup. De l’avis des commerçants des marchés du Maarif, de Hay Jajmaa, de Bourgogne, de Derb Ghallef, ... et qui n’hésitent pas à se muer en véritables conjoncturistes, dans les semaines à venir les prix vont baisser. Nous ignorons sur quoi ils fondent leurs raisonnements. «Ces quatre derniers jours, les prix ont même baissé par rapport à la semaine dernière» mentionne M. Mohamed B. vendeur de son état. Avec l’arrivée imminente du mois sacré du jeûne, qui connaît annuellement des hausses assez sensibles du prix des légumes, ce discours paraît rassurant. Tellement commode que les chefs de famille que nous avons entendus l’ont adopté et croient fermement à une chute avant le Ramadan. Mais sera-t-elle réelle? En l’espace de quelques jours certains prix sont restés fixes, et n’ont pas baissé du tout, tandis que d’autres légumes ont vu leurs prix augmenter. Mme Soukeina B, croisée à Bourgogne en train de faire son ravitaillement pour la semaine, doute profondément d’une diminution des prix. De son avis, il va falloir encore s’attendre à la spéculation anté- ramadanienne avec les rétentions de stocks de légumes pour faire monter les prix en flèche. Elle poursuit dénonçant l’absence d’affiches indiquant les prix.
L’affichage pour atténuer le choc
Peut-être que ces vendeurs pensent faire des économies sur la craie, tant les prix varient. Quid de la loi sur l’affichage des prix? Chaque fois que nous avons posé la question , on nous a rétorqué: «à quoi bon, quand tout un chacun les connaît». Il est vrai qu’à la différence d’un ou deux dirhams, ces prix sont identiques. N’est-ce pas une raison valable pour les afficher? Et au-delà mettre un bémol à cette tendance haussière, car est-il logique que la liberté des prix se fasse sur le dos du consommateur?
Pour pallier cette flambée des prix qui commençait à se faire sentir certains se dirigent vers les grandes surfaces. Une grosse légume- du moins l’imposante «tire» dans laquelle il engouffre ses achats, le présuppose - n’a pas hésité à nous déclarer: «Moi depuis bientôt deux semaines j’évite le marché de mon quartier pour venir m’approvisionner ici à la périphérie. L’hypermarché fait des offres somme toute abordables». En réalité, il n’a pu, tout au plus, que grignoter quelques Dirhams par rapport aux souks traditionnels.
Par rapport aux prévisions des prix des produits alimentaires relevés dans la Note de Conjoncture de l’INAC du mois de juin 2003, qui tablaient sur une hausse peu significative, contrairement à 2002, +4,3% (indice du coût de la vie fortement influencé par les légumes frais et les viandes). On peut légitimement se demander où sont les retombées positives de la campagne agricole 2002-2003? Celle-ci ne devrait-elle pas orienter à la baisse les prix des produits frais tout au long de l’année? Autant de questions à élucider et dont les solutions seraient connues de nos chers détaillants.
Daouda MBaye