Le secteur de la distribution du gaz butane est entièrement réglementé, ce qui signifie que le prix de vente du butane en bouteilles (3,3 DH le kilo, ce qui ne couvre que 40 % du coût de revient) est fixé par l’État, et qu’il ne fluctue donc pas au gré des cours internationaux (comme le pain, ainsi que d’autres produits de première nécessité). Suivant le schéma retenu, d’un commun accord, par l’Administration et les opérateurs du secteur, les distributeurs commercialisent le gaz à un prix inférieur à son coût de revient ; en contrepartie, l’État leur verse, par le truchement de la Caisse de Compensation, une subvention représentant 60 % du prix d’achat.
C’est parce que ce processus est aujourd’hui enrayé depuis trop longtemps que le GPM crie à la catastrophe. « La pénurie est inévitable, si rien n’est fait pour débloquer la situation, si la Caisse de Compensation persiste à ne pas tenir ses engagements », explique Moulay El Hassa ElAlamy, secrétaire général de cette corporation d’importateurs et de raffineurs des hydrocarbures. A quelques semaines du ramadan, mois durant lequel un pic de la consommation de butane en bouteilles est enregistré, une pénurie de ce produit tomberait bien mal !
L’État, mauvais payeur
A la suite de la hausse des cours internationaux des produits pétroliers à la fin de l’année 2002 (sur fond de crise irakienne), les pouvoirs politiques n’ont pas été en mesure d’assurer régulièrement, conformément aux accords passés avec les distributeurs de gaz butane, le paiement des subventions. Nonobstant le règlement, fin septembre, de 200 millions d’arriérés (initialement promis pour juillet), le montant total des retards s’élève, à ce jour, à 650 millions de dirhams. Fichtre !
Les responsables du GPM estiment, par ailleurs, que si cette situation devait persister dans les mois à venir, les retards de paiement franchiraient la barre du milliard de dirhams.
«La Caisse de compensation a cumulé d’importants retards de paiement, entraînant de graves déficits de trésorerie chez les entreprises de distribution. Pour pallier ces difficultés financières et continuer à fournir le marché en gaz butane, les membres du GPM ont été bien obligés de recourir à l’endettement en contractant des prêts bancaires considérables pour assurer leur fond de roulement. Par ailleurs, les banques, faute de visibilité au niveau de ce secteur, marquent une réticence à poursuivre leur engagement financier », s’indigne M. ElAlamy.
Selon les responsables des sociétés de distribution affiliées au GPM, si la situation perdure ainsi, l’approvisionnement du pays peut être compromis. « Les vannes seront bientôt à sec, si l’État ne rembourse pas immédiatement les 650 millions de DH échus. Il y va de la survie de plusieurs acteurs de ce secteur », avise un autre responsable du GPM.
Il est à noter que le secteur de la distribution du gaz butane emploie 13.000 personnes. Tous ces emplois sont aujourd’hui menacés à cause de la crise engendrée par les retards de paiement de la Caisse de Compensation, à cause du non-respect, par l’État, de ses engagements. Les membres du GPM disent avoir pris contact, dès le mois de janvier de l’année en cours, avec les autorités. Même le Premier ministre a été mis au parfum des retards de compensation.
« Tout le monde dit compatir, mais aucune solution n’a été suggérée jusque-là », tonne M. ElAlamy.
M.L.