Le Sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a débuté ses travaux (du 10 au 14 septembre 2003) à Cancun, est attendu à plus d’un titre. Ses enjeux et ses conséquences sur le commerce international ne pouvaient laisser, à l’échelle planétaire, les acteurs politiques et économiques indifférents. C’est M. Pascal Lamy, Commissaire au commerce de l’UE, qui a donné le ton sur ce que devra être Cancun ou tout au plus sur les attentes de ce Forum mondial, tout en plaidant pour la bonne foi de l’UE dans ces cycles de négociations de l’OMC.
Pour ce faire, il a donné, jeudi 3 septembre 2003, une vidéo-conférence, destinée aux différentes rédactions du monde , en vue de débattre de l’ensemble des questions susceptibles d’être traitées lors de cette Conférence ministérielle.
Naturellement, trois thèmes ont dominé la rencontre de M. Lamy avec les journalistes du monde entier. Il s’agit des subventions accordées aux agricultures, appelée la PAC (politique commune agricole), l’accord sur la fourniture de médicaments à des conditions avantageuses aux pays pauvres et le rôle des pays en développement dans la nouvelle configuration de l’OMC après son intégration. D’autres questions ont été abordées notamment les volets concernant la capacité de l’OMC à réguler le circuit commercial au niveau mondial ou encore les problèmes environnementaux et la revalorisation des matières premières. Sur ces différents dossiers, M. Lamy a résumé les enjeux en insistant sur la réussite du programme de Doha pour le développement. «Le succès du programme de Doha pour le développement est la priorité absolue de l’UE dans le domaine commercial. Nous en attendons une relance économique mondiale grâce à une ouverture accrue des échanges de biens et d’investissements dans le cadre de l’OMC. Mais chose tout aussi importante, ce cycle de négociations doit permettre aux pays en développement de mieux s’intégrer dans le système des échanges mondiaux et favoriser le développement durable de tous les pays».
Sauver l’esprit de Doha
Cependant, en faisant une rétrospective et en mettant dans la balance les différents éléments des enjeux de Cancun, on voit bien que les bonnes déclarations ne peuvent suffire à elles seules à résoudre les problèmes de l’OMC. Car l’UE et les États Unis sont fermement décidés à ne céder aucun pouce sur le dossier agricole, tout en subventionnant des produits exportés, ni à revoir à la hausse les cours des matières premières. En plus, ils grincent des dents après l’entrée de la Chine dans le giron de la communauté de l’OMC.
Au même moment , ils exigent des pays en développement de libéraliser leurs frontières ou encore de n’accorder aucun crédit à leurs agriculteurs. D’ailleurs, pour la question concernant le commerce, en dehors de toute bonne volonté, le Commissaire au Commerce de l’UE a été on ne peut plus clair : «il est évident que dans le commerce, il faut avoir des résultats et pour avoir des résultats, il faut être prêt à payer un prix. Dans la pratique, il a été démontré que le prix payé par chaque pays est beaucoup plus bas par rapport aux résultats obtenus en terme de libéralisation du commerce.
Il est donc clair que la productivité d’un pays, sa capacité à se positionner sur le marché international dépendent de lui-même.» En paraphrasant cette analyse, on comprend dès lors qu’il appartient aux pays Pour ce qui est de l’accord historique sur les médicaments, il est évident que si l’unanimité est faite autour de l’allégement des prix des produits pharmaceutiques, beaucoup de questions restent en suspens en raison de la complication des procédures pour l’acquisition des médicaments génériques.
Mais pour les responsables de l’OMC, cet accord suscite déjà à la fois des espoirs pour de nombreux pays pauvres tandis qu’il représente des doutes de la part des ONG quant à son efficacité pour soulager les millions de malades du SIDA, de la malaria et d’autres maladies infectieuses.
D’ailleurs, il a fallu huit mois de blocage pour que les 146 pays membres de l’OMC arrivent à accorder leur violon pour l’importation par les États pauvres de ces types de médicaments en vue de remédier à des problèmes graves de santé publique. Pour les observateurs, cette question risquait un blocage dans les discussions au sein de l’OMC à Cancun au Mexique. Alors que, pour I’UE, le Commissaire au commerce estime qu’il a «peut-être fallu trop longtemps pour parvenir à cet accord, mais il montre que l’OMC peut répondre avec souplesse et pragmatisme aux préoccupations des pays en voie de développement et contribuer au combat contre les maladies infectieuses”.
Un avis qui est loin d’être partagé par plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) qui ont exprimé des doutes sur la portée pratique de l’accord. Médecins sans frontières (MSF) et Oxfam parlent d’une application trop compliquée.
Revaloriser les matières premières
“C’est un marché de dupes, l’accord est trop compliqué à appliquer et légalement peu clair, les pays qui veulent en profiter doivent suivre un véritable parcours du combattant”, devait déclarer un responsable de l’organisation OXFAM.
Selon elle, il s’agit de 20 pages pleines de clauses compliquées, contradictoires et ambiguës”, qui vont décourager les investisseurs et les pays pauvres n’auront pas d’autre choix que d’acheter les médicaments au prix fort, s’ils veulent soigner leur population. Enfin, il faut souligner que le dossier était bloqué depuis décembre 2002 par les États Unis qui cherchaient à protéger leur industrie pharmaceutique.
Concernant, l’adhésion de la Chine à l’OMC, en moins de deux ans, les experts ont du mal à en mesurer précisément les effets aux plans économique et social mais on est très loin de la catastrophe annoncée par certains. Cette méfiance n’est pas du genre à instaurer un climat serein au sein d’une institution qui se veut gardienne du commerce international.
Quant aux subventions agricoles des pays riches, elles n’arrangent pas non plus les affaires notamment pour ce qui est du coton produit en Afrique. En effet, le coton africain est compétitif et de qualité, seulement son exportation, synonyme de recettes et de développement économique pour un pays, est plombée par les subventions accordées par les pays développés à leurs producteurs.
C’est dire que les travaux de Cancun promettent beaucoup d’autant plus que les subventions des pays riches font perdre aux pays en développement “l’équivalent de près de 40 milliards de dollars nets par an en exportations agricoles”, selon une étude de l’institut international de recherche sur l’alimentation (IFPRI). Cependant, pour les autres aspects du commerce international, notamment le démantèlement des barrières douanières, le fer, les OGM, il y a fort à augurer d’un résultat probant.
M.S.