Tanger, son Cap Spartel, ses Grottes d’Hercule, ses hôtels somptueux ou encore son Ancienne Médina, captive. Surtout lorsque des professionnels de la communication (les responsables de RAM Paris et leur boîte de com.) ne ménagent pas leurs efforts pour présenter la ville du Détroit sous son meilleur jour, pour en mettre plein la vue aux journalistes (les « expatriés » notamment).
Mais, peut-être davantage que les attraits naturels et culturels de la ville, il est une rencontre qui a laissé tout ce beau monde souffle coupé : celle de Driss Benhima.
Comme lorsqu’il était à Casablanca déjà, Benhima inspire confiance et prend des allures de dirigeant providentiel. « C’est clair qu’avec un gars comme ça à la baguette, Tanger et le Nord entier n’auront bientôt plus rien à envier à la Costa Del Sol », faisait remarquer une journaliste parisienne durant le déjeuner qui suivit l’intervention de «Superbosseur», parent de « Supermenteur ».
Oui, Benhima est un super-héros (qui a les pieds sur terre) ! La qualité du programme que l’agence qu’il chapeaute supervise en atteste. Il est vrai que les plus importants de ces projets économiques (Tanger-Méditerranée, la rocade) ne sont pas son initiative, mais il n’en demeure pas moins que, pour les mener à bien, il n’est probablement personne d’aussi valable que lui.
Politique des grands travaux
« Le port de Tanger-Méditerranée sera implanté sur le site du détroit de Gibraltar, à l’intersection des grandes routes maritimes du monde, à 35 km à l’est de Tanger et à 15 km au sud de l’Europe », explique Benhima, qui ajoute que le complexe portuaire comprendra un port en eau profonde, une zone franche logistique de 98 ha, les zones franches industrielles de Tanger et Tétouan, une zone « duty free » commerciale de 125 ha à Fnideq (rien de tel pour couper l’herbe sous les pieds de la mafia des contrebandiers !), une connexion ferroviaire entre Tanger et le complexe port-zones franches…
La création d’un tel pôle d’activité devrait, selon le D.G. de l’Agence du Nord, permettre de désengorger la ville de Tanger et de conditionner son port actuel (Tanger-ville) en une des plus grandes places de croisière de la Méditerranée (Puerto-Banus n’a qu’à bien se tenir !).
Mais là n’est pas l’unique projet en cours dans la région. La rocade méditerranéenne devrait aussi être l’un des leviers de développement essentiels des provinces du Nord. Cette route côtière devant relier Tanger à Saïdia permettra, entre autres, le désenclavement de l’Oriental. Si l’on ajoute à ces grands projets structurants d’autres initiatives de moindre envergure (la liaison ferroviaire Taourirt-Nador, l’autoroute Fès-Oujda, l’aménagement d’unités touristiques dans le cadre du « Plan Azur », la promotion de l’écologie, de l’aquaculture, de l’alphabétisation…), il apparaît clairement que la politique des grands travaux, chère à John Manyard Keynes, a le vent en poupe au sein de l’agence.
Enfin, le projet qui tient probablement le plus à cœur à Benhima (à en croire son implication dans la vie sociale lorsqu’il était Gouverneur de Casablanca est celui, ambitieux, de la création de nouvelles villes dans le Rif. Il ne s’agit pas là de créer, de toutes pièces, de nouveaux sites, mais plutôt de mettre à niveau les bourgades existantes, souvent fort peuplées, mais qui ne peuvent être assimilées à des villes tant elles manquent atrocement d’infrastructures de base (eau, électricité, écoles, hôpitaux, axes routiers…). Selon M. Benhima, ce sont des villages comme Kétama ou Bab Berred (capitales mondiales du cannabis) qui devraient « bénéficier » (est-ce le mot juste ? Ce ne doit en tout cas pas être la perception des narcotrafiquants !) des changements que l’Agence souhaite implémenter.
Il est à rappeler que l’aire d’intervention de « l’Agence Benhima » couvre 50.000 km2 (7,5 % du territoire national), 9 provinces et 3 préfectures recelant 5,3 millions d’habitants (25 % de la population nationale).
M.L.