Refusant ce seuil qu’ils jugent trop élevé, récusant tous les appels à la recomposition du paysage politique national, excluant toute démarche d’unification de la gauche, par trop plurielle aujourd’hui dans notre pays, les formations de la mouvance socialiste et d’extrême gauche, du PPS au CND en passant par Annhaj Addimoukrati ou le GSU, montent au créneau pour rejeter avec force ce qu’ils considèrent comme l’expression d’un complot visant à les priver de toute représentation parlementaire en 2007. Leur ire et leurs critiques vont à la fois vers le gouvernement, accusé d’avoir proposé un seuil "intolérable" et vers l’USFP soupçonnée d’hégémonisme et de calculs électoralistes étroits. L’Istiqlal n’est pas épargné par cette fronde qui, il faut le dire, ressemble pourtant à une tempête dans un verre d’eau, tant l’opinion publique semble éloignée de ce type de préoccupations très politiciennes.
Pourtant, l’émiettement de la gauche marocaine, qui ne sert à rien d’autre qu’à favoriser l’expression d’ambitions personnelles ou la "ministrabilité" potentielle de quelques individus, a trop fait de mal dans le passé, sous l’ère Basri notamment, pour ne pas être combattue aujourd’hui. Malheureusement, il semble que la situation ne soit guère encore assez mûre pour permettre une salutaire recomposition du camp des gauches, alors que certaines forces politiques, en position objectivement favorable actuellement, n’engagent pas assez d’efforts pour convaincre du bien fondé d’une démarche unificatrice.
El Yazghi, tel Ponce Pilate !
C’est, incontestablement, l’Union Socialiste qui mérite un tel reproche, sachant que ses leaders, de Mohamed El Yazghi à Abdelwahed Radi, en passant par Driss Lachgar, tout en assurant conférences et réunions autour de cette question et en multipliant les entretiens avec tous les journaux qui le réclament, énoncent des arguments peu convaincants pour forcer une dynamique qui a tant de mal à s’enclencher. La position de l’USFP et de l’Istiqlal, passablement attentiste donc, donne à croire que ces deux partis, sûrs de l’appui "d’en haut", préfèrent attendre que les petites formations fassent leur deuil de leurs ambitions parlementaires plutôt que d’enclencher un large processus de rapprochement avec les autres formations de la mouvance social-démocrate et socialiste. Une telle attitude, en effet, conduirait inévitablement les deux mastodontes de la Koutla à leur consentir des concessions que ni M. El Yazghi ni M. El Fassi ne veulent faire pour l’instant.
Car, s’il est incontestable que le seuil de représentativité établi à 7 % des suffrages est une mesure destinée à faciliter les regroupements politiques entre partis de même obédience, (ce qui serait utile également pour l’ancienne droite cocotte-minute et même la mouvance harakiste), la logique et l’esprit constructif d’une ligne politique conçue pour atteindre un tel objectif éminemment positif pour le peuple marocain font encore cruellement défaut chez nos amis de la Koutla.
Cette colère des petits partis et l’indifférence réelle ou affectée de leurs compagnons de route des cinquante dernières années sont d’autant plus préjudiciables à l’intérêt national bien compris et la poursuite des réformes enclenchées depuis 1998 que des formations conservatrices, voire réactionnaires et passéistes, utilisent à leur profit la mésentente et la grogne des petits pour acquérir, à moindres frais, des alliés futurs et une image de marque de promoteur de la démocratie.
C’est, on l’aura compris, actuellement le jeu du Parti de la Justice et du Développement qui, après avoir proposé un seuil d’éligibilité à 10 %, puis soutenu la barre des 7 %, se fait aujourd’hui l’avocat des "hizbicules" en accompagnant leur revendication d’abaissement dudit seuil à 3 %. Ce faisant, M. El Othami, tel le grand méchant loup, entre dans la bergerie où des brebis consentantes offrent leur cou à son appétit puissant, comme le prouve le rapprochement pendant entre le PJD et des formations sans avenir électoral, mais à la vocation indiscutable de Cheval de Troie, comme Forces Citoyennes de M. Lahjouji et l’Alliance des Libertés d’un Ali Belhaj qui a sans doute totalement oublié qu’il fut un jour parlementaire du PPS !
Le PJD s’offre ainsi à peu de prix l’image d’une formation altruiste, soucieuse du bien politique général, ce qui ne nuira pas à son aura au sein de l’opinion publique, lui permettant en outre au passage, d’accentuer encore plus la division de la classe politique et de s’assurer pour l’avenir des alliances qui pourraient fortifier ses prétentions gouvernementales !
Le parti des conservateurs, qui ne se fait pas d’illusions sur la volonté des membres de la Koutla, de l’associer à une prochaine équipe majoritaire au Parlement, disperse encore un peu plus des cartes passablement désordonnées. Dans un jeu électoral totalement éclaté, marqué par les querelles intestines des formations qui devraient en principe agir de concert, assombri par la présence outrageusement exagérée de partis sans avenir, sans programme et sans consistance, le PJD apparaîtra ainsi comme une "force tranquille", sûre d’elle-même et de ses troupes, attractive pour tous ceux que décevra l’image d’une scène politique animée par tant d’acteurs. Et le bon Dr El Othmani, patelin en diable (sic !), recueillera les fruits de l’irresponsabilité et l’immaturité de tous ceux qui, chacun à leur tour, nous parlent de la gauche, du progrès, de la démocratie, des réformes, de la révision constitutionnelle, tout en agissant objectivement pour perdre la partie, leur partie, notre partie.
Fahd Yata