C’est une mise en garde sèche et sans équivoque que les experts de la Banque Mondiale ont adressée aux dirigeants des pays du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord, dans un document intitulé: «Engaging with the world: Trade, Investment and Development in MENA». D’après eux, c’est en développant à la fois les échanges et les investissements privés que ces pays pourraient éviter une crise majeure du chômage dans les années à venir. M. Jean-Louis Sarbib, Vice-Président de la Banque Mondiale pour la région MENA, a souligné à ce sujet que: «C’est lorsqu’elle a été ouverte aux échanges, aux idées, à l’innovation et à l’entreprise privée, et qu’elle a exploité les atouts que représentent sa situation géographique, ses ressources et son esprit d’entreprise que la région a connu la plus grande prospérité». Par conséquent, il ne faudrait aucunement maintenir le statu-quo actuel représenté par des économies protégées reposant essentiellement sur le secteur public et soutenues par le pétrole, l’aide et les envois de fonds des travailleurs expatriés. En témoignent les résultats des deux dernières décennies avec des taux de croissance bas et une création d’emplois insuffisante. Pourtant suivant les prévisions de la Banque Mondiale, durant la décennie 2000-2010, le nombre de nouveaux entrants sur le marché du travail, du Maroc à l’Iran, avoisinera en moyenne 4 millions par an, soit un effectif deux fois plus important que lors des deux dernières décennies. Situé actuellement à 15%, le taux de chômage a donc doublé comparativement à cette période.
Avantage
démographique
Face à cette gageure du chômage, les économistes de la Banque Mondiale trouvent qu’il est indispensable de trouver d’autres alternatives plus viables que l’emploi du secteur public. Ils insistent surtout sur une accélération des réformes déjà engagées dont la clé demeure une expansion des échanges et des investissements. Pour ce faire, il ressort du rapport de la Banque Mondiale, qu’il faudrait procéder à un triple recentrage fondamental des ressources de croissance : du secteur pétrolier au non pétrolier, du public aux activités fondées sur le jeu du marché, et d’une économie protégée (où les activités de substitution sont protégées) à une autre privilégiant la compétitivité axée sur l’importation. Ces objectifs sont réalisables dans la mesure où, la région est dotée d’un potentiel en grande partie inexploité, arguent les auteurs du rapport. A ce sujet, M. Dipak Dasgupta, chef sectoriel pour la politique économique et principal auteur du rapport, a déclaré que: «Si la moitié seulement du potentiel de la région en matière de commerce et d’investissement était inexploitée au cours des dix prochaines années, le taux de croissance du PIB/habitant passerait de 1% à non moins de 4% par an environ (...). Mais le plus important, c’est que cela permettra de créer les emplois nécessaires pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail, lutter contre la progression tendancielle du chômage consécutive à l’éclatement de la bulle démographique dans la région».
D. MB.