La guerre, que se livrent les chaînes de télévision pour obtenir les droits d’exploitation audiovisuelle des compétitions sportives, pourrait bien impacter demain notre championnat national de football. Dans un fax (voir ci-joint) adressé récemment aux rédactions sportives des chaînes de télévision marocaines, un cabinet d’avocats, basé sur la luxueuse avenue Montaigne à Paris, propose ainsi différents packages pour la diffusion des matches des équipes nationales (A, A’, olympiques, espoirs, -19 ans, -17 ans et catégories jeunes), des championnats du Maroc de football (GNFE-1 et GNFE-2) et de la Coupe du Trône. Visiblement mandaté par la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), le cabinet Taylor Wessing gère donc l’appel à candidatures pour la commercialisation des droits d’exploitation audiovisuelle des compétitions et des rencontres que la FRMF a en charge d’organiser. Cet appel à candidatures porte sur les saisons 2010-2011 à 2013-2014. Certes, on comprend parfaitement que la Fédération Royale Marocaine de Football cherche aujourd’hui à rentabiliser le spectacle qu’elle organise ainsi chaque semaine dans les différents stades du Royaume. On comprend également que cette manne financière provenant des droits de télévision permettra aussi de financer la mise à niveau de notre football national. Mais, il y a aussi un risque énorme pour l’avenir de notre football et surtout pour les télévisions et les téléspectateurs marocains. Si un diffuseur, genre Al Jazeera, répond favorablement à cet appel d’offres international en déposant une enveloppe substantielle pour acquérir ces droits (on parle d’une proposition de 40 millions de dollars de la part de la chaîne qatarie), le téléspectateur marocain ne pourra alors plus suivre certains matches de l’équipe nationale ou du championnat marocain qu’après avoir souscrit un abonnement à la chaîne cryptée. C’est encore une fois la sélection par l’argent ! Pire, dans cette configuration, l’avenir de la chaîne sportive du groupe SNRT, Arriyadia, est fortement compromis, car elle se verra ainsi privée de la diffusion de son produit-phare, le Botola, qui constitue aujourd’hui sa principale source de revenus.
K. D.
jeudi 3 juin 2010