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Les fruits de l’éducation spirituelle prophétique : Abû Dharr al-Ghifârî Causeries soufies

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Abû Dharr al-Ghifârî est l’un des plus illustres compagnons. Le Prophète (paix et grâce de Dieu sur lui) va accueillir sa conversion pour le moins surprenante. Il lui fera parcourir les chemins d’une éducation adaptée à son caractère et à sa personnalité. Il mettra à jour ces nobles qualités dans un contexte désormais nouveau, celui de la foi et de l’unicité de Dieu, tempérera ses ardeurs et sa sincérité légendaire, susceptibles, dans certaines circonstances, de lui porter tort. Il le protégera, en lui délivrant de sages conseils sur la conduite à tenir face aux événements à venir. En méditant la vie de ce compagnon, on saisit mieux les sens émouvants de cette sourate : “Un Envoyé de chez vous vous est venu à vous,  les difficultés que vous subissez lui pèsent lourd. Il est animé d’une immense sollicitude pour vous. Il est compatissant et miséricordieux envers les croyants”  (Cor 9, 128)

La rencontre avec la lumière de la vérité : la conversion
Abû Dharr appartenait à la tribu des Ghifâr située au nord-ouest de La Mecque, non loin de la mer. Les Ghifâr étaient réputés pour les nombreuses attaques et pillages de caravanes commerciales. Si Abû Dharr était l’un d’entre eux, il se distinguait néanmoins le refus de l’idolâtrie pratiquée par son peuple. Il entendit parler du Prophète, du message d’unité qu’il proclamait et de l’opposition qui s’était levée contre lui. Il décida de se rendre à la Mecque et vint à sa rencontre. Il le salua puis lui demanda : “récite-moi une de tes poésies”. “Je ne suis pas poète” répondit le Prophète mais ce que je lis est le Coran, la parole de Dieu et non la mienne”. Récite alors pour moi. Le Prophète lui récita une sourate. A peine avait-il achevé sa lecture que l’homme déclara : “J’atteste qu’il n’y a de Dieu que Dieu et que Mohammed est son envoyé”.  Le Prophète lui demanda son origine et fut étonné de la réponse, le regardant de la tête aux pieds. “En vérité – ajouta-t-il – Dieu guide qui il veut !”

Les risques d’une désobéissance au Prophète, à l’éducateur spirituel, même par amour pour lui
Juste après sa conversion, le Prophète va lui recommander de retourner auprès de son peuple et de lui parler de l’islam. C’est donc une autorisation bénie (idhn) qui lui est donnée et il ne reste plus à Abû Dharr qu’à se conformer (imtital) à ce conseil. Abû Dharr fier de sa foi et animé d’un amour réel pour le Prophète déclara : “Je le jure par Dieu, que je ne le ferai (retourner auprès de son peuple) qu’après avoir proclamé ma conversion devant les dénégateurs, dans l’enceinte de la Kaaba”. C’est la première et dernière fois qu’il désobéira au Prophète. Il fut roué de coups de bâton, sauvagement brutalisé et seule l’intervention providentielle d’al-‘Abbas (l’oncle du Prophète) lui sauva la vie : “Ô peuple des Quraysh, cet homme fait partie de la tribu de Ghifâr à travers laquelle passent vos caravanes commerciales. S’il venait à être tué, les Ghifâr ne vous le pardonneraient pas”.
Il décida finalement de retourner auprès des siens et leur annonça la bonne nouvelle. Un jour on vint prévenir le Prophète que deux tribus accompagnées de nombreuses caravanes venaient embrasser l’islam. C’était les Ghifâr et les Aslam (une autre tribu) qu’Abû Dharr avait réussi à convaincre. Le Prophète radieux, sortit les accueillir à l’entrée de Médine. Il leva ses mains bénis au ciel et fit cette prière : “Que Dieu préserve Ghîfar, Que Dieu préserve Aslam”
Arrêtons-nous sur cet événement : deux tribus de pillards et de coupeurs de route touchées par la lumière de vérité. C’est la permission, l’autorisation (que les soufis appellent l’idhn) donnée à Abû Dharr qui va remuer les cœurs. Les paroles, les prêches, le travail de communication (pour parler un langage moderne) d’ Abû Dharr  toucheront les âmes. Cet idhn est divin car il émane d’un homme divin (Rabbani).

Développer les qualités d’Abû Dharr et le protéger, en lui enseignant les bienfaits de la patience 
Un jour le Prophète  l’interrogea : “Ô Abû Dharr, quelle sera ta réaction lorsque tu auras affaire à des gouverneurs oppresseurs et injustes”. Il répondit : “Par celui qui t’a envoyé, je m’opposerai à eux par l’épée”. Le Prophète le regarda affectueusement puis lui dit : “Ô Abû Dharr, t’annoncerais-je mieux que cela? Patiente jusqu’à ce que tu me retrouves (auprès de Dieu)”. Le Prophète connaissait l’âme de son compagnon, sa véracité légendaire, les ardeurs qu’il manifestait ; une fois déjà, il lui avait désobéi et avait failli être tué. Le Prophète savait que des temps troubles allaient venir, bien après sa mort, que le tempérament d’Abû Dharr ne le supporterait pas, que ce sera un moment d’intense souffrance pour cet illustre compagnon. 
Abû Dharr demanda un jour au Prophète : “Utilise moi, fais de moi un gouverneur”.  “Tu es faible – lui répondit-il – et c’est un dépôt, un objet de regret, sur lequel on sera interrogé le jour de la résurrection”.  Faible signifiant ici : “ta personnalité, ton caractère ne peuvent s’accommoder de toutes les situations difficiles auxquelles sera confronté l’Islam”
Plus tard, le Prophète dira de son compagnon : “Que Dieu fasse miséricorde à Abû Dharr, il se dirigera seul, mourra seul et sera ressuscité seul”
Certaines paroles du Prophète suggèrent d’autres facettes de l’éducation spirituelle d’Abû Dharr : la piété et l’excellence des comportements “Crains Dieu où que tu sois, fais suivre la mauvaise action par la bonne et use d’un bon comportement envers les gens” (Tirmidhi, livre de la prière et des œuvres pieuses), la dignité et l’autosuffisance “Ne rien demander à autrui”, la longanimité et la patience : “Ne pas craindre, en étant au service de Dieu, les critiques des détracteurs”….

La meilleure conduite à tenir dans les périodes troubles
Le califat du troisième calife Othman (qu’Allah l’agrée) fut marqué par d’importants troubles. Abû Dharr ne pouvait supporter les signes désormais visibles d’un embourgeoisement injuste et l’oppression manifeste de certains gouvernants. Il résolut de se rendre en Syrie et de dénoncer Mu’âwiya gouverneur de Syrie qu’il tenait responsable pour avoir favorisé le développement d’une bourgeoisie spoliatrice. Il proclamait sur la place publique : “Annonce la bonne nouvelle à ceux qui thésaurisent l’or et l’argent que la Géhenne sera leur demeure” (Coran). Il devint, en raison de ses diatribes célèbres, la conscience des opprimés et des laissés-pour-compte. Mu’âwiya écrivit une lettre au calife Othman (que Dieu l’agrée) dénonçant les agissements d’ Abû Dharr et affirmant : “Abû Dharr est en train de corrompre les esprits”. Le calife Othman le rappela à Médine. Abû Dharr s’exécuta car il avait le plus grand respect des institutions en étant soucieux de l’unité des musulmans. Le calife Othman voulut le garder auprès de lui mais Abû Dharr lui répliqua : “Rien dans votre monde ne m’intéresse, laisse-moi me retirer dans le désert à Rabada (une localité presque inhabitée), je ne t’ennuierai pas et je resterai fidèle à l’allégeance”
Abû Dharr s’était assagi car il s’était souvenu des paroles du bien-aimé Prophète : “Ô Abû Dharr, t’annoncerais-je mieux que cela ? Patiente jusqu’à ce que tu me retrouves (auprès de Dieu)”. Il avait un jour répondu à ceux qui préparaient la conjuration contre Othman (que Dieu l’agrée) : “Par Dieu, même si Othman m’avait crucifié sur la plus longue planche ou sur la plus haute montagne, je lui aurais obéi et je me serais montré patient, étant convaincu que ceci est dans mon intérêt”
A Rabada il vécut les derniers moments de sa vie. Sur son lit de mort, son épouse se lamentait de n’avoir même pas un linceul pour l’enterrer. Il la rassura : “Un jour alors que nous étions assis avec l’envoyé de Dieu, il nous dit : “l’un d’entre vous mourra dans un désert et un groupe de croyants l’assistera”.  Or - ajouta-t-il -  tous ceux qui étaient avec moi sont morts, il ne reste plus que moi”. Sors et scrute l’horizon, un groupe de croyant ne va pas tarder à arriver”.
Elle revint joyeuse annonçant qu’un groupe de compagnons approchait et à leur tête le prestigieux Abdallah Ibn Masûd. Ils avaient fait un long voyage pour rendre visite à leur frère Abû Dharr. Ils ne se doutaient pas qu’ils venaient prier sur sa dépouille et l’ensevelir. Abû Dharr avait dit vrai, lui qui, peu avant sa mort,  rassurait son épouse: “Par Dieu, je n’ai jamais menti et mes paroles n’ont jamais été démenties”
Ainsi se réalisa la parole du Prophète : “Que Dieu fasse miséricorde à Abû Dharr, il se dirigera seul, mourra seul et sera ressuscité seul”.
Qu’Allah prie sur le Prophète sa famille et ses illustres compagnons. Puisse leur modèle de vie être pour nous source d’enseignements !

Par El Fadil El Idrissi Hakim
Professeur en Sciences de la langue arabe - Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Ben Msik - Casablanca

 

 



 

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