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La 20ème édition de la rencontre des Andalousiates : Chefchaouen, ne mériterait-elle pas mieux?

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Publier le : June 30, 2005

Mohammed Briouel, Directeur du Conservatoire de Musique de Fès
 Je suis né près de Taounat, la région de Fès. A l’âge de huit ans, j’ai eu la chance de rencontrer Haj Abdekarim Raïss que je considère comme un père spirituel. J’avais 14 ans lorsque j’ai intégré son orchestre. Notre orchestre compte trois générations de musiciens. Il y a eu l’orchestre Labrihi créé en 1912. Après sa mort, Mohamed Abdelkrim Raïss a pris la relève de 1945 à sa mort en 1996. Je représente la troisième génération de ces grands ténors de la musique andalouse. C’est un lègue et une énorme responsabilité.
Nous nous inscrivons dans la continuité. Nous sommes les fidèles héritiers de cet illustre patrimoine traditionnel qu’est la musique andalouse, mais en même temps nous essayons sans pour autant toucher aux racines et à l’authenticité de cet art, d’être originaux en optant pour l’universalisme. Nous n’utilisons pas d’instruments à vent. Nous privilégions comme dans la tradition, les instruments à cordes, le violon, le luth, R’bab...
Notre particularité réside également au niveau du rythme, le chant collectif, nulle place au solo. Le problème qui se pose actuellement, c’est que les jeunes deviennent de plus en plus rares malheureusement. La majorité préfèrent opter pour un instrument particulier, le piano, le violon... le ministère de la Culture nous offre la possibilité d’enregistrer gratuitement dans le but d’attirer l’attention de la jeunesse sur la musique andalouse. Nous avons écrit onze Nouba dans le but de faciliter la transmission. Certes, l’apprentissage de la musique andalouse est beaucoup plus scientifique, mais nous privilégions plus l’apprentissage oral.  

Abdelkader Afaz, violoniste, Monchid et M’kadem de la Zaouiya
La Zaouiya Chaqqouriya, est une école traditionnelle où l’on enseigne les principes de notre religion, et où l’on assure la transmission de l’art du Samaâ et des Amdaâ. Les personnes qui adhèrent à notre Zaouiyya ont entre 5 et 70 ans. Ce sont des étudiants, des personnes qui n’ont jamais été à l’école, des femmes aussi, dont l’unique point commun est la passion pour l’art du samaâ, du Madih et de la musique andalouse. Nous travaillons en partenariat avec le conservatoire de musique de la ville de Chefchaouen et je suis le premier lauréat au niveau national de l’option Samaâ et Madih. J’avais alors dix ans.

Ben Tahayekt Mohcine
 L’apparition des zaouiyya dans la ville de Chefchouen date du temps de Moulay Ali Ben Rachid, son fondateur. Ce sont des espaces de rencontres spirituelles où l’on inculque le savoir religieux. Nous avons cinq principales zaouiyya: Darqaouiyya, Chaqqouria, Dalil Al Khayrat, Ayssaouiyya, Ajibiyya.
Ce sont des organes d’encadrement religieux, éducatif, culturel... Ce sont des lieux de discussions, d’instruction et de réflexion. Nous sommes heureux de noter que ces lieux sont de plus en plus fréquentés par des jeunes fuyant le stress de la vie moderne, le bruit intense et anarchique. Ils sont en quête de la paix, la sérénité, la spiritualité... Les zaouiyya, ce sont des lieux de poésie, de philosophie, de réflexion... Les jeunes se retrouvent dans ces lieux, car la vie d’aujourd’hui ne leur offre que des choses éphémères.

Anas Ben Elhachmi. Le prodige qui promet
Il n’a que onze ans. Il est intelligent, brillant, studieux. Tendez l’oreille et écoutez cette belle voix pareille à celle d’un beau rossignol, éparpiller des mélodies aussi douces et harmonieuses que l’eau d’une source intarissable. La musique andalouse, il l’a dans le sang. Lorsqu’il chante, c’est une psalmodie gracieuse qui vous effleure l’ouïe. Il n’a pas besoin de musique Gnaouwa pour entrer en transe. Son univers magique, ce sont ces moments inoubliables passées soit au sein de la zaouiyya Chaqqouriya soit au conservatoire de musique de sa ville natale, chefchaouen. C’est un véritable surdoué. Bonne chance Anas.

Propos recueillis par
Ilham Khalifi

Chefchaouen

La sainte des montagnes rifaines

La ville historique de Chefchaouen fut créée pendant la deuxième moitié du XVème siècle pour des raisons essentiellement militaires et défensives. Sa fondation est survenue à une époque très particulière de l’histoire du Maroc marquée par une faiblesse du pouvoir central de l’époque et l’émergence du mouvement de résistance populaire pour lutter contre l’expansionnisme chrétien portugais et espagnol du XVIème siècle. En effet, la création de cette ville était liée à ce mouvement du Jihad animé par les chefs des tribus et les Chorfas contre la présence étrangère et particulièrement portugaise sur les côtes marocaines.
La fondation de la ville répondait donc à un double souci: Assurer la protection des habitants de ces régions contre les attaques et menaces de ces infidèles établis à Ceuta et Ksar es-Seghir depuis le début du XVème siècle et la création d’un centre à la fois politique et militaire pour le rassemblement des combattants et l’organisation du mouvement du Jihad.
Chefchaouen constitue actuellement un centre historique d’une grande valeur patrimoniale qui reflète les circonstances qui ont présidé à sa fondation et celles qui ont marqué son évolution qui s’est effectuée en plusieurs étapes entre le XVème et le XIXème siècles.
Entourée d’une enceinte historique que percent 7 portes qui y donnent accès, la médina de Chefchaouen est constituée de 5 quartiers accolés les uns aux autres et qui se sont constitués autour du premier noyau historique formé par la Kasba, quartier Outa Hammam et Souika.
Plantée au cœur du pays Ghomara/Jbala connue à travers l’histoire musulmane par son mysticisme, ses Zaouïas et ses écoles coraniques, la cité de Chefchaouen, qui fut, elle-même fondée par Moulay Ali Ibn Moussa Ibn Rachid chef spirituel et militaire d’un groupe des Chorfas de Jebel al-Alam, est devenue juste après sa formation la capitale et la cité sainte du pays Ghomara/Jbala d’où le nombre important de monuments religieux que renferme cette cité.
Ayant abrité, dès sa fondation, une forte population andalouse, la cité de Chefchaouen traduit de la manière la plus claire l’influence andalouse sur l’urbanisme, architecture et les arts des villes du Maroc, poste médiéval.
La ville de Chefchaouen est connue aussi pour ses activités artisanales: En plus de l’élevage, l’arboriculture et l’exploitation de la forêt, la ville de Chefchaouen et sa région avaient développé de nombreuses activités économiques basées sur l’exploitation et la transformation des ressources naturelles existantes dans la région notamment la production de la poterie, la production des matériaux de construction, le travail de la laine en filature et tissage, le travail du bois entre autres.
L’une des caractéristiques dans ces activités réside dans le rôle et la place occupés par la femme dans la société Ghomarienne en général et dans la ville de Chefchaouen en particulier. La femme était, et est encore, présente dans tous les secteurs économiques, femme éleveur  de chèvres, femme moissonneuse, femme potière, femme tisserande, femme brodeuse …, bref présente partout, elle a même pu monopoliser certains secteurs artisanaux comme la poterie et le travail de la laine.



 

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