Que signifie pour vous l’obtention du Prix Grand Atlas ? Vous y attendiez-vous ?
Mohamed Nedali : Ce prix me procure un grand plaisir. Cette reconnaissance du travail fourni, ce qui n’est pas toujours le cas dans le domaine de l’écriture est stimulante et m’incite à aller encore plus de l’avant pour écrire plus et mieux. Cette récompense me remonte aussi le moral parce que, comme je l’ai évoqué lors de la remise du prix, les auteurs marocains qui écrivent en français ont parfois l’impression de “prêcher dans le désert”, de ne pas être lus… Or, ce Prix démontre le contraire.
Je m’attendais un peu à obtenir ce prix. Non pas parce que je suis prétentieux mais grâce à l’accueil réservé à mon livre et aux critiques publiées.
Vous êtes enseignant. Comment en êtes-vous arrivé à l’écriture ?
Le chemin de l’écriture me sied. Il constitue une réponse adéquate à mon tempérament et mon mode de vie. J’ai horreur du bla-bla, cela me fatigue. J’ai commencé par lire énormément. Il y a une bonne dizaine d’années, je me suis demandé si je ne pourrais pas, moi aussi, apporter une pierre à l’édifice. Pendant 5 ans, j’ai travaillé mon style en écrivant beaucoup car, comme d’autres l’ont très bien dit avant moi, c’est “en forgeant que l’on devient forgeron”. Cet exercice exige énormément de patience. Au fur et à mesure, mes phrases sont devenues plus simples et plus claires dans l’objectif de transmettre un message au plus grand nombre et de mettre mes livres à la portée de tous les lecteurs quel que soit leur niveau d’éducation ou de culture.
Je n’ai pas d’horaire fixe pour écrire. J’écris quand cela me tente. Par contre, il m’est impossible de me concentrer et donc d’écrire lorsque je suis énervé ou quand il y a du bruit. J’ai besoin de silence et de sérénité.
Quels sont vos sujets de prédilection ?
Ma vie et mon entourage rural. Les problèmes des campagnes ne sont pas ceux des villes. Les femmes sont, par exemple, beaucoup plus libres chez nous. De plus, historiquement, la société berbère a connu la gouvernance des femmes. Comme j’appartiens à ce Maroc “d’en bas”, j’ai l’impression de dire mieux les choses.
Que pensez-vous de la lecture et de l’enseignement ?
Comme vous le savez, nous avons peu de lecteurs au Maroc. Je dirais même que nous en avons de moins en moins malgré les efforts importants mis en oeuvre. Nous en sommes encore à considérer la lecture dans une optique de “rendement matériel” et non comme un apprentissage. L’enseignement scolaire doit absolument s’efforcer de changer cette perception erronée. Pour moi, la lecture est la richesse du pauvre et doit devenir religion. C’est un véritable acte de foi.
Les cours de français sont mal aimés par les élèves principalement à cause des enseignants et du programme. “Antigone”, par exemple, les ennuie car c’est une œuvre trop éloignée de leur réalité. J’aime enseigner un français qui ne soit ni sec ni rebutant. Pour ce faire, je choisis des poèmes d’Eluard, des textes de Jacques Brel ou de Léo Ferré. Ma plus belle victoire est de convertir ceux qui détestent le français et de leur faire aimer cette langue. Et chaque année, j’enregistre des succès !
Vos projets ?
Une autre fiction inspirée d’une catastrophe naturelle et, plus précisément, de l’inondation des vallées Ourika et Righia le 18 août 1995. J’en suis à la première mouture mais je sais d’où je vais partir et où je veux arriver. J’en ai encore pour une année et demie de travail d’écriture et de réécriture.
Propos recueillis par
FDD