En collaboration avec l’APEC (Association pour la Promotion des Ecrivains au Maroc), les éditions Marsam publient “ Côté Maroc ”, une collection de nouvelles dirigée par l’écrivain Jean-Pierre Koffel. Dix-huit auteurs marocains dont des plumes célèbres tel Ali Skalli ou nouvelles venues comme Amina Mouline, des jeunes et des moins jeunes, écrivent en français des textes courts de 3 à 20 pages. Ils nous parlent de sujets aussi différents que la décolonisation, le rejet, la répression de la liberté d’aimer, le nationalisme, le chômage ou la migration des ruraux. La palme de la fantaisie revient probablement à Moha Souag avec “ Le chien ”, un cabot de Ksar-es-Souk qui se prend à rêver d’émigration et d’un contrat de travail en France après sa rencontre avec une chienne parisienne un peu prétentieuse. Quant à la préférence de Jean-Pierre Koffel, enseignant à la retraite, est-il étonnant qu’elle aille au texte militant de Mohammed El Idrissi, “ Mon merveilleux tricheur ” ? “ Ce texte concis fait mouche. J’ai toujours détesté les notes et surtout le zéro, acte répressif et barbare ” dit-il. “ Ce zéro m’émeut ” rajoute-t-il.
Entretien avec M. Jean-Pierre Koffel : Militons pour la lecture
La Nouvelle Tribune : Pourquoi avoir intitulé ce recueil “ Côté Maroc ” ?
Jean-Pierre Koffel : Avec l’APEC, lorsque que nous avons décidé de créer ce recueil de nouvelles, nous avons cherché un titre court comportant le mot “ Maroc ” et le hasard nous a soufflé le résultat. Je suis très fier de ce titre, même si ce n’est pas moi qui l’ai trouvé. C’est très beau, un mot de 4 lettres et un de 5.
Plusieurs textes tel “ Le Noël de Beau Stillwater ou le syndrome de Bagdad ” d’Hoceïn Faraj ou “ Un train à prendre ” de Myriam Jebbor n’ont rien à voir avec le Maroc. Je trouve merveilleux que les auteurs marocains ne se sentent pas obligés d’écrire du maroco-marocain. On sent que Faraj connaît très bien le fonctionnement des Etats-Unis et qu’il a minutieusement observé les pratiques de ce pays. Derrière le narrateur, on perçoit le regard caché d’un marocain pro-arabe. Quant à moi, qui suis français, dans “ L’argent facile ”, je disparais complètement du paysage pour me mettre au service du gosse de la rue. Comme à l’habitude, je me suis inspiré d’un fait divers réel.
Comment s’est opéré le choix des auteurs ?
Nous avons essayé de regrouper un maximum d’auteurs marocains autour de notre association, l’APEC. Cette dernière se caractérise par son ouverture puisque l’adhésion y est gratuite et ouverte à tous les auteurs qu’ils habitent dans le Royaume ou à l’étranger comme Omar Mounir par exemple. Nous sommes toujours heureux de publier des nouveaux venus. Après cooptation d’amis proches, nous avons élargi notre choix en lançant un appel par voie de presse aux auteurs écrivant en français. A titre d’exemple, les très beaux textes “ Le fossoyeur ” d’Amina Mouline et “ L’ulcère ” de Mohamed Barka nous sont arrivés par ce biais. Il est impressionnant de noter qu’aujourd’hui, au Maroc, il existe plus de 50 auteurs qui ont fait le choix de la langue française ! Nous avons reçu énormément de textes et le tri a donc été extrêmement sévère. Un même auteur ne pouvait présenter qu’un seul texte. Nous n’avons absolument pas recherché la continuité d’un texte à l’autre. La seule contrainte était éditoriale et imposait de ne pas dépasser 146 pages au total afin que le prix de l’ouvrage reste accessible à tous et n’excède pas 50 dirhams. Le second tome de “ Côté Maroc ” est finalisé et devrait sortir la semaine prochaine. D’autres auteurs seront présents dans ce nouveau recueil. Quant au troisième tome, il est en préparation.
Que pensez-vous de la lecture au Maroc ?
La lecture est en danger, au Maroc comme ailleurs ! Cette situation n’est pas nouvelle. Regardez autour de vous, vous voyez les jeunes avec un portable, un walkman ou une mobylette à la main mais jamais avec un livre ! Et ce n’est pas en diminuant le prix des livres qu’on va arriver à leur redonner le goût de la lecture. Il faut se battre ! Mettre des livres partout au lieu de bouteilles de Coca-Cola, offrir des livres en guise de cadeaux. Dans les hôpitaux français, par exemple, des chariots remplis de livres arpentent les couloirs et les chambres pour offrir de la lecture aux malades. Les auteurs doivent aussi faire leur propre “ étude de marché ” et prendre conscience des souhaits des lecteurs pour écrire des choses qui redonnent l’envie de lire. Un recueil comme “ Côté Maroc ” peut atteindre ce but. J’en ai fait l’expérience au travers d’un jeune garçon qui, après l’avoir lu, m’a dit : “ Je n’avais jamais lu un livre en entier ”… Une collection de nouvelles laisse une grande liberté de choix au lecteur, il peut sauter d’un texte à l’autre ou en omettre certains sans conséquence sur la compréhension.
Pour moi, encourager la lecture est un acte militant. A cet égard, je rends hommage à M. Ali Yata avec qui j’ai appris à militer et à Nadir Yata qui m’a appris jusqu’où pouvait s’élever le militantisme. A l’époque où je n’avais encore rien publié, Nadir fut d’ailleurs mon premier lecteur-test et m’a encouragé.
Des projets ?
“ Côté Maroc ” va être peut-être doublé par un autre recueil de nouvelles intitulé “ Parcours ” qui devrait être publié aux éditions Le Fennec. “ Parcours ” offrira des textes de 4 à 20 pages. Les auteurs pourront y publier plus d’un texte pour remédier à la frustration que peut engendrer la règle du texte unique.
Mon prochain roman sera intitulé “ Tibari ” et devrait sortir en fin d’année. Le tournage du film tiré de ce livre commence la semaine prochaine à El Jadida. Ce film dont le titre sera “ Vengeance ” sera réalisé par Moody Hassini et mon petit-fils y tiendra un rôle.
Propos recueillis par
FDD