Entre les remparts de Fès, les incommensurables murailles de Bab Makina, comme partout dans le monde, depuis près d’une soixantaine d’années, sont entendues les belles et sempiternelles mélodies spirituelles. Un jaillissement de fortes émotions! Un éternel dialogue entre ciel et terre: «Maintenant nous allons descendre sur terre», avait annoncé Ravi. Nous avons eu la bonheur de discuter brièvement avec Ravi, malgré la discrimination déplorable qu’ont subie les journalistes marocains, à qui on n’a pas daigné accorder d’entretiens. Pour cet illustre maître, le festival des Musiques sacrées du Monde, est une importante initiative, du fait qu’il a réussi à rapprocher les cultures, à établir un dialogue enrichissant entre les artistes et les différents publics. Ravi Shankar, le maître du sitar, le serviteur, l’ange gardien et l’éternel passeur de la musique classique indienne, pense que la pérennité des arts et des cultures ne peut s’accomplir que si les hommes savent et apprennent à se respecter mutuellement tout en respectant la Création et la créativité. Anoushka n’a que 23 ans, mais elle a su parfaitement respecter une tradition musicale millénaire.
Ravi Shankar l’universel, n’avait pas encore achevé ses dix printemps lorsqu’il est monté, dans les années trente, sur les grandes scènes parisiennes, où son frère aîné Uday dirigeait une troupe de musiciens et de danseurs: «le respect que j’avais pour ma culture, ainsi que celle des autres peuples allait me permettre d’ouvrir un chemin lumineux entre Bénarès, (la plus sainte des villes indiennes, sa ville natale), et le reste du monde». Ravi Shankar, le pionnier de la musique indienne en Occident, comme instrumentiste, compositeur, et professeur, a réussi à émouvoir, a transmettre l’art de la musique classique indienne, l’amour pour le sitar, cet instrument que sa fille Anoushka a étreint avec amour et respect. Pour Ravi, la notion de transmission et d’enseignement d’une tradition, d’un art, d’une culture est une tâche spirituelle qu’il faut accomplir avec beaucoup de ferveur, de sérieux et d’humilité. Pour le Maître de la musique classique indienne, la Musique est tout simplement la Vie. Mais comment dans le monde turbulent d’aujourd’hui, tisser des liens solides, des liens de paix, d’amour, de fraternité et de tolérance avec ses semblables aussi différents soient-ils?
Comment bannir les frontières chimériques, adoucir les coeurs et les esprits imbibés de haine? Comment préserver la dignité des hommes, sauvegarder leurs valeurs humaines? Comment apaiser les souffrances au quotidien, des opprimés?
Il n’y a que l’art et la culture, et notamment la musique, le respect de notre nature d’être humain qui pourraient nous rendre, vous rendre votre humanisme perdu. Et ce soir là, du samedi 4 juin 2005, des volutes de notes en transe, chantant le respect et l’amour sans gage, se sont succédé en tourbillons, des phrases musicales se sont déferlées comme des vagues entêtées, et les percussions ont martelé jusqu’à l’obsession et dans une harmonie, une communion presque totales, le sitar de Ravi, celui d’Anoushka, leurs doigts, leurs âmes, leurs corps, leur respect mutuel, ont joué la symphonie d’Orphée et d’Eros. Ravi a manifesté avec une humilité propre aux grands, sa joie d’avoir donné naissance à une oeuvre dont il est le plus fier, sa fille, Anoushka. Ravi le quêteur, l’éternel voyageur dans l’univers de la musique spirituelle a fait vibrer toute une ville, celle de la cité des Idrisides, inscrite depuis la création du Festival des Musiques sacrées du Monde, sur les chemins du dialogue, de l’espoir et de l’entreconnaissance. Ravi et Anouchka Shankar, une beauté spirituelle, à vous couper le souffle!
IK
Le festival des Musiques : Sacrées du Monde, sur les voies de la démocratisation...
La Nouvelle Tribune a sillonné les ruelles de la médina de Fès pour assister à ce que les organisateurs appellent le Festival OFF. Nous avons suivi le flux des fassis qui de fontaines en terrasses, d’échoppes en boutiques convergeaient peu à peu vers Bab Boujloud, où Asmae Lamnawar allait chanter pour le public. Nous avons interrogé certains spectateurs qui ont répondu:
Amina 45 ans, accompagnée de ses trois enfants
Je suis heureuse de voir que les responsables du Festival pensent enfin aux citoyens de Fès, en nous offrant des spectacles de qualité comme celui de ce soir.
Mohamed Amine, étudiant , 25 ans
Le festival va nous permettre de rencontrer, sans effectuer le moindre voyage de voir de près des artistes de renommée qui chante pour la Paix et le bonheur de l’humanité. J’attends avec impatience le concert de Musa Dieng Kala, le Sénégalais que j’ai écouté grâce à des amis sénégalais qui sont avec moi à la Faculté de Droit.
Hanane, jeune mariée, vendeuse dans un super marché
Franchement, j’aurais voulu voir de près Qadem Saher, mon chanteur préféré, mais le prix des billets pour Bab Makina est très cher.
Hajj Mahjoub, bijoutier, 67 ans
Je suis Aïssaoui de père en fils. L’ambiance de festival me permet de me remémorer ces longues soirées familiales animées par les Aïssawa, les éternelles balades à Jnane Sbil... Je ne peux pas me permettre d’assister aux concerts de Bab Boujloud, vu mon âge...
Ravi Shankar et sa fille
Considéré par certains comme le parrain de la musique du monde, Ravi Shankar est sans aucun doute le musicien indien ayant acquis le plus de notoriété à l’échelle internationale. Né en 1920, à Varanasi, il quitte l’Inde très jeune pour s’installer en France avec sa famille. D’abord intéressé par la danse, ce n’est que vers l’âge de 18 ans qu’il décide de se consacrer à la musique. Il retourne alors en Inde et suit durant plusieurs années les enseignements de son maître, Allauddin Khan. Une fois sa formation terminée, Ravi Shankar écrit ses premières compositions. En 1957, il reçoit le prix de la meilleure bande sonore au festival de Venise pour le film The Chairy Tale du cinéaste canadien Norman McLaren. Durant les années 60, il se fait connaître en devenant le professeur de George Harrison, alors membre des Beatles. Tout au long de sa carrière, il se voit décerner de nombreuses distinctions parmi lesquelles figurent deux Grammy Awards et de multiples diplômes honorifiques. Plus que tout autre musicien, Ravi Shankar aura permis de faire connaître la musique indienne à travers le monde.
Musiques composées
2003 Sitar
2002 East Meets West, Vol. 2
2001 Full Circle: Carnegie Hall 2000 [live]
2000 Four Ragas
1998 Raga Jogeshwari
1998 Ragas Varanasi
1997 From India
1997 Mantram: Chant of India
1997 Raga Tala
1996 Sublime Sounds of Sitar
1995 Doyen of Hindustani Music
1994 Sitar [Music Today]
1989 Sitar [Oriental]
1988 Inside the Kremlin
1987 Tana Mana
1986 Pandit Ravi Shankar
1986 Pandit Ravi Shankar
1982 Räga-Mälä (Sitar Concerto No. 2)
1974 Shankar Family & Friends
1971 Concerto for Sitar & Orchestra
1968 A Morning Raga/An Evening Raga
1968 In New York
1968 The Sounds of India
1966 Menuhin Meets Shankar
1965 Sound of the Sitar
1956 Three Ragas
Sa fille, Anoushka, est incontestablement son héritière. À la voir jouer sur scène aux côtés de son père, sa maîtrise du sitar impressionne. L’usage de cet instrument d’origine indienne composé de 13 cordes demande un apprentissage très difficile.
À l’âge de 23 ans, Anoushka Shankar a déjà à son actif une carrière professionnelle bien remplie, débutée à 13 ans. En plus d’avoir acquis une grande reconnaissance sur le plan musical, elle a écrit son premier livre en 2002, Bapi, The Love of My Life, une biographie sur son père. En 2003, elle joue dans son premier film, Dance like a man, pour lequel elle a subi un entraînement très rigoureux dans l’art du “Bharatanatyam”, la danse classique du Sud de l’Inde.