Et grâce à une dizaine de jeunes hommes et de jeunes femmes, liés par l’amitié et la passion, tous inscrits dans la continuité, l’enracinement dans la mémoire des traditions, mais aussi dans l’innovation et la créativité, le Moussem annuel de Kelaâ M’Gouna s’est transformé en grand festival de la rose faisant ainsi le bonheur de tous les habitants de la belle vallée des Dadès. Un festival réussi, c’est d’abord et avant tout une organisation bien ficelée. L’édition 2005 du festival de la rose a été -sans flatterie-, une réussite. Deux soirées ont gratuitement été offertes aussi bien aux habitants de Ouarzazate, qu’à ceux de kelaâ M’Gouna. Le bouquet d’artistes ayant animé les deux soirées, se composait des mythiques Nass El Ghiwan, le jeune chanteur libanais Jade, la délicieuse Rayssa Tabaâmrant, le généreux humoriste Mohamed Dahra...Quant à Mouncif, jeune marocain (rasta man convaincu) résident en France, c’était la cerise sur la gâteau. Il a enfiévré la scène et émotionné la foule, par sa sincérité, sa modestie, l’amour qu’il porte aux siens...et par des chansons, composées par lui-même, dont la célèbre «Ida chaâbo Yawman Arada Al Hayat, fa labodda lil kaydi an yanquacir» (le jour où un peuple décidera de vivre dignement, il devra briser ses chaînes) et «Petite fille la vie est belle». Entre public et artiste, il y a eu une communion presque totale. Son, lumière, tout était impeccable, à part cette scène placée un peu plus loin des spectateurs, venus nombreux applaudir leurs idoles. Des stands ont été placés en plein centre de Kelaâ M’gouna, une manière de promouvoir tous les produits dérivés de la rose: parfum, savon, shampooing, crème... Samedi 7 mai 2005, une grande foule, touristes, habitants, journalistes, nationaux et internationaux, agents de sécurité... attendait impatiemment, sous une chaleur insupportable l’arrivée du gouverneur et de sa suite. Et ce n’est qu’à midi que l’ouverture du bal de la rose avait eu lieu. N’a-t-on pas dit que le Maroc fait partie des plus beaux pays du monde, qu’il est le pays de la générosité, qu’il est le pays où se combinent admirablement authenticité, tradition et modernité? Mais n’a-t-on pas dit également qu’il est le pays des contrastes? Trois jours passés à Kelaât M’Gouna ont suffi pour constater l’état délabré de la belle vallée des Dadès.
Car derrière ce spectacle printanier, haut en couleurs, se faufilait la misère au quotidien des habitants. Un manque criard d’utilités (adduction d’eau courante, assainissement liquides et solides). En effet la station d’assainissement des eaux usées est placée à proximité d’un lycée. «Nous souffrons terriblement d’odeurs nauséabondes», déclare une mère de famille habitant les lieux du crime contre le citoyen et l’environnement. Comment peut-on stipuler que le tourisme est l’un des principaux leviers du développement alors que la ville de Kelaâ M’Gouna manque d’infrastructures de base? Ce Festival qui nous a permis de nous embaumer des parfums enivrants de la rose, a dévoilé la générosité des habitants, a permis aux touristes de découvrir toute la beauté naturelle de la région, mais nous a aussi permis de crever l’abcès, de voir que des jeunes filles et garçons sont privés d’études à cause de l’éloignement des établissements scolaires (15 ou 20 km), de constater que des sites historiques sont en train de tomber en ruine, que toute une mémoire culturelle liée à ces vestiges est en train de disparaître. Les organisateurs du festival sont convaincus que l’art , la culture et les traditions millénaires, aident à la promotion de la ville de Kelaâ M’Gouna. Le festival a permis à la belle aux oasis dormantes de sortir de sa léthargie ne serait-ce que pendant trois jours. Reste à savoir pourquoi le ministère de la Culture, la RAM, boudent-ils le festival de la rose ?
Ilham Khalifi
Abbes Boularbah, Directeur du Festival de la Rose, se confie...
La Nouvelle Tribune : Comment expliquer l’absence du ministère de la culture et de la RAM à cette grande manifestation?
Abbes Boularbah : On a fait appel à eux, en premier, avec dossier détaillé pour qu’il nous accompagnent, mais en vain. On a été admirablement soutenu par le gouverneur de Ouarzazate, le Groupement des collectivités locales, basé à Kelaât M’Gouna.
C’est notre agence «Divine Production», qui a pris en charge la totalité des frais de transport, d’hébergement... Je remercie les médias nationaux et internationaux. Nous avons été soutenus par TV5, Al Jazira, l’Espagne, le Portugal qui ont réalisé des reportages sur la région.
Le nombre des mis est très réduit.
Nous sommes dans une région où les traditions pèsent encore de tout leur poids. Il est vraiment difficile de convaincre les familles de permettre à leurs filles de participer à un concours de beauté, d’être en face de cameramen, de photographes, de journalistes.
Comment expliquer le fait que le jury soit composé de personnes prises au hasard, des visiteurs, des touristes...?
Nous avons voulu dans un premier temps préserver la neutralité des votes. Ces personnes ne connaissent aucune de ces miss. Elles les voient pour la première fois. Pour les prochaines éditions, nous pensons inviter des professionnels dans le domaine de la mode, des intellectuels...
Êtes-vous satisfait de l’édition 2005 du Festival de la Rose?
Je suis très satisfait de la couverture médiatique du festival. Je suis heureux car le festival est en train de prendre beaucoup d’ampleur. Je suis satisfait d’avoir permis modestement à une partie de notre patrimoine d’émerger de nouveau et surtout de se faire valoir au delà des frontières.
Propos recueillis par
IK