Que recouvre ce terme “ métaphysique ” lorsqu’il est appliqué aux objets d’art? A priori hermétique, cet adjectif englobe la dimension abstraite de rêve et d’histoire que véhiculent les objets d’art à travers la spirale du temps.
Maître Tajan se définit comme un “ témoin de l’invisible ” à la curiosité exacerbée voire maladive. Tout au long de sa carrière, il s’est attelé, avec succès, à être “ la valeur ajoutée des objets d’art ” par la révélation de leur face cachée. Pour illustrer ses propos, il invite le public à le suivre dans un voyage magique à travers le temps. Par le biais de nombre d’anecdotes, toutes plus intéressantes les unes que les autres, le conférencier fait partager à l’audience l’âme d’objets d’exception tels des écrits, des livres ou des peintures dont le tableau d’Eugène Delacroix, “ Mariée juive à Tanger ”, devenu roman quatorze ans plus tard sous la plume Alexandre Dumas. Racontée par le Commissaire priseur, l’histoire des “ Liaisons dangereuses ” de Choderlos de Laclos, pilier de la rencontre entre Jacques Guérin et le Président Fr. Mitterrand, est absolument jubilatoire. Du souvenir de quelques lignes manuscrites de Lord Byron vendu pour le prix extravagant de 50 000 Euros au service en porcelaine de Sèvres, objet de dévotion de Napoléon, en passant par l’atlas du cartographe Blaeu ayant appartenu à Louis XIV, retrouvé dans un coffre d’une petite banque new-yorkaise et dont les enchères atteindront 250 000 Euros, ces objets ressuscitent un à un grâce à Maître Tajan. Leur valeur métaphysique ainsi que leurs liens indissociables avec des hommes, des régions et des pays se concrétisent pour le public.
FDD
Deux questions à Maître Tajan, Commissaire priseur
La Nouvelle Tribune : Comment voyez-vous l’évolution de l’art au Maroc ?
Maître Tajan : L’évolution de l’art passe par celle de la société. Au Maroc, je vois de plus en plus une élite, une population qui accède à des standards de vie meilleurs et qui, de ce fait, prend conscience de ce que sont les objets d’art. Certaines personnes reçoivent et aiment montrer leurs collections. La clientèle fortunée n’est pas la seule à acheter, il y a des gens de condition beaucoup plus modeste qui collectionnent aussi. La vraie culture, c’est ce qu’on a dans le cœur.
Certains artistes marocains reprochent parfois à leurs compatriotes de ne pas s’intéresser à l’art. Qu’en pensez-vous ?
Le phénomène des “ nouveaux riches ”, qui préfèrent acheter des voitures par exemple plutôt que des objets d’art, existe au Maroc comme partout ailleurs. Mais les artistes doivent aussi se remettre en cause et s’interroger sur ce qu’ils créent. Les acheteurs font peut-être seulement preuve de discernement en n’investissant pas dans certaines créations. La revente des objets d’art est directement liée à l’achat de ces derniers. Il faut certainement encourager les artistes mais ceux-ci doivent aussi comprendre que les acheteurs soient plus hésitants à investir à l’égard d’artistes émergents.
Propos recueillis par FDD