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Abdellatif Laâbi : L’étreinte poétique du corps

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Publier le : April 28, 2005

Caressez les poèmes du recueil «Les fruits du corps» et vous verrez se dessiner devant votre regard le corps des lettres, le parfum de l’écorce de l’écriture. Lorsque s’éveille le corps, les mains du poète l’accueillent, le recueillent.
Sur la chair désaccordée du poète, se promènent des doigts de saphirs. Est-ce la chair de l’écriture ou celle de la page vierge, qu’effleure la plume du poète?
l’écriture du corps devient une partition où se chante et se sculpte l’harmonie. Harmonie de la cadence et du mouvement. Ecriture de l’érotisme ou érotisme de l’écriture? Qui butine l’autre, l’abeille ou le suc de la fleur?
Dans «les fruits du corps», l’éjaculation» des vers est pareille à un fleuve de magma, où sensé et insensé, achevé et inachevé, se rejoignent. Devant la nudité du sein généreux de l’écriture, s’incline le poète. Pour écrire le corps de l’écriture, ou tout simplement décrire l’éblouissement du regard devant la beauté du corps de la «femme-écriture», le poète use d’un style ironique et délicatement farceur. Avec une pudeur propre à Abdellatif, l’étoile du berger se façonne en nombril: «Je n’imagine rien
Je n’invente rien
Je crois sur-le-champ
Je vois et touche
L’objet de ma croyance...», déclare, confus le poète. Quel serait l’objet de sa croyance?
«Les fruits du corps», une sorte d’île païenne où le poète hésite entre dunes et grottes magiques. Avec «Les fruits du corps», il faut être patient: bourgeonner, attendre que l’écorce s’amollisse et s’attendrisse pour enfin, recevoir la sève comme offrande de reconnaissance. Entre lettre raisonnable et phrase affolée, se dessine un sourire évanescent. le Corps de la femme se confond au corps de l’écriture. Quand le poète couvre le corps des mots, celui de la femme, pudiquement se dénude. Deux corps s’éclairent, se rapprochent avec chaque poussée d’ardeur. Au fond des iris, apparaissent les fruits du corps du poème, velouté, radieux, mais incessamment assoiffé. Une source de rosée imbibe chaque «atome» de la peau. Se conjuguent alors désir et délire et entre le deux vibre un séisme de métaphores érotiques:
«Le désir
ne se déclare
ni ne se commente
Il brûle
et se propage
ou meurt
en silence».  Hors du temps et de l’espace, se confectionne un poème à peine chuchoté, aux instincts primitifs. Laâbi écrit: «Au commencement
il y a eu le mot
Va savoir lequel
Une allusion
Au creux de deux syllabes
Un accent mal placé
à dessein

Une chute...» Ici ou ailleurs, le poète continuera d’étendre ses doigts, de peindre des mots sur la chair toujours enflammée qui récite au delà des limites et des frontières, le chant des fruits du corps.         
Pour ceux qui désirent découvrir Laâbi en poète, sculpteur du corps, on recommande «les Fruits du Corps», édition Marsam (60 dh).

I.K.



 

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