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Nour-Eddine Lakhmari, le regard inquisiteur

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Publier le : April 21, 2005

Il y a 50 ans, un crime a eu lieu mais n’a pas été dénoncé.
«... Et comment punirez-vous ceux dont le remords est déjà plus grand que leurs méfaits». Imposante, cette citation de Jabrane Khalil Jabrane qui ouvre le bal des regards. Première séquence: une galerie où on prépare l’exposition d’Albert Tueis. Le photographe demande aux responsables du lieu «Je veux que ce mur reste vide... Je veux juste me libérer de ces images» Que symbolise cette métaphore du vide? l’exposition est pareille à un puzzle auquel manque une seule, mais la plus importante pièce. S’entame alors le grand voyage. Un voyage d’abord dans l’espace et puis dans la mémoire. Retour au pays, pour combler le vide, retrouver cette partie de la mémoire qui vous fait si mal. «Je viens dénoncer un meurtre. J’étais là, j’ai tout vu, je n’ai rien dit».    
Albert Tueis, artiste photographe. Albert Tueis, deux regards, celui du jeune homme de 19 ans et le même regard, mais rebelle et révolté, 51 ans après, celui de l’Albert de 70 ans, contemplant une même période, celle du colonialisme. Deux regards imbibés de regrets, de souffrances... Deux regards immergés dans un silence imposé. Deux regards qui finissent par crier haut l’injustice. «Le Regard», est une sorte de superposition, une sédimentation de regards. A travers le regard du personnage Albert, se défile celui de «l’oeil» de l’appareil photo (une Rolleiflexe) du photographe, auxquels vient s’ajouter celui du réalisateur. La force du film, vient justement de la pluralité des regards qui fleurissent comme des champignons. Ce sont des «regards-mémoires». Chaque regard enfante sa propre histoire. Le film est réalisé à partir de la technique du flash-back. Le réalisateur procède plus par analepses que par prolepses. Une photo ratée n’est pas une promesse d’un futur meilleur notamment pour Aïda, la danseuse du village. le film est une sorte de kyrielle d’interrogations. Cette petite fille sauvée par le jeune Albert durant la période coloniale, dont le père a été  tué et la mère violée par des soldats français, serait-elle Aïda la belle brune? Pourquoi toutes ces photos prises lors de la période coloniale n’ont-elles pas vu le jour? Et ces regards fugitifs, qui semblent fuir l’oeil de la caméra ou que la caméra, à peine effleure, que racontent-ils? Deux regards; celui d’Aïssa (Abbass Lamrani) et celui d’Albert, de nouveaux s’affrontent, s’épilent, se cherchent, se mêlent et s’entremêlent, s’enchevêtrent, fusionnent, mais finissent par se rejoindre, se retrouver. Albert retourne au village, en quête de mémoires, de sa mémoire. Il retourne sur les lieux  et la scène des crimes abominables. Quelque chose le hante, des photos, un film qu’il a lui même enterré. pour quelle raison a-t-il caché et camouflé une part de la vérité? Pour sauver l’honneur d’une patrie, de sa patrie, le soi- disant héroïsme de cinq soldats français? Lui, Albert Tueis (tuer), a accepté l’assassinat d’une partie de l’histoire. Lui Albert Tueis a été récompensé pour ses photos sur le Maroc Libre. Mais dans le film, sa mémoire le trahit et le ramène vers le Maroc qui souffre des affres de la colonisation: des soldats français qui violent des nationalistes prisonniers. Nour-Eddine Lakhmari, met l’accent sur le fait que parmi ces colons, figurent des êtres amplement humains. Comment Aïssa (Khalid Benchegra), qu’Albert croyait assassiné, et dont le regard accusateur hante l’esprit du photographe, se retrouve 50 ans après dans un asile de fous? «Ce visage et ce visage sont les mêmes, mais en réalité, ils ne sont pas les mêmes», déclare l’un des personnages du film.
Le décor du film renforce la métaphore du vide. Le village où ont été tournées la plupart des scènes, ressemble à un cimetière. Des sites abandonnés, mais secrètement animés par des souvenirs enterrés sous les ruines. Le film baigne dans une ambiance de noir et blanc. Une énorme différence entre la première scène, celle de la galerie (lumières, murs d’un blanc éclatant) et celle du village encore prisonnier du passé, couleur terre, un soleil ardent. «Le Regard» de Nour-Eddine Lakhmari s’achève sur la scène des retrouvailles sur une falaise, ouverture sur l’immensité de l’océan. Albert retrouve Aïssa, retrouve la part de sa mémoire qui l’a fait souffrir pendant un demi siècle. Mais Aïssa est sur une chaise roulante sans voix et sans mémoire. Seul son regard raconte et dénonce intérieurement l’histoire des souffrances, des humiliations endurées d’une époque qui a sauvagement étouffé le cri heureux de la liberté.     
Ilham Khalifi

Nour-Eddine Lakhmari 

Auteur-réalisateur, est né Safi, au Maroc. Il vit en Norvège depuis presque 20 ans où il travaille comme cinéaste. Plusieurs de ses courts-métrages ont remporté des prix internationaux, traitant des sujets autant norvégiens que marocains.
Le Regard, son premier long métrage, est une co-production maroco-norvégienne. Dans ce film, le sujet de l´occupation et la rédemption est traité à travers le regard de Nour-Eddine Lakhmari qui, de son exil, a appris à appréhender le Maroc de l’intérieur comme de l’extérieur.
Le Regard est une histoire universelle. Elle est malheureusement toujours d’actualité.

Synopsis
  
Le Regard, un film sur l’abus de pouvoir, la culpabilité et la rédemption.
Dans Le Regard, le photographe français Albert Tueis, 70 ans, se retrouve confronté à son passé lors de la préparation d´une exposition d’œuvres représentant l’intégralité de son parcours photographique.
Il se souvient des photos qu’il avait prises à l’âge de 19 ans, alors qu´il était soldat- photographe dans l’armée française au Maroc sous le protectorat. Les photos ne furent jamais publiées.
Sans ces photos, la rétrospective de sa carrière ne serait pas complète. Il décide alors de retourner au Maroc pour retrouver les négatifs qu´il avait enterrés…
Tandis qu´Albert rencontre le présent et ce qu´il cache de rivalités et de difficultés, des images de plus en plus fortes et brutales du passé resurgissent.

Distribution : Jacques Zabor (Albert) - Abdellatif Didane (Réda) - Khalid Benchegra (Aïssa) - Keltoum Hajjami (Aïda) - Hassan Skalli (Abbas Lamrani) - Driss Roukh (Ramzi)
Réalisation et scénario : Nour-Eddine Lakhmari



 

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