Le poète et chercheur marocain Hassan El Ouazzani vient de publier son troisième livre, “ La littérature marocaine moderne, 1929-1999 : Étude et bio- bibliographie ”, chez l’Union des Écrivains du Maroc et Dar Attakafa.
Le dernier ouvrage de Hassan El Ouazzani “ La littérature marocaine moderne.1929-1999 : Étude et bio- bibliographie ” englobe deux grandes parties. La première consiste en une approche socio-bibliométrique de la littérature marocaine moderne d’expression arabe produite durant la période qui s’étend de 1929 à 1999, et ce en vue d’étudier l’évolution de ses divers genres , sa structure éditoriale, les caractéristiques de ses producteurs et les conditions à la fois de la production de cette littérature et celle de la scène littéraire et socio-culturelle. La deuxième partie propose une biblographie exhaustive de la littérature marocaine d’expression arabe publiée durant le 20ème siècle, ainsi qu’une source biographique identifiant ses auteurs. Ce troisième ouvrage de Hassan Ouazzani a pour objectifs deux éléments primordiaux : d’une part, le recensement de la production littéraire marocaine d’expression arabe durant la période qui s’étend de 1929 à 1999 ; et la création d’une base de données relatives à ses producteurs, à ses maisons d’éditions, à la littérature critique qui la cerne, et à ses sources de contrôle bio-bibliographiques. Et d’autre part, l’approche de l’évolution de cette production littéraire en vue d’étudier sa structure éditoriale, les spécificités de ses producteurs et enfin, les conditions à la fois de sa production et celles des composantes de la scène littéraire. Ces deux objectifs permettent de révéler la structure englobant la production littéraire marocaine d’expression arabe dont le nombre de ses publications de 1929 à 1999 est de 1205 œuvres littéraires.
Dans cette perspective, le chercheur constate que la poésie vient en début de classement avec 550 recueils, ce qui présente 45,64 % de l’ensemble de cette production littéraire. En revanche, il ne recense que 228 romans, 268 nouvelles et 89 pièces théâtrales dont le pourcentage est respectivement de 24,73%, 22,24% et 7,39% de la totalité de la création littéraire publiée. Cette disparité quantitative trouve sa justification dans les racines historiques de l’écriture poétique au Maroc ; contrairement aux autres genres littéraires dont l’apparition a connu un retard considérable. En outre, M. Hassan El Ouazzani décèle une quasi égalité au niveau du décompte de la production romanesque en comparaison avec la nouvelle. Cet état de chose est dû à leurs conditions de production et de publication, mais surtout, aux interférences existant entre leurs composantes narratives. Au niveau de la structure des producteurs, le poète remarque que le nombre des auteurs ayant publié leurs œuvres entre 1929 et 1999 est de 598. Cette structure se caractérise par la répartition inégale de ses composantes aux niveaux de divers genres littéraires et générations. Ainsi, le nombre de producteurs ayant publié leurs recueils poétiques est de 322. Alors que le nombre des producteurs de romans est de 160, suivi de 156 auteurs de nouvelles et uniquement 47 auteurs de pièces théâtrales. Ceci s’explique en partie par l’origine séculaire de la poésie dans la pratique littéraire au Maroc, tandis que les autres genres littéraires ont dû achopper sur le retard qui les a affectés.
Au niveau de la structure de la production, M. El Ouazzani constate que les générations des années 70 et 90 ont connu une évolution rapide du nombre des auteurs ayant atteint respectivement 357 et 365 écrivains. Cette présence marquée est due fondamentalement, d’une part au cumul réalisé par les écrivains de la génération des années 70, et d’autre part, à l’évolution des moyens de production et de l’infrastructure des réseaux d’édition et de diffusion lors des années 90. Par ailleurs, et en se basant sur la loi de Lotka, il remarque que la productivité des écrivains marocains fut caractérisée par une réciprocité inverse entre le nombre des écrivains et le volume de leurs productions. C’est ainsi que 359 écrivains ont publié chacun un seul ouvrage littéraire, tandis que paradoxalement, un seul auteur a pu publier 18 ouvrages. Dans le même cadre, il remarque que 121 écrivains ont publié 636 ouvrages littéraires ce qui constitue 52,78°/° de la totalité des ouvrages publiés. En général, la contribution de l’infrastructure de l’édition au niveau de la publication de la littérature marocaine d’expression arabe, se distingue par son caractère limité. Aussi trouve-t-on 178 maisons d’édition dont le nombre de publications n’a pas dépassé 534 ouvrages littéraires, ce qui représente 44,31°/° de la production littéraire marocaine publiée entre 1929 et 1999. En revanche, le nombre des ouvrages publiés par les auteurs est de 671 soit 55,68°/° de l’ensemble de la production publiée lors de cette période. L’écriture poétique – vu sa prégnance traditionnelle – a continué à garder son classement initial au niveau même des publications des maisons d’édition. C’est ainsi qu’on recense 195 recueils poétiques édités. En contrepartie, on trouve 149 productions romanesques, 148 nouvelles et enfin 42 œuvres théâtrales. En outre, les années 90 ont constitué une étape fondamentale dans la participation de l’infrastructure de l’édition au niveau de la publication de la production littéraire marocaine d’expression arabe. Le nombre de ses publications ayant atteint en cette décennie 287 ouvrages littéraires. Ce qui a constitué, d’ailleurs, 55,06°/° de la production publiée par les maisons d’édition entre 1929 et 1999. Tandis qu’entre 1929 et 1989, ne furent édités que 247 ouvrages littéraires, ce qui représente 46,04°/° de l’ensemble de la production littéraire publiée par l’ensemble des maisons d’édition. Le caractère limité de la collaboration de l’infrastructure de l’édition dans l’évolution de la publication de la production marocaine d’expression arabe est tributaire de plusieurs facteurs primordiaux dont notamment : l’apparition tardive de l’imprimerie et de l’édition, et les conditions de son évolution qui dépendent du contexte global des mutations subies par cette infrastructure dans son ensemble.
BE.L.