Pour la première fois au Maroc, les ventes aux enchères s’effectueront selon les règles de l’art grâce à la Compagnie Marocaine d’Objets et Œuvres d’art.
Fondée par Hicham Daoudi, la Compagnie Marocaine d’Objets et œuvres d’art ( CMOOA) a l’ambition d’instituer une tradition au Maroc en matière de ventes aux enchères. Elle vise non seulement à lancer le genre mais aussi à le banaliser, partant du principe , que la vente aux enchères est d’abord un mode d’achat qui met en présence plusieurs acheteurs et donc plusieurs concurrents. Ce mode d’achat, faut-il le souligner, peut s’appliquer à n’importe quel article et non pas uniquement, comme on aurait tendance à le croire , à des objets de valeur au coût élevé. La CMOOA ambitionne de faire des ventes régulières et de permettre aux amateurs d’art au Maroc d’acquérir des objets authentiques au juste prix, un prix reconnu sur le marché mondial. Sur le court terme, l’objectif de la CMOOA est d’organiser cinq ventes aux enchères par an. Prévue pour les mois d’avril prochain, la prochaine vente sera consacrée aux peintres marocains d’avant 1970, aux tableaux orientalistes et aux objets d’art islamiques et modernes. Par la suite, la CMOOA compte monter des ventes spécialisées dans le domaine de l’art contemporain marocain. Mais cela exige dans un premier temps la formation d’experts marocains en mesure d’authentifier les tableaux dans un marché de l’art où les faussaires sévissent avec force. Au delà de l’organisation de ventes aux enchères régulieres, la CMOOA compte élargir son champ d’intervention à d’autres registres. Ainsi, parmi les actions prévues dans son programme d’action, elle se propose d’offrir des conseils en acquisition d’objets d’art pour les gens qui veulent constituer des collections, d’organiser des journées d’estimation pour les gens qui ont des collections, de faire du mécénat pour promouvoir les jeunes talents à l’étranger, les aider à exposer et à se faire connaître et de créer un concours avec l’aide d’une banque entre les différentes académies d’art au Maroc. La première vente aux enchères, “Orientalisme et Art islamique”, organisée par la CMOOA a eu lieu à Marrakech, à l’hôtel La Mamounia les 26 et 27 décembre 2002. Elle s’est tenue en collaboration avec Hakim Sahel, sous la direction d’un commissaire-priseur et de deux experts internationaux, dans le respect des règles en vigueur dans le domaine. Une centaine de tableaux orientalistes et cent cinquante objets d’art islamique ont été offerts à la vente. L’ensemble des éléments présentés au public était d’origine marocaine. Réunir ces objets a constitué l’une des difficultés de base de l’organisation de cette première vente aux enchères du fait de la mentalité ambiante, les gens tenant traditionnellement à entourer de discrétion l’acte de vendre. Au regard de la conjoncture internationale, cette première vente peut être considérée comme un succès d’autant que la communication était restée informelle, véhiculée par le bouche à oreille et quelques affiches placées dans les lieux ciblés.
Selon plusieurs artistes notamment Abdelhay Mellakh, Abderrahman Rahoule, Houria Laraki et Bairam Bajrami, le problème principal de l’art au Maroc est très restreint sinon inexistant. Il est caractérisé par un manque d’infrastructures culturelles et un manque total d’encouragement sur le plan institutionnel dans le sens de la promotion et du développement. Pour eux, la création de CMOOA est une bonne initiative et une entreprise à encourager.
L’art au Maroc
Il est difficile de parler de l’art au Maroc. Tournant autour de quelques galeries concentrées sur Casablanca et Rabat et d’antiquaires qui, de la fonction, n’ont souvent que le nom, il demeure toujours à l’état de balbutiement. La conjoncture économique et sociale qui prévaut actuellement n’aide pas à son émergence. Les rares galeristes actifs sur la place sont en effet de plus en plus nombreux à mettre la clé sous le paillasson. Le marché de l’art contemporain marocain a connu son âge d’or dans les années 80 avec des banques et des fondations jouant les mécènes auprès des artistes marocains par l’achat de nombreuses toiles. Les collectionneurs y portaient aussi un intérêt non négligeable et en alimentant leurs collections. A la fin des années 90, la situation se dégrade avec des banques, des collectionneurs et des particuliers qui cessent d’acheter. Les raisons sont certes à rechercher dans la conjoncture nationale et internationale, mais également dans les caractéristiques d’un marché privé de règles où les prix sont déterminés de manière fantaisiste, avec des vendeurs à l’affût du coup de fusil et des toiles estimées en dehors de toute cotation de référence. L’absence de réglementation laisse la porte ouverte à tous les abus. Le marché du faux a pris ainsi une ampleur considérable dans le domaine de l’art contemporain marocain, les experts habilités à authentifier les œuvres étant quasi inexistants.
BE.L.
Ce qu’il faut savoir
La vente aux enchères permet l’établissement du “Juste prix” d’un objet grâce à une confrontation transparente et publique de l’offre et de la demande. Elle offre des garanties de rigueur et de sécurité dans les transactions. L’authenticité d’un bien, il se doit de consulter un expert spécialisé qui sera alors garant de cette authenticité et donc responsable en cas de litige. Les biens constituant la vente doivent être exposés au public, généralement la veille, afin qu’ils puissent être examinés par les éventuels acquéreurs. Le commissaire-priseur et/ou l’expert doit pouvoir renseigner le public sur les biens exposés; cela permet d’éviter toute contestation de la part des acquéreurs, après la vocation. La vente peut-être accompagnée d’un catalogue de vente, rédigé par le commissaire-priseur et/ou l’expert, sur lequel figurent, dans l’ordre de la vacation, la description et parfois la reproduction des biens mis en vente. Lors de la vacation, chaque lot est présenté au public par un commissaire, décrit par le commissaire-priseur ou par l’expert et mis à prix. Les enchères peuvent alors commencer. C’est par le mot “adjugé”, prononcé par le commissaire-priseur, que les enchères sont éteintes et la propriété de l’objet transférée.
Le commissaire priseur est un officier public et ministériel. Mandaté pour organiser et diriger les ventes aux enchères publiques, il est l’arbitre du marché, chargé de défendre le vendeur par la garantie de paiement, et de protéger l’acheteur par la garantie d’authenticité de l’oeuvre.
L’adjudication est confirmée par le commissaire-priseur dés que le mot “adjugé” est prononcé. Ainsi le dernier enchérisseur se trouve être l’adjudicataire et la dernière enchère, le prix adjudication.
Enchère: Offre d’une somme supérieure à la mise à prix ou aux offres précédentes au cours d’une vente. Le dernier enchérisseur, soit l’enchère la plus élevée se verra l’adjudicataire du lot.