Après “ La nouvelle pornographie ”, publiée en 2000 et fraîchement accueillie par la critique, Marie Nimier change complètement de registre avec “ La Reine du Silence ”, son nouveau roman publié aux éditions Gallimard. Dans cet ouvrage largement autobiographique, l’auteur scrute la figure du Père, le sien. En effet, Marie avait 5 ans lorsque son père, le célèbre écrivain Roger Nimier, trouve la mort dans un accident de voiture en compagnie d’une jeune romancière, Sunsiaré de Larcône. Confrontée à la mort, que peut comprendre un enfant de cette âge-là ? “ J’étais pour lui la Reine du silence, surnom ô combien poétique qui me laisserait pourtant un mauvais goût dans la bouche, un goût de fer et de sang ” dit-elle. Pendant une quarantaine d’année, l’auteur souffre d’avoir été transparente, inexistante voire “ juste bonne à être jetée dans la Seine”. Ses frères évoquent rarement le disparu. Quant à sa mère, elle reconstruit avec application le passé et l’image d’un couple idéal pour préserver ses enfants. Difficile de cerner le disparu dans de telles conditions. Torturée et hantée par des rêves et cauchemars, Marie Nimier entreprend de fouiller minutieusement sa propre mémoire et celles de ses proches à la recherche du monde d’emploi de ce fantôme au passé fugace. “ Ni vraiment là quand il était présent, ni vraiment absent quand il nous quitta ” écrit-elle. Cet homme dont elle n’arrive pas à voir le visage, cet inconnu que décrivent les autres et dont il n’existe pratiquement aucune photo de famille. Au terme d’une douloureuse recherche, l’image floue de ce père, pièce centrale du casse-tête que reconstitue l’auteur, se précise. Homme d’exception à la culture immense d’après ses amis ou monstre égoïste, alcoolique et violent? Cette dichotomie entre le personnage public et la perception privée d’une petite fille cessera finalement de tarauder l’auteur lorsqu’au fil des pages, les pièces du puzzle s’ordonneront ou, à tout le moins, la bordure de celui-ci. Dangereux ou non et, indépendamment de son amour pour lui, l’écrivain apprend à composer avec cet être ou, au pire, à encaisser. Poignante recherche du père, dont on sort difficilement indemne, écrite avec subtilité dans un style limpide et poétique.
Livre pour enfants
Les éditions Marsam publient “ Graines d’Amour Graines d’Amitié ” de Fatim-Zohra Bakka. Ce charmant recueil de contes poétiques, illustré par Khalid Resqi, sème tolérance, amitié et amour. Ode à la protection de l’environnement avec “ Coffin, le beau Dauphin ” ou “ Ma Planète ”. Leçon de vie avec “ça sert à quoi de vivre ? ”. Papillon, fourmi, cigale ou ourson riment avec courage, responsabilité, espoir et intégration. Pour partager un délicieux moment avec les petits.
Roman étranger
“Sang impur ” de l’irlandais Hugo Hamilton, publié aux éditions Phoébus est une œuvre magistrale qui a été saluée par les critiques tant en Irlande qu’aux Etats-Unis ou en France où il obtint d’ailleurs le Prix Fémina Etranger 2004. Expurgé des habituels clichés sur la verte Erin, cet ouvrage autobiographique sans complaisance évoque l’enfance de l’auteur à Dublin au début des années 50, l’enfer domestique entre une mère allemande qui a fui le régime nazi et un père irlandais, républicain nationaliste pur et dur. Hamilton a su retrouver le langage, le ton et le vocabulaire de l’enfance.
Essai
Les éditions PM sortent “ Que Personne ne rigole ! ” de Mohamed Laroussi. Pas de littérature mais une compilation de chroniques et d’articles parus dans la presse nationale ainsi que des textes inédits. Avec sa prose souvent insolente voire irrévérencieuse, ce fils de pub égratigne sans vergogne, avec ou sans humour, ses contemporains. Rien ni personne n’échappent à sa plume acerbe que ce soit le Parlement, ses confrères, la CNSS, les technocrates, Doukkali, Nabil Benabdellah et tous les autres. Un livre pour initiés seulement. Moi, je n’ai certainement pas rigolé mais j’ai beaucoup aimé “ Elle, ça prend deux ailes ”, un texte un peu à part dans ce recueil pas vraiment politiquement correct.
FDD