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Les Sœurs Fâchées : Coup de maître pour un coup d’essai

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Publier le : April 7, 2005

Louise, esthéticienne au Mans, vient passer quelques jours chez sa sœur Martine qui vit à Paris. Cette dernière a apparemment tout pour être heureuse mais le bonheur insolent qu’affiche Louise va rapidement exaspérer Martine et faire voler sa vie en éclat. Pour raconter cette histoire, Alexandra Leclère, s’est largement inspirée de sa propre expérience. “ J’ai une sœur de deux ans mon aînée qui a décidé de ne plus me voir à un moment de sa vie ” dit-elle. Dès le départ, elle a écrit ce scénario pour Isabelle Hupert et Catherine Frot car ses deux actrices se sont imposées à elle comme une évidence. Le film démarre sur un ton léger proche de la comédie. Débarquée de sa province, le personnage de Louise avec ses fringues ringardes et sa moustache de chocolat prête autant à sourire que les propos et attitudes odieuses de Martine. Au fur et à mesure de leurs retrouvailles, le bonheur de l’une fait le malheur de l’autre. La tension monte inexorablement jusqu’à l’inévitable drame qui se matérialise par une gifle. En fait, ses personnages n’ont en commun que les racines de l’enfance et de l’adolescence. Leur seul moment de complicité se manifestera devant “ Les demoiselles de Rochefort ”, réminiscence magique et fugitive d’un passé partagé. Malgré son souci de dépasser les clichés, le metteur en scène s’applique de façon trop scolaire à décrire les caractères opposés des protagonistes. Très vite, le spectateur comprend que tout oppose l’irascible et fragile Martine rongée par un mal-être flagrant et la naïve Louise décalée et débordante de tendresse. Ce flirt périlleux avec la caricature entraîne quelques longueurs dont le film se serait volontiers passé. Ceci dit, Alexandra Leclère fait preuve d’un immense talent tant dans l’écriture que dans la direction des acteurs. La subtilité de son approche très psychanalytique de la famille, du couple, de la femme et des rapports au sein de la fratrie surprend ainsi que le regard sinistre qu’elle pose sur la sexualité. La scène de l’opéra pendant laquelle la caméra se promène d’une sœur à l’autre est de toute beauté et extrêmement révélatrice: Louise vit intensément la musique et on se prend à vibrer à l’unisson avec elle alors que Martine y reste parfaitement hermétique. Outre de magnifiques prises de vue des monuments parisiens sous un ciel de plomb reflétant les relations orageuses des sœurs, beaucoup d’autres thèmes, tels la jalousie, l’être et le paraître, le choix de vie entre Paris et la province ou encore la réalisation de la femme, sont abordés avec perspicacité et finesse. A cet égard, toute la fragilité du personnage d’Isabelle Hupert éclate lorsqu’elle arrive enfin à formuler son souhait de travailler pour acquérir une certaine autonomie. Le film s’achève sur le seul sourire franc de Martine, une note d’espoir bienvenue après un crescendo de tensions parfois insupportables.

FDD



 

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