Au Maroc où elle a séjourné à Kalaâ des Sraghna entre 1948 et 1949, Ginette Cals a immortalisé des centaines de figures, de personnages, avec une rigoureuse économie de moyens (mine de plomb, encre de chine, aquarelle...) en sacrifiant tout à la vivacité du trait. Trait tendu, décisif, qui parvient à percer et à ressusciter l'âme de ces personnages dont on sent la complicité avec l'artiste, immédiate et franche. Ce sont des portraits qui vous parlent, racontent des histoires de lieux, des histoires de couleurs sereines d'une sagesse ancestrales. Ce sont des regards insistants qui vous invitent à pénétrer et à revisiter une mémoire soigneusement et intimement protégée. L'exposition est le résultat d'une rencontre heureuse entre l'artiste et toutes ces personnes qui ont habité picturalement et esthétiquement le séjour de Ginette dans cette belle contrée du sud. Une découverte tout en couleurs, couleur de terre, couleur de la peau dorée par le soleil. De cette quête du beau primitif, sont nés une quarantaine de tableaux aux tons doux et sereins. Des couleurs aux teints de l'affection des grand-mères d'antan. Un vert pistache velouté, un gris biseauté, un rouge ocre, un marron couleur de tatouages du henné. L'oeuvre de Ginette est teintée de toutes les couleurs de la maternité, du sein généreux tendu, avec une tendresse rose ou couleur de lys, au nouveau-né. Ce sont des hommes, des bergers, des musiciens captés discrètement sous un angle d'olivier ou d'arganier. A travers les couleurs et les figures façonnées amoureusement par Ginette, l'on sent monter le parfum des clous de girofle, du henné écrasé à la meule, du gingembre, des roses cueillies à l'aube du printemps. Toute la beauté traditionnelle de la femme marocaine des années 40, de son habillement (caftans, hayek, foulards aux couleurs fruitées, bijoux, maquillage, tatouages...) se matérialise, se concrétise à travers l'exposition de Ginette. L'artiste restitue la beauté du moment, un après-midi, sous les arbres, où la femme à la théière célèbre la tradition de l'hospitalité millénaire propre aux marocains. L'exposition est le fruit d'une contemplation de traits, de rides mûris au soleil. Tous ses tableaux, huile sur toiles, aquarelle ou encre de chine sur papier, sont le son et le chant doux d'une mémoire pudique. Des toiles lumineuses mais sans la moindre goûte d'eau, seule la couleur d'argile se reflétant à travers des regards gais ou tristes rend compte de la beauté spirituelle de ces êtres qu'a jadis, côtoyés Ginette. L'exposition de Ginette est un hymne à aux frémissements, aux palpitations colorées de la Vie, toute cette intériorité naturellement et humainement philosophique, n'est que la réplique d'une séduction mutuelle entre le regard de l'artiste et toute la beauté de l'univers sur lequel ce regard s'est posé.
Ilham Khalifi
Ginette Cals en quelques lignes
Naissance à Paris en 1921.
Adolescence à Millau (Aveyron) jusqu'au baccalauréat.
1940 - Ecole des Beaux-Arts de Montpellier, dessin et modelage.
1942 - Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, dessin et modelage.
1943 - Premier trimestre à l’ Ecole des Arts décoratifs de Nice.
1943/1944 Activités de Résistance, maquis F.F.I. journaliste-correspondante de guerre sur le front d'Alsace .
Février 1945 - Se marie avec Pierre Cals ingénieur à l’I.G.N.
Cours de philosophie à la Sorbonne.
Juin 1945 - Reçue première à l’admission à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris en sculpture. En peinture, atelier Souverbie, en sculpture, atelier Gimont-Janniot, en taille directe, atelier Saupique.
1947 à 1951 Séjours au Maghreb : Algérie, au sud de Tébessa puis à Tiaret, Maroc à El Kelaa des Srarhna, Tunisie, au sud de Sfax.
1955 Décors pour trois ballets africains de Keita Fodeba au théâtre des Champs-Elysées à Paris.
1956 1959 Voyages en Italie et en Espagne .Aquarelles et huiles.
1960 Premier séjour en Corse dans la région de Venaco. Portraits à l’huile
et bas-reliefs en taille directe.
1961 -1968 Nombreuses brigades géographiques, activité picturale principalement.
1968 Deuxième séjour en Corse à Porto-Vecchio. Nombreux portraits à l’huile et retour à Paris.
1970 Rétrospective “ Vingt années de peinture ” à la galerie Deutscher Bücherbund à Karlsrühe.
1971 S’installe définitivement à Porto-Vecchio
1972 Monument aux morts de la ville dans un bloc de granit de 15 tonnes
1973 Construction de sa maison-atelier à Palombaggia.
1979 Réalisation avec J.Gardent de la place de la République à Porto-Vecchio. Premier séjour en Italie chez Henraux à Querceta Italie pour l’étude du dallage de la place et réalisation d’un bassin en amazonite et d’une fontaine en bronze.
1981 Est invitée à faire partie de l’Atelier International de Sculpture Henraux à Querceta.
1984 Réalisation du Monument aux morts de Lecci de Porto-Vecchio.
1985 Petit bas-relief en marbre aux armes de Bonifacio. Restauration dans leur forme originelle des fenêtres de l’église de Porto-Vecchio, et réalise six vitraux.
1986-1989 Consacre trois années à la restauration du Bastion de France, monument génois à Porto-Vecchio et continue entre-temps à sculpter chez Henraux pendant une quinzaine d’années.
Composition du nouveau tambour de l’église de Porto-Vecchio.
1992 Sélectionnée par l’entreprise Henraux pour exposer une grande sculpture à la 13e Foire internationale de Carrare.
Rétrospective “ Trente années de peinture ” à Lecci de Porto-Vecchio.
Septembre 1992 Exposition au Bastion de France restauré “ Dix années de sculpture ”.
1993 et jusqu’en 1997 Termine à l’atelier Henraux la grande aventure de la réalisation d’une cinquantaine de sculptures, commencée en 1981.
1999 Exposition en Tunisie à Carthage et à Sidi bou Said dans trois galeries, de peintures, aquarelles et photographies du séjour dans la région de Sfax, cinquante ans auparavant.
2005 exposition à Casablanca à l’espace d’art Actua d’Attijariwafa bank