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Entretien avec Mohamed Smaïl : «Touche pas à mon film!»

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Publier le : March 17, 2005

La Nouvelle Tribune : Le piratage de la propriété intellectuelle est en train de ronger notre société sur tous les plans. Vous venez de subir les conséquences de ce fléau trois jours après la sortie officielle de votre dernier long métrage «Ici et là...». La loi qui est sensée protéger les artistes contre le piratage, continue de porter un bandeau sur les yeux...
Mohamed Smaïl :
C’est pareil aux attentats du 16 mai qui ont donné naissance à de véritables formules de citoyenneté, notamment «Matkich Bladi» (Ne touche pas à mon pays). Moi aujourd’hui, je dis «Touche pas à mon film!». On voit se créer quotidiennement des réseaux de  piratage à Derb Ghallef, notamment, où on vend des films à peine distribués dans les salles ou encore... On doit penser aux oeuvres et aux artistes, impitoyablement volés, mais également à toutes ces familles qui vivent des revenus des salles de cinéma. Comment voulez-vous que les gens continuent d’aller au cinéma, alors qu’ils ont le «privilège» de voir le film chez eux en «avant-première».
On ne peut pas laisser les choses se dégénérer de cette manière. C’est une façon d’encourager le piratage. C’est toute l’industrie cinématographique qui est en train de s’effondrer. Les personnes qui se procurent cette marchandise littéraire «volée», sont certainement complices de ces fameux pirates.

Votre film «Ici et là...» (H’na O l’hih) est pareil à une oeuvre impressionniste où le produit se confectionne par touches aux tons et couleurs différents. Des personnages sont en quête d’une identité perdue, d’autres désespérés tentent d’échapper à une vie sombre, sans issue.
Le problème de l’émigration n’est pas seulement propre aux Marocains, ni aux Algériens ou aux Mexicains, aux Congolais..., c’est un problème universel. Toute personne injustement opprimée dans son pays natal, devient une véritable recrue pour l’émigration. Le personnage principal, «Rahal», fuit son pays natal à la recherche d’une vie meilleure en France. Mais il réalise au bout de plusieurs années passées dans un pays qui n’est pas le sien et qui ne le sera jamais, qu’il est en train de perdre sa famille. Angoissé, il décide de rentrer définitivement au pays. Mais l’intégration allait-elle se faire, sans douleur, sans laisser de séquelles? C’est la souffrance de l’émigré qui n’est jamais vraiment chez lui, ni au pays hôte, ni dans son propre pays et c’est douloureusement ressenti par ces «exilés volontaires ou involontaires». Le film retrace un malaise. On a beau être émigré, de nationalité française, américaine, espagnole, mais le regard de l’autre est toujours dévalorisant, c’est le rejet total. Mon film et vous l’avez bien dit est pareil à une toile concrétisée à partir de touches. J’ai voulu traiter plusieurs thèmes qui tournent tous autour de l’émigré. Pour moi le cinéma, c’est un ensemble de clichés. Dans la mentalité de ses compatriotes, l’émigré est l’image même de la “vache à lait” et on a vu cela dans le film. J’ai parlé de cette envie folle, ce besoin de retour aux sources, aux racines de notre culture.

Vous portez un regard intelligemment critique sur notre société, mais également sur la société occidentale. Le scénario du film est d’une sobriété et d’une justesse, un tac-au-tac parfait...
Pour ne pas tomber dans l’ennui, il fallait trier les mots et les phrases les plus significatifs, peu de mots pour dire toute une réalité angoissante. Chaque société enfante ses propres lacunes, mais pas au même degré. 

Propos recueillis par
Ilham Khalifi

Qui est Mohamed Smaïl ?

1951, naissance à Tétouan. En 1970, il entame des études de droit à  Rabat.
En 1974, il intègre la Télévision Marocaine où il produit et réalise de nombreux films, des soirées théâtrales ainsi qu’un certain nombre de variétés. Parmi ses réalisations : Les choses de la vie, voyages au Pays du Sud Marocain, écoles des Forces Armées Royales... Il a aussi réalisé plusieurs téléfilms et pièces théâtrales Télévisées, notamment , «Allal Al Kalda», «Lan Aaoud», «Al Manzil Al Matloub»... Mohamed Smaïl a réalisé «Aouchtam», «Et Après…». Il a reçu l’Etoile d’or (Noujoum Biladi) de meilleur téléfilm 2003, le Prix de la réalisation et grand prix au festival international des télévisions arabes du Caire 2004
 
SYNOPSIS du film «Ici et là ...»
Rahal Ben Issa quitte son pays à l’âge de vingt ans. Il a fui la pauvreté pour aller travailler en France. Son objectif, une vie stable et prospère. Il est issu d’une famille très modeste où le père nourrit ses enfants de quelques parcelles de terre qu’il cultive. Rahal quitte son pays au moment où l’opportunité du travail en Europe est favorable et la main-d’œuvre maghrébine très demandée. Son but, économiser un peu d’argent et rentrer au pays, investir et assurer l’avenir de ses enfants. Après un premier mariage raté, Rahal se remarie avec une Marocaine issue, elle aussi, d’un milieu pauvre. Il la prend avec lui à l’étranger. Le couple a trois enfants. Son fils, Rachid, est arrêté par la police pour un hold-up. Scandalisé par cet incident, et encouragé par sa situation de retraité, Rahal décide de rentrer définitivement au Maroc, surtout qu’il se sent dépassé par le mode de vie d’une nouvelle génération de plus en plus exigeante.
Dans son pays natal, Rahal compte bien éduquer ses enfants en suivant le modèle de ses ancêtres. Il est escroqué par son frère M’barek. Rahal perd le contrôle des membres de sa famille qui deviennent de plus en plus agressifs et exigeants, surtout quand il leur annonce, dans un moment de colère, son intention de rester définitivement au pays. Rahal serait-il en mesure de convaincre sa famille de s’installer définitivement au Maroc?



 

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