| | Articles » Lire, Voir, Entendre | | Monologues Nord-Sud Théâtre |
|---|
Auteur : Publier le : March 3, 2005
Ecrite en 1999, cette pièce, toujours brûlante d’actualité, envisage la question cruciale et universelle de l’immigration sous l’angle tout à fait inhabituel du regard d’un fonctionnaire en charge de l’examen des requêtes des demandeurs d’asile et de celui d’un candidat au statut de réfugié. Dans ce subtil poème politico dramatique, l’auteur égratigne au passage la société occidentale en soulignant l’hypocrisie des vivants face à la mort, l’égoïsme et l’ingratitude de ses contemporains ou encore leur indifférence. Il crie la douleur de l’exil et l’horreur de la haine sans jamais verser dans le “ tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil-au-Sud ”, pas de manichéisme béat. Les deux protagonistes s’affrontent indirectement dans des monologues poignants et percutants. Le fonctionnaire, c’est Rigobert Rigodon, employé au Bureau National des Allogènes ou Office des Etrangers en Belgique. Un type, comme il y en a des millions sur terre, tout ce qu’il y a de plus normal, quoi ! Sauf qu’il est mort mais soliloque encore…pour nous entraîner dans un grand flash back. Il retrace, entre autres, son entrevue avec le demandeur d’asile n° 67, Barthélemy Bongo, qui fera basculer sa bonne conscience et l’ébranlera à tout jamais. Cet Autre sans Feu ni Lieu qui lui fera dire : “ J’ai trouvé l’être humain en moi ” Pourquoi Rigodon fera-t-il “ le grand saut ” ? Pour se libérer…de sa petitesse, pour pallier les doutes nés de sa rencontre avec l’Autre? Aucun des deux personnages n’est tout blanc ou tout noir, chacun porte sa part d’ombre et de lumière, sa sagesse et sa folie. Il est question d’âme, d’âme tachée, “ de mauvaises odeurs ” de cette dernière mais c’est tellement humain que c’en est touchant, émouvant. Car finalement, au-delà de leurs différences culturelles et socio-économiques, cet Homme du Nord et cet Homme du Sud ne font qu’un dans lequel chacun de nous se retrouve avec son propre lot de contradictions ! Le défaut de ponctuation, les inventions de vocabulaire comme “ on ku kux glande ” ou encore “ on chacunpoursoite ”, le laconisme et la sobriété de l’expression ainsi que la répétition de mots et de syllabes en rajoutent encore au poids des mots, aux descriptions crues et violentes comme au choc provoqué par la vision de Rigodon gisant dans une cour glauque ou celle du soldat sur lequel s’est cristallisée la haine de Barthélemy. Le drame vécu par les deux anti-héros de la pièce appelle à la réflexion. Comme le dit l’auteur, “ le respect des principes fondamentaux des droits humains, c’est une belle quête pour l’homme du 3ème millénaire, mais il faudra qu’il regarde l’autre comme un reflet de lui-même plutôt qu’un corps étranger dont il doit s’affranchir ”. FDD
|
|