Du 9 au 14 février dernier s’est déroulée la 5ème édition du Concours International de Musique du Maroc (CIMM) parrainée par la BMCI. Les mélomanes de Casablanca, Rabat et Marrakech ont vibré au son du piano des dix talentueux candidats, âgés de 18 à 26 ans, venus de Chine, de France, du Japon, du Kazakhastan ou encore de Russie. A l’issue des 3 récitals de la première épreuve éliminatoire qui ont eu lieu, les 9 et 10 février au Cinéma Rialto de Casablanca, le jury a retenu 4 finalistes : Sofya Gulyak (Russie), Andrei Korobeinikov (Russie), Shoshei Sekimoto (Japon) et Xiotang Tan (Chine). Samedi 12 février, ces 4 lauréats, accompagnés par l’Orchestre Philharmonique du Maroc, ont disputé la finale au Théâtre Mohamed V de Rabat. Le plus jeune d’entre eux, M. Sekimoto (19 ans) a remporté le 1er Grand Prix du Maroc.
Cette 5ème édition du CIMM confirme le succès et le rayonnement international de cet évènement musical marocain devenu incontournable. L’augmentation du nombre de candidats, passé de 6 en 2004 à 10, a modifié le déroulement de la première épreuve qui s’est tenue en 3 récitals au lieu de 2 les années précédentes. Le récital supplémentaire a eu lieu un mercredi après-midi ce qui a permis aux jeunes pianistes en herbe d’y assister. Il faut également noter que, pour la première fois dans l’histoire de l’épreuve, tous les candidats sélectionnés avec soin par M. Marian Rybicki, Directeur Artistique du CIMM, étaient déjà titulaires d’un 1er Grand Prix. Enfin, soulignons encore la grande qualité du jury qui contribue largement au succès de cette compétition musicale de haut niveau. La Présidence de ce jury 2005 a été assurée par M. Jean Fassina, éminent professeur et écrivain et l’une des personnalités les plus marquantes du domaine du piano. La vice-présidence, quant à elle, a été attribuée à la célèbre pianiste concertiste japonaise Mme Yuko Ninomiya, une très grande dame du piano. «Depuis 5 ans, nos retrouvailles annuelles sont symbolisées par le bonheur et, au fil du temps, nous sommes devenus une grande famille qui célèbre cette fête de la musique, synonyme d’amour et de beauté» a déclaré M. Rybicki lors de l’ouverture de cette 5ème édition. Pour la première épreuve, les 10 jeunes pianistes ont présenté un programme libre de 35 minutes, temps réglementaire imparti. Leur virtuosité nous a offert un merveilleux voyage musical de la Russie de Prokofiev, Rachmaninov ou Scriabine à l’Espagne d’Albeniz en passant par Pologne de Chopin et Szymanowski, la Hongrie de Liszt et Bartok ou encore l’Allemagne de Schumann sans oublier l’Autriche d’Haydn, Mozart et Schubert, la France de Debussy et Saint-Saëns et enfin l’Italie de Clementi. Comme lors de l’édition précédente, le public a voté à l’issue de chacun des 3 récitals et son choix s’est porté sur Xiotang Tan (Chine), Andrei Korobeinikov (Russie) et Stanislas Hegay (Kazakhstan). Le jury, quant à lui, a désigné Sofya Gulyak (Russie), Andrei Korobeinikov (Russie), Shoshei Sekimoto (Japon) et Xiotang Tan (Chine) pour la finale. Lors de cette dernière, MM. Korobeinikov et Tan ont joué le Concerto n°4 en sol majeur op.58 de Beethoven, Mme Gulyak, le Concerto n°1 en fa dièse mineur op.1 de Rachmaninov alors que M. Sekimoto s’est illustré dans une brillante interprétation de Chopin, Concerto n°1 en mi mineur op.1 et a remporté le 1er Grand Prix du Concours. Les 2ème, 3ème et 4ème Grand Prix ont été respectivement attribués à M. Tan, Mme Gulyak et M. Korobeinikov. Ce dernier s’est également vu remettre le 1er Grand Prix du Public.
Le jury, “un scanner détectant la moindre anormalité”
Si, les choix du public et du jury au cours des récitals éliminatoires étaient relativement proches, on est en droit de se demander pourquoi le choix de ce même public et de ce même jury a fait l’objet d’une telle divergence lors de la finale. Pour M. Fassina, cette différence prouve l’importance d’avoir un jury composé de musiciens professionnels qui “fonctionne comme un scanner détectant la moindre anormalité”. En effet, le jury analyse immédiatement “les qualités intrinsèques irréfutables et indispensables d’un grand artiste”. “On ne peut pas être plus complet que ce garçon” dit-il en parlant de M. Sekimoto, 1er Grand Prix 2005 du CIMM. Il le décrit comme “un parfait linguiste de la musique” et il énumère ses qualités : le sens inné de la musique, la compréhension du style, l’écoute du son ou encore le respect imparable du texte sans oublier la modestie, l’humilité, la pédale impeccable et une parfaite respiration naturelle. M. Fassina rajoute que les aptitudes du chinois Xiotang Tan, 2ème Grand Prix, sont très comparables à celles de M. Sekimoto. Par le biais du vote, le public est donc investi d’une mission quasiment impossible bien que chaleureuse et sympathique ! L’assistance vote souvent de façon émotionnelle et tombe ainsi dans le piège de l’artifice et de l’illusion. “ L’attitude théâtrale d’un candidat comme Korobeinikov enchante le public qui ne perçoit pas que la culture musicale du pianiste laisse à désirer et que l’authenticité du jeu fait défaut ” dit M. Fassina. Selon lui, la candidate japonaise et le français auraient mérité une place en finale.
Ecole russe versus école asiatique
Sans acrimonie, M. Fassina, pourtant grand admirateur de l’époque phare de l’école russe, souligne l’ascension fulgurante de l’école asiatique. “Les asiatiques sont humbles alors que les russes sont prétentieux et veulent rester sur les acquis de leur hégémonie antérieure mais il y a des exigences professionnelles avec lesquelles on ne transige pas” poursuit le Président du jury 2005. “Les russes ne travaillent plus comme par le passé et j’éprouve un sentiment d’insatisfaction en les écoutant” dit-il. “Si le Maroc s’inspire de l’exemple chinois ou japonais, tout les espoirs sont permis et une génération marocaine fertile devrait pouvoir émerger dans les 3 ou 4 années à venir” conclut-il.
Ainsi se referme cette page musicale 2005 mais rendez-vous est pris pour le printemps prochain et la 6ème édition qui sera attendue, sans aucun doute, avec autant d’impatience que les précédentes par tous les mélomanes du Royaume.
FDD