Dimanche 3 décembre 2006, la capitale de Belgique, Bruxelles, a été l’hôte d’une manifestation de protestation quant à la tenue de la conférence dédiée aux Marocains résidant à l’étranger (MRE) qui se tiendra les 8,9 et 10 décembre à Rabat. Malgré tout, le collectif Al Monadara, regroupant des associations de Marocains installés en Europe et le réseau marocain Euro-med ONG/ société civile, a décidé d’organiser une manifestation d’envergure internationale dans l’objectif de créer un débat transnational sur l’immigration marocaine.
Selon les organisateurs, «les récents travaux menés au niveau européen et marocain ont permis d’échanger, d’analyser et de faire des propositions afin que la communauté MRE soit une réalité agissante, composée de citoyens à part entière tant dans les pays d’installation que dans les pays d’origine». Ils souhaitent que cet évènement soit l’occasion de confronter les positions de responsables politiques et administratifs, de chercheurs, d’acteurs associatifs locaux, leaders d’opinion… «La finalité, c’est qu’au terme de ce premier rendez-vous, une série de propositions concrètes voit le jour pour une gestion plus soucieuse des migrants et de leurs intérêts aussi bien au Maroc que dans les pays de résidences. Le tout, pour le plus grand respect de la dignité humaine, de la justice sociale et des valeurs de la démocratie», poursuivent-ils.
Il est acquis que le discours royal du 6 novembre 2005 qui annonçait la participation et l’éligibilité des MRE aux consultations nationales 2007, suivi du discours de SM le Roi le 6 novembre 2006 et l’annonce officielle sur la participation politique des MRE aux élections législatives (en votant au Maroc) et leur éligibilité…au prochain Conseil Royal des Marocains du monde, constitue la genèse de l’effervescence ambiante. Depuis, un comité a été créé sous la tutelle du Conseil Consultatif des droits de l’homme (CCDH), il est constitué d’une quinzaine d’experts qui ont pour mission d’opérationnaliser les recommandations de l’instance Equité et Réconciliation (IER) sur la migration qui porte essentiellement sur la réparations des exactions collectives subies par les MRE lors des années de plomb. Au rayon des actions en cours de maturation figurent la création d’un musée sur la Mémoire, la mise en place d’une politique migratoire cohérente à l’égard de la communauté marocaine vivant à l’étranger… Une période de 6 mois a été accordée aux collectifs d’experts pour achever leurs travaux, qui servira de base de référence au CCDH avant l’acte final et la remise au Souverain.
Six ministres seront présents
Dès lors, on comprend mieux l’enthousiasme et la motivation d’une frange de la population euro marocaine. «Il est à espérer que la motivation du plus grand nombre demeure le débat de fond avec à la clé une batterie de propositions afin d’enrichir la réflexion et l’action à entreprendre dans le cadre de l’installation du Conseil Royal et l’exercice de ses prérogatives. Et non la course à l’investiture pour la cooptation au sein du collège MRE», précise une source bien informée ayant préféré garder l’anonymat.
Du côté des organisateurs, pas question de tricher. La motivation et la détermination vont redonner à la communauté marocaine installée à l’étranger sa place sur l’échiquier. Tant sur le plan politique, économique, social que culturel. Les associations démocratiques représentatives de l’immigration marocaine basée en Europe ou oeuvrant dans son champ, ont lancé un appel pour déclencher un élan. Aujourd’hui, cet élan se traduit par la tenue d’une conférence internationale dédiée aux MRE» déclare Abdou Menebhi, membre du secrétariat exécutif du collectif Al Monadara.
Citoyenneté, démocratie au Maroc, représentation parlementaire de la diaspora, création du Conseil Royal, transfert de compétences, impact de la migration sur l’économie nationale, transferts financiers, place de la femme dans l’espace public, réception du code de la famille par l’ordre juridique européen…
Autant dire que les débats devraient être aussi riches qu’engagés. Pour assurer, si besoin est, de son engagement et de sa bienveillance, le gouvernement Jettou a décidé de prendre part au débat avec la présence (annoncée) de six ministres qui représenteront les Départements ministériels des Affaires étrangères, de l’Intérieur, des Habous et Affaires Islamiques, de la Justice et de la Communication. Ces derniers se verront proposer une invitation au débat avec 4 représentants du Collectif Al Monadara.
Il semble que toutes les conditions sont réunies pour que la première conférence MRE remporte un succès certain.
Rachid Hallaouy
Politique : la menace “parasite”
En coulisse, ils sont nombreux à craindre le “parasitage” des partis politiques. En effet, à l’approche des élections législatives 2007, la tentation est grande de glaner des voix ici et là et d’improviser des discours angélistes. “Si les politiques arrivent à intoxiqer l’espace, c’est tout le succès et le crédit des débats qui en pâtiront. C’est dire que la vigilence devra être de mise!”, déclare un membre du comité d’organisation.
Plus de 300 personnes sont attendues pour débattre, échanger et formuler des propositions pour une gestion efficiente du “dossier” MRE. La philosophie de la démarche ne s’inscrit donc pas dans une quelconque stratégie politico-politicienne électoraliste. Il s’agit de créer une passerrelle entre les rives, consolider les liens et ... réconcilier ceux qui avaient tourné le dos à leur pays d’origine durant les années de plomb.