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Les yeux du cœur Poésie

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Publier le : January 13, 2005

Née en 1948 à 80 Km d’Oujda, fille et petite-fille de poètes polyglottes et théologiens, Hafsa Bekri-Lamrani est professeur de langue et littérature anglaises. Membre fondateur de la Maison de la Poésie au Maroc en 1996, elle vit et travaille actuellement a Casablanca.
 “ Jellabiates ” est un tout petit ouvrage autobiographique de 56 pages agréablement illustré par Nathalie Logié-Manche. Mais que cette minceur et le ton léger ne vous induisent pas en erreur, le contenu vaut son pesant d’or ! Chaque chapitre est une nouvelle narrée par une djellaba de couleur différente. Ce vêtement, présent au Maroc depuis les Phéniciens, a traversé tous les âges, toutes les civilisations, sans prendre une ride, enveloppant toutes les femmes sans distinction qu’elles soient berbères, romaines, musulmanes, juives ou chrétiennes. Ainsi, la djellaba gris perle nous entraîne au bureau de recrutement de Khenifra pour nous raconter que “ le savoir n’est pas un bijou que l’on porte ”, nous confronter avec la petitesse et la bêtise humaines avant de conclure : “ quand on parle anglais, on ne porte pas une djellaba ”. Toujours sur un ton badin, la djellaba rouge avec sa fine fourrure “ caniche ”, qui nous promène dans le Paris des années 70, symbolise le “ test d’acceptation d’autrui ” et nous livre une véritable sociologie du métro parisien et du monde estudiantin. Après avoir dépassé le rejet de l’autre et les railleries, elle rencontrera l’amour auprès d’un selham (cape) de pure laine gris perle bordé de noir avant de revenir au pays prendre sa retraite dans le fond d’un placard avec ses souvenirs d’exil, de “ lutte contre la sclérose mentale et le refus meurtrier de l’altérité ”. Qu’elles soient vertes, grises, prunes ou bleues, toutes ces djellabas, “ peaux amovibles et interchangeables sur une enveloppe corporelle humaine ”, s’unissent pour nous livrer un message universel de tolérance. La djellaba n’a jamais fait et ne fera jamais le moine ! D’après Hafsa Bekri-Lamrani, le racisme et le rejet sous toutes leurs formes sont les choses les mieux partagées au monde. Selon l’expression de Blake, l’auteur des “ Jellabiates ” nettoie les portes de la perception pour nous aider à voir la réalité et dépasser les faux-semblants. “ Je fouille les entrailles des mots pour en extirper la haine ” conclut-elle. Elle a résolument choisi l’amour et relégué la violence.
La poésie est indéniablement le mode naturel d’expression d’Hafsa Bekri-Lamrani, son “ ailleurs ” sans principes sclérosés où souffle la liberté. L’auteur, souvent espiègle et corrosive, s’amuse avec les mots et donne des ailes à ces derniers, qu’ils soient pétris de joie ou de souffrance. “ Les choses commencent dans les yeux du cœur puis se transforment en poème ” dit-elle très joliment. Cette femme apparaît, à la fois, fragile et forte, maîtresse d’elle-même avec une sensibilité à fleur de peau. Elle écrit aussi bien en français qu’en anglais. Cette multiplicité de facettes frappe et touche profondément le lecteur. Son poème “ Mosaïque ”, c’est elle et son œuvre. A lire ou relire sans modération !



 

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