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Que signifie la raison pour les soufis ?

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Publier le : December 30, 2004

Mais, la nature ayant horreur du vide, et pour sortir du pessimisme induit par cette vision du monde, nous assistons, de plus en plus, à un retour en force du spirituel, parallèlement à l’échec patent des idéologies et à l’incapacité des politiques à répondre à toutes les questions et exigences de l‘homme moderne.
Les revers essuyés par les théories réduisant l’être humain, comme dans l’approche économiste de l’homo oeconomicus, à un homme rationnel certes, mais qui n’est pas guidé par autre chose que par ses intérêts matériels, ont amplifié cette tendance à la fuite vers la spiritualité. Il en a résulté que si le XIXe siècle a vu le triomphe des idées matérialistes, qui trouvaient alors écho non seulement dans les milieux académiques, ou de l’élite politique, mais jusque chez les couches sociales les plus déshéritées ; le XXI ème siècle s’annonce, par contre, comme le siècle du retour du spirituel, ainsi que le prédisait, depuis des années déjà, l’auteur de La Condition Humaine, André Malraux.
Et pour rassurer les sceptiques, citons ce passage de Max Weber dans lequel il souligne, dans ce cadre, qu’une “ croyance religieuse essentiellement mystique peut fort bien être compatible avec le sens des réalités pratiques ; elle peut même en être le soutien direct par suite du rejet des doctrines dialectiques. De surcroît, le mysticisme peut favoriser indirectement une conduite rationnelle.
Les hommes reviennent donc à ce même sacré que la modernité avait pensé pouvoir interpréter, puis réduire, sinon dépasser. Mais ce retour, peut lui-même être porteur de dangers, de nature certes différentes, mais aux conséquences encore plus désastreuses. Nous le voyons chaque jour autour de nous à travers les pratiques des mouvements intégristes, épiphénomènes de toutes les religions. Nous le remarquons aussi dans le foisonnement de pratiques prétendument spirituelles, où des sectes de toutes tendances, et de toutes sortes, entraînent les hommes et les femmes, particulièrement dans les pays avancés, vers des voies sans issues.
En générant une compartimentalisation excessive tant au niveau de la science, que de l’éducation de l’homme, et jusque de sa vie sociale, la modernité a crée un climat décourageant la vraie quête spirituelle. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette quête n’est pas de l’ordre du superflu. Il ne s’agit pas d’un luxe, mais bel et bien d’un besoin fondamental de l’être humain ; tous les hommes sont appelés à en faire la connaissance quelle que soit leur origine ethnique, raciale ou géographique d’où cette précision coranique : “ Nous t’avons envoyé avec la vérité pour annoncer et avertir. ”
Et pour rapprocher l’homme de cette vérité, le soufisme nous enseigne que si nous percevons l’extérieur des choses, l’intérieur nous reste caché et occulté, et que c’est par notre cœur, le qalb, que nous pouvons y accéder. La méthode soufie implique donc le passage à une autre dimension, à un autre royaume. Toutefois, le cœur dont il est question ici, et que l’on retrouve dans plusieurs versets coraniques, n’est pas l’organe corporel de ce nom, mais le centre de l’âme auquel il donne accès, centre qui sert lui-même de passage vers un cœur plus élevé, l’Esprit. 
Le Shaykh Sidi Hamza nous enseignait récemment que, pour lui, rien n’était supérieur au aql, à la raison. Ce qui se passe, chez ceux auxquels il était donné de goûter aux vérités spirituelles, ajoutait-il, c’est un élargissement des capacités rationnelles elles-mêmes, l’homme devenant capable d’accéder à des connaissances et à des sciences qu’il ne peut atteindre par la seule raison instrumentale.
Cela découle du fait que le concept de raison englobe, dans la conception religieuse, non seulement la démarche rationnelle, conventionnelle, mais aussi, et surtout l’Esprit, ou l’intellect, lequel nous habilite à être reliés à notre Créateur, jusqu’à atteindre ce que les soufis appellent le stade de l’extinction, où l’être humain devient le réceptacle des lumières divines, comme il ressort de la Tradition Sainte, bien connue : “ Ma terre ne peut me contenir, ni ne le peut Mon ciel, mais le Cœur de mon serviteur croyant peut Me contenir ”.
Le monde de l’esprit auquel renvoient ces paroles divines n’est pas régi par nos catégories de perception, car nous percevons “ l’extérieur des choses, comme le précise Sidi Hamza, mais l’intérieur nous reste caché et occulté. Le corps se trouve dans ce monde, mais le cœur (qalb), l’intériorité, est dans une autre dimension, un autre royaume ”.
Lorsqu’il accède à ce royaume, l’homme se rapproche de la station du vicaire de Dieu, il se purifie, et atteint une plus grande sérénité. Ses mœurs s’améliorent, et il se soucie davantage des conséquences de ses actes sur sa vie éternelle.

Par Lahsen SBAI EL IDRISSI



 

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