La Nouvelle Tribune : On voudrait se rapprocher du Moi «central» de Hassan.
Hassan El Fad : Ah! Cela m’intéresse, c’est charmant. Tu me fais sortir de l’ordinaire.
Tu sais tu peux commencer par où tu veux, quand tu avais quatre ou six ans, 16 ans ou même si tu veux, avant ta naissance.
Oui c’est très possible. Mais tu vas m’aider en posant de temps en temps des questions?
Tu ne peux pas être gentil et m’épargner cette tâche qui commence à me taper sur le système?
(Rires), on y va. Je suis né à Hay El Farah, quartier Milan. Six mois après ma naissance, je suis parti à Aïn Sebaâ pour y passer trente ans de ma vie. J’ai eu beaucoup de chance de grandir à Aïn Sebaâ. J’étais à la fois dans la banlieue et en contact direct avec la nature. Je fais partie d’une famille très nombreuse; onze frères et soeurs. Tu t’imagines, une véritable équipe de foot!
Tu es le numéro dix comme Pelé?
Non, le numéro cinq.
Tu me parlais d’un surnom...?
Effectivement, on me surnommait le veau.
A cause de quoi, s’il te plaît?
J’avais une grosse tête. je n’arrêtais pas de donner des coups de tête, de «cornes». Mais je pouvais aussi, être mignon, par moments. Je conciliais tendresse et hardiesse. Certains me trouvaient attachant, d’autres, un peu dru et désagréable.
C’est quoi la particularité d’une éducation au sein d’une famille nombreuse?
Tout se fait d’une manière collective. Quand on allait au lit, c’est tous ensemble. Au fait on n’allait pas au lit, on dormait sur place (rires)!
Quelle est l’importance de la nature dans la vie de Hassan?
Tous les gamins de Aïn Sebaâ savaient pêcher et nager...
Y compris Hassan?
Y compris Hassan bien entendu. Pour nous, la période estivale durait toute l’année. On se baignait en mai, comme on pouvait nous baigner en janvier.
Comment étaient les rapports entre toi et tes parents?
Vous savez, quand on a onze bouches à nourrir, on pense d’abord aux moyens d’assumer cette lourde responsabilité. Côté épanouissement personnel, il fallait que l’on se débrouille, que l’on fasse preuve de bonne volonté. La vérité, c’est qu’on a été beaucoup aidé par nos aînés. L’aîné, Saïd était une sorte de symbole et de modèle pour tout le quartier, et spécialement pour moi.
Et les fessées, t’en a reçues?
Oh ouiiiiiiii...Des fessées spectaculaires, celles de mon père, de mon frère aîné et moins violentes, celles de ma mère.
Pour des bêtises de taille certainement?
Cela allait des mauvaises farces, aux gags, qui se terminaient souvent très mal, les tricheries, les mauvaises manières... J’ai bien pété les plombs! Chétif que j’étais, c’est un peu contradictoire, j’étais leader de caractère. Il y avait un jeune qui travaillait dans une épicerie près de chez nous. On avait trouvé ensemble, une montre, marque «Dogma», très à la mode à l’époque. Lui, voulait qu’on la vende, moi, par contre, je voulais la garder. Je l’ai cachée. Il est parti raconter l’histoire à ma famille. J’ai été grondé. Pour me venger, je l’ai attrapé dans un terrain vague, et je l’ai attaché à un figuier. Il est resté là-bas, jusqu’au matin. Je croyais qu’on allait finir par le libérer, mais personne n’est passé ce soir là. Et alors, je ne te dis pas la fessée qui m’a été réservée ce jour là.
Et cette passion pour le jeu?
Elle a été favorisée par l’espace où j’ai grandi, des champs à perte de vue, des maisons abandonnées, c’est le quartier américain à l’époque. On s’éclatait dans ces espaces. J’adorais le mimétisme. J’étais au lycée, mais je continuais de jouer. On croyait que j’étais un attardé mental. J’aimais m’agripper aux arbres. C’est quand je joue que je me sens plus efficace.
Elle a démarré quand, ta carrière de comédien?
En 78, 79. J’ai intégré le Conservatoire de Casablanca. J’ai commencé par faire du théâtre. J’avais quelques frères et soeurs qui faisaient de la musique, de la peinture... J’ai eu un faible pour le saxophone. Au Conservatoire, je ne me rappelle pas avoir eu une quelconque intention de devenir artiste. J’étais plasticien. En parallèle, je faisais un peu d’architecture d’intérieure dans un bureau d’étude.
C’est «Ninja» ta véritable première création en tant que comédien professionnel?
En effet.
La part de l’aisance et du plaisir au niveau de tes créations?
Sur scène, si vous ne ressentez pas un immense plaisir dans le jeu, une aisance aussi, c’est que c’est forcé. Si tu peines sur scène, tu gâches le plaisir du public.
Tu te métamorphoses en Docteur Escargot maintenant?
C’est un spectacle que je donne pour la première fois au Maroc. Je l’ai déjà joué à Rotterdam en septembre dernier. C’est un spectacle où il y a un peu de tout, il y a l’image, le texte... Je voulais faire perler un personnage de l’anthropologie et de la mythologie de l’escargot, c’est un mélange assez cocasse.
L’escargot est très présent dans notre culture. On dit par exemple «Sors tes yeux ou je te mange tes enfants» (Kharaj âwinatak oulla nakolak wlidatak).
C’est très vrai. Je me suis justement basé sur ce référentiel populaire pour écrire.
Ce qu’on aime chez toi, c’est le rire spontané.
C’est très important. Spontanéité et passion, mais surtout sincérité.
Le théâtre pour Hassan?
Une drogue incurable.
L’Homme?
Avec un grand «H» ou une grande hache? (Rires).
Propos recueillis par
Ilham Khalifi
NB «Le Docteur escargot» (Ghlala), vendredi 14 janvier 2005 à 19h à la salle Al Qods à Fès et samedi 15 janvier 2005 à 19h au Théâtre de l’Institut Français de Meknès.