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La parole au corps Entretien avec Ramon Oller, chorégraphe

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Publier le : December 9, 2004

La Nouvelle Tribune : Vous avez adapté Carmen, l’un des mythes les plus universels, sachant que cette belle oeuvre est très peu visitée par les artistes espagnols. Il n’y a eu aucune tentative d’approche thématique moyennant le langage chorégraphique contemporain.
Ramon Oller :
C’était une grande ambition et un véritable pari. Nous avons donné la première du spectacle Carmen lors du Festival International de Perelada qui eut un très grand succès auprès de la critique et du public. La personnalité ravageuse de Carmen, sa volonté qui transgresse, sa hardiesse, son indépendance, font d’elle un personnage fascinant et attrayant auquel ont toujours eu recours les chorégraphes de toutes les époques et de tous les registres.

Vous êtes l’un des chorégraphes espagnols les plus remarquables. Vous dirigez depuis 1985 la compagnie Metros, l’une des plus importantes en Espagne.
C’est en effet depuis 1985 que je dirige la Compagnie Metros. J’ai aussi créé une quarantaine de chorégraphies pour la Compania Nacional de Danza, Ballet Nacional de Espana, Ballet Cristina Hoyos, le ballet Nacional de Esparavageuse de Carmen, sa volonté qe ballet de Cristina Hoyos, de Javier Barla Compagnie Metros. J’ai aussi créé une quarantaine de chorégraphies pour la Compania Nacional de Danza, Ballet Nacional de Espana, Ballet Cristina Hoyos, le ballet Nacional de Esparavageuse de Carmen, sa volonté q.

On dit de vous que vous êtes un infatigable créateur et que vous avez toujours su exploiter à fond les possibilités de vos danseurs.
Le corps est pareil à ces petits recoins du coeur. C’est un véritable champ, toujours vierge. Le corps, un véritable repli plein de mystères et de secrets. Il faut savoir pénétrer ces minutieux sentiers voilés par la brume de la société, de l’éducation... Je dis souvent à mes danseurs, qu’il faut aller au delà des limites apparentes de leurs corps. Car pour un danseur, le corps reste l’unique moyen de communication et de partage. On ne peut créer avec un corps dont on ignore les petits secrets.

Vous accordez une grande importance à l’émotion et à la sincérité.
En général, pour tout artiste, la sincérité et l’émotion, sont les conditions sine qua non, qui font qu’une oeuvre puisse atteindre le spectateur au plus profond de lui-même. Un corps sans émotion, c’est un corps sans vie. L’émotion est l’âme, l’épine dorsale du corps.

 Cela fait combien d’années que vous pratiquez la danse?
Depuis l’âge de 7ans. Mais il faut dire que j’ai commencé d’abord par faire du théâtre. A l’âge de 14 ans, je me suis inscrit à l’Institut du Théâtre à Barcelone et danse contemporaine et classique à la même ville . Je me suis, par la suite, envolé pour faire des études de danse contemporaine à Londres et à Paris. Au théâtre, on s’exprime avec le texte et le corps, la danse, c’est le corps et la musique du corps.

C’est donc pour ces raisons que l’on rencontre un mélange de genre au niveau de vos créations ?
Vous savez tous les arts, toutes les formes de la création font appel au corps et à l’intelligence. On peint avec ses mains, on sculpte avec ses mains, on ne peut interpréter ni danser qu’avec son corps. On écrit, on compose, on chante... et c’est toujours le corps. Ce qui est extraordinaire, c’est que le corps porte en lui-même sa parole, son langage et sa langue. Un japonais n’a pas besoin de connaître la langue espagnole, arabe, américaine... pour comprendre un spectacle de danse présenté par des danseurs autres que japonais. C’est fabuleux, toutes ces capacités que possède le corps de pouvoir exprimer la douleur, le bonheur, la colère, le chagrin, la peur, l’amour, la haine...bref, toutes les contradictions qui font l’être humain. Le corps n’a pas besoin d’apprendre des techniques pour aimer, pour rejeter, tolérer... Et je pense que seule la danse est capable de libérer intensément le corps de toutes les contraintes socio-culturelles.

Danse classique et danse contemporaine.
la première est académique. La danse contemporaine vous donne plus de liberté au niveau de l’interprétation, du mouvement. On ne peut nier la présence des techniques. La danse classique, par contre est plus basée sur la technique académique. Mais il faut dire que les plus grands danseurs et chorégraphes actuels, ont reçu une formation classique.  

Qu’en est-il du spectacle «Pecado Pescado»?
Nous sommes heureux d’être au Maroc. Nous avons donné une première représentation  de «Pecado-Pescado « pour la première fois au Maroc, le 2 décembre à Rabat (Théâtre Mohamed V et aujourd’hui à Casablanca. « Pecado-Pescado « est une sorte de jeux de mots entre péché et pêche. Cinq danseurs et une actrice s´interrogent en scène sur la vie, le temps...»Pecado Pescado», est l’histoire d’un couple âgé. La douleur de devoir un jour vivre la séparation, l’extinction.

Que vous apporte le monde de la danse?
Déjà, le fait qu’on soit continuellement en contact avec le monde de l’art, un monde qui n’arrête pas d’évoluer. Si je danse plus, je crèverai, c’est sûr. Je vis pour la danse, pour la danse. Je respire la danse, je me nourris de l’océan de la danse. C’est une joie immense que de voir des corps danser, se dérouler, se déambuler, s’affronter, se heurter, communiquer, s’aimer...

Votre compagnie est une panoplie de danseurs appartenant à différentes sociétés et différentes cultures.
C’est ce qui fait notre richesse, car chaque corps a sa propre mémoire. Et quand ces différentes mémoires se rencontrent, une toile riche en couleurs, en mouvements se tisse.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes danseurs?
D’être éperdument sincères et modestes.

La danse traditionnelle?
C’est une terre encore vierge.

Propos recueillis par
Ilham Khalifi



 

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