La ruse peut-elle triompher de la bêtise et de la tyrannie ? La paix est-elle un équilibre bien précaire?, s’interrogent les comédiens.
La mise en scène a été confiée à Lisa Wurmser, avec Yves Arnault, Jean-Louis Cordina, Nathalie Joly, Sasha Rau et Nicolas Raccah
En des temps troublés, au Royaume des humains, un roi se meurt et prépare sa succession. Marie est chargée de trouver un prince charmant …, dans le monde des grenouilles ! Pour le découvrir, elle devra embrasser l’une d’elles et ainsi briser un vieux sortilège. Derrière un conte de fée a priori, naïf et léger, se joue une drôle de comédie sur les travers de ce monde, la tyrannie et le pouvoir, la bêtise et la ruse. Usant des clichés des contes de fées et mine de rien, Jean-Claude Grumberg raconte aux enfants des choses graves sur le mode humoristique et fantastique.
“ Je pense, nous dit-il, qu’il y a urgence à faire quelque chose avec l’enfance. C’est peut-être une nouvelle utopie, mais j’ai le sentiment qu’il faut – même à doses homéopathiques- prendre soin très tôt et très vite de la “ santé ” morale, mentale et civique de la jeunesse. Il faut mener une lutte acharnée contre la massification qui met tout le monde dans le même moule et réduit la pensée à un unique modèle. Il y a là un abandon de la société bien plus dangereux que la mondialisation. Il faut retrouver les révoltes d’antan, la capacité de s’opposer, de gueuler, de critiquer, il y va de la dignité et de l’identité humaine. ”
S’emparant de ces nouvelles utopies, Lisa Wurmser dessine un théâtre où les émotions circulent, où l’intelligence et la subtilité affleurent. La mise en scène fluide, allègre, orchestre le jeu des apparitions/disparitions, l’étonnante confrontation acteurs/marionnettes, vivant/artificiel, par des effets d’optique et de magie qui laissent la part belle aux surprises et à l’inattendu.
Selon les propos de Lisa Wurmser, “l’art de Grumberg est d’utiliser la structure du conte de fées (..)sans que le ton soit mièvre et les personnages falots et benêts. (…) Et si la ruse triomphe, c’est par le biais de la diplomatie et du langage qu’elle le fait. Il y a, avec Grumberg, comme un espoir du côté du langage, les vertus de la parole, de la diplomatie, pourraient bien venir à bout de la bêtise. La pièce, c’est qu’elle s’appuie sur une métaphore limpide et installe un univers onirique et fantastique qui permet de s’amuser pendant le jeu. Il y a du Méliès et du Chaplin dans cette pièce. ”
Et, dans ce monde loufoque de batraciens et de métamorphoses, le jeu ne peut ni ne doit être réaliste. C’est par le regard du conteur que l’histoire se délivre, un conteur qui se rêve en Prince Brillant, mais qui, philosophe, garde la distance nécessaire pour être le grand manipulateur, celui qui actionne les machines extraordinaires, celui qui ouvre le Grand livre de l’Histoire. Dans ce monde, on lutte contre la tyrannie par la ruse, contre la bêtise par l’humour ; l’intelligence, la culture demeurent la meilleure des armes.
En somme, voilà un conte philosophique pour cette fin d’année, qui ouvre les yeux sur le monde comme il va, avec subtilité et intelligence, aux enfants, petits et grands.
NB: L’IF de Casablanca, accueille ce spectacle samedi 11 et lunidi 13 décembre à 17h, au Théâtre 121. Le même spectacle aura lieu à l’IF de Marrakech, mercredi 15 décembre, à 16h.
Fiche technique
Mise en scène de Lisa Wurmser
Avec Yves Arnault, Jean-Louis Cordina, Nathalie Joly, Sasha Rau et Nicolas Raccah
Costume Marie Pawlotsky
Lumière T’oto
Musique Ivan Blanloeil
Magie Thierry Collet
Marionnettes Anne Bitran
Accessoires spéciaux Alain Juteau
Régie générale Cyril Bussi
Production CDN de Sartrouville avec le Théâtre de la Véranda, Création Odyssées 78, biennale de théâtre pour la jeunesse avec le Concours général des Yvelines.