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Ramadan à l’heure de la mondialisation

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Publier le : November 4, 2004

Le jeûne : pour une autre subsistance
Le mois de Ramadan est un des cinq piliers de la religion de l’Islam. Le jeûne dont il est question pendant ce mois, consiste à s’abstenir de nourriture, de boisson et de relations sexuelles du lever au coucher du soleil. Ce mois est considéré comme un mois sacré par les musulmans car il correspond à la révélation de la parole coranique au Prophète de l’Islam (sur lui la grâce et la paix de Dieu). La parole divine s’est révélée à lui pendant la nuit du destin (Laylatû al-Qâdr). Elle serait située au cours des dix derniers jours de ce mois. Les doctes de l’Islam vont s’entendre pour la fixer à la vingt septième nuit du mois de Ramadan.
La nuit du destin est par conséquent une nuit sacrée incluse dans un mois sacré dont le Coran va dire qu’elle est meilleure que mille mois (V.93, S.3).
Cette préséance d’une nuit sur toute les autres, voire même sur mille mois de pratique religieuse, nous invite à réfléchir sur la manière analogique dont la parole coranique se révèle à nous. N’est-il pas dit, à titre d’exemple, que tout le Coran est inclus dans la Sourate de l’ouverture, qui elle-même est incluse dans la parole introductive de cette sourate : "Au nom de Dieu le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux"? Selon la même perspective analogique, le Prophète de l’Islam (sur lui la grâce divine) nous rappelle à maintes reprises, par exemple, l’importance de la conscience unificatrice - Il n’y a de Dieu que Dieu – dont la richesse dépasse de loin toutes les richesses du monde.
Cette forme analogique de la pensée musulmane nous instruit en fait sur le relief particulier propre à cette vision traditionnelle du monde. La préséance d’un moment sur un autre préfigure en fait un temps sacré par rapport à un autre qui, lui, ne l’est pas, l'un et l'autre pouvant être définis en temps sacré et temps profane. Rappelons que la temporalité en Islam s’inscrit dans un calendrier lunaire. La mobilité évènementielle de ce calendrier assure l’éternel retour du cycle dont il régule le relief temporel.
Il en est de même lorsqu’on parle d’espace en Islam. Selon cette tradition, l’espace est constitué d’épaisseurs significatives où se superposent différents niveaux de conscience du monde à savoir celle du monde matériel, celle du rêve, des djinns, des anges et de la Présence divine. De même qu’avec la temporalité, cette tradition laisse entrevoir un espace dont le relief se définit entre un lieu faste (sacré) et un autre néfaste (profane).
C’est donc à travers ce relief spatio-temporel que toute la religiosité du musulman prend son sens. Être musulman, c’est en outre essayer de développer, au plus haut niveau, cette conscience spatio-temporelle. Le jeûne du mois de Ramadan, dans ce cas, va vouloir dire pour certains faire l’expérience de la faim en compassion avec le pauvre. Pour d’autres, il s’agira d’une purification du corps alors que pour les soufis, au plus haut niveau de cette conscience, il est question de s’abstenir de tout sauf de ce qui n’est pas Dieu. Cette abstinence par la négative, au fil de leur expérience, va leur permettre de prendre conscience d’un autre type de subsistance. D’une subsistance qui ne provient ni d’Orient ni d’Occident. Une subsistance qui puise sa source dans les lumières divines.
La mondialisation : une vue de l’esprit
Les desseins de la mondialisation sont de démanteler les frontières pour faire des marchés locaux un marché unique. L’argumentaire de ce mouvement se fait au nom de la richesse dont la standardisation et la libre circulation des biens seraient les moteurs. Ainsi, la signification de la mondialisation est strictement économique avec bien sûr un sous-bassement idéologique qui nous dit ce qu’est le “meilleur des mondes ”…
Or, lorsqu’on se questionne sur la part du relief spirituel, tel qu’abordé plus haut, on s’aperçoit que ce relief est inexistant. Tout simplement parce que le projet de la mondialisation perçoit le monde selon un point de vue matérialiste. En d’autres termes, selon une telle perspective, nous sommes véritablement dans un désert spirituel.
Les origines historiques de la mondialisation peuvent à notre avis remonter à travers les détours du temps jusqu’au siècle des Lumières (XVIIè s.). Cette période fut un moment fondateur pour l’Occident car c’est à travers les constructions mentales d’une raison suffisante (rationalité objective qui prétend suffire pour connaître et expliquer toute chose) que la pensée de l’époque va définir un monde nouveau; celui de la modernité. Plusieurs disciplines, dont la philosophie et les sciences, vont à tour de rôle contribuer à l’élaboration de cette modernité tant dans son rapport au monde, aux  hommes, qu’à la nature.
La modernité va prôner, grâce aux ingéniosités de la démonstration, un monde où la réalité cachée, spirituelle, n’existe plus. Les "lumières" de la raison vont épurer la dimension sacrée du monde qu’elle considère comme des “ monstres ”. La philosophie, par le fait même, “exorcise” la pensée occidentale de ses “idoles mentales” (Bacon). Dans ce monde où l’objet prend une valeur en soi au détriment des créatures vivantes, le temps et l’espace vont changer de relief.

A suivre

Karim Ben Driss
Chercheur en sciences sociales (Canada).



 

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