La Nouvelle Tribune : Vos premiers pas de danse classique à l'âge de quatre ans. Conseillée par votre père, vous vous êtes inscrite à la faculté de droit au Caire. Votre diplôme en poche, vous tombez amoureuse de votre mari, jeune marocain, vous vous envolez pour le Maroc, pour votre lune de miel, vous vous y installez définitivement.
Zeinab Bahraoui, professeur et chorégraphe de danse orientale :
En effet, j'ai commencé la danse à l'âge de quatre ans. Je suis originaire d’Égypte, et chez nous, à l'école primaire déjà, la danse est obligatoire. C'est vrai que j'ai suivi une formation de juriste, je suis diplômée de la Faculté de Droit du Caire, mais j'ai choisi la danse comme profession. Être avocate, c'est défendre des innocents, mais être professeur de danse, c'est aussi défendre l'art de la danse et toutes les personnes qui y croient. La danse a bercé mon enfance, et une fois adulte, je suis restée fidèle à mon choix et à ma passion. Et c'est par amour comme vous le dites que je me suis retrouvée au Maroc.
Vous avez été formée et encadrée par le célèbre danseur et chorégraphe, Mahmoud Réda. A Rabat vous créez votre propre troupe de danse orientale. Êtes-vous toujours influencée par la méthode Réda ?
Absolument. D'ailleurs c'est le premier en Égypte qui a osé présenter une troupe composée de danseurs et surtout de danseuses à une époque où la danse était mal vue par la communauté arabo-musulmane. Il a néanmoins réussi à percer. Je suis très impressionnée par cet artiste.
En créant votre propre compagnie de danse orientale, en 1995, espériez-vous promouvoir cet art et changer les mentalités ?
Au Maroc, comme d'ailleurs dans tous les pays arabes, la danse a toujours été dénigrée.
Faire évoluer la danse orientale, l'élever au rang des arts suprêmes, en tant que discipline chorégraphique et surtout académique, c'est cela mon but.
Vous vouliez par la même occasion briser les tabous qui planent sur la société arabo-musulmane et qui empoisonnent les mentalités ?
Je voulais aussi enterrer les préjugés et dire : arrêtez d'avoir honte de votre corps! Je suis heureuse de constater que lors de notre spectacle du 9 octobre 2003, au Théâtre Mohammed V, étaient présents autant de femmes que d'hommes.
Vous vous produisez souvent lors de soirées caritatives, comme c'est le cas pour l'Association des femmes américaines " à Rabat, au profit des enfants nécessiteux "L'Amino" et autres ?
Exact. D'où la noblesse de l'art que nous pratiquons. La danse en faveur des démunis, des enfants surtout, c'est une manière, comme je vous le disais tout à l'heure, de défendre les plus déshérités, d'amener les coeurs nobles à aider ceux qui ont besoin de soutien aussi bien matériel que moral.
Êtes-vous sponsorisés ?
Absolument pas. Nous souffrons d'une réelle absence de sponsoring. Toutes les charges sont supportées par la Compagnie. Mais pour la bonne cause quoi...
Quels sont les thèmes traités au niveau de vos spectacles ?
je suis très exigeante au niveau des choix de mes thèmes. On présente souvent des chorégraphies riches et variées, avec un fond musical puisé aussi bien dans le répertoire "classique" des grands maîtres de la chanson arabe que celui des contemporains. Le répertoire égyptien est présent aussi, notamment, le Folklore, la musique traditionnelle extraite de la mémoire collective.
Et le côté créatif ?
Nous accordons énormément d'importance à la créativité aussi bien au niveau de la musique qu'au niveau du mouvement. Nous cherchons à introduire et à marier des styles différents, empruntés aux cultures des quatre coins du monde.
Quelles sont les règles de base de la danse orientale ?
Personnellement, j'accorde beaucoup d'importance à la grâce, à la finesse, au raffinement, à la fluidité, à la souplesse, à la musicalité, l'originalité, et la créativité au niveau du mouvement. Ils faut que mes danseuses soient de véritables passionnées, disciplinées car c'est important la discipline dans le monde des arts en général et de la danse en particulier. Il faut aimer la danse, respecter la scène pour pouvoir danser.
Quel est le profil de vos élèves ?
Ils sont médecins, ingénieurs, architectes, professeurs de Fac... C'est pour vous dire à quel point les mentalités ont changé.
Qu'en est-il du spectacle du samedi 27 novembre 2004 qui aura lieu au Théâtre Mohammed V à Rabat ?
C'est un voyage à travers le monde féerique des mille et une nuits. Le thème retenu pour cette année est celui de l'Amour. je pense que le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, connaît un grand manque d'amour. Ceux qui croient détenir le pouvoir économique et politique, vivent dans un leurre. Ce sont ceux-là qui manquent le plus d'amour. Ce sont les opprimés, les injustement punis, réprimandés, bafoués..., qui heureusement continuent de croire à l'amour.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi
NB: Si vous n'avez pas encore eu l'occasion d'apprécier les belles danseuses de Zeinab Bahraoui, ne ratez surtout pas la soirée du samedi 27 novembre 2004, au Théâtre National Mohammed V, à 20h30. Un beau spectacle de deux heures dédié à l'Amour. Un gala haut en rythmes et en couleurs.
Pour plus d'information, contactez le 037 67 43 92.