On voudrait, mais réellement, cesser de dénigrer nos artistes, surtout ceux qui nous faussent compagnie, qui nous déçoivent avec beaucoup d'assiduité, mais à chaque fois, on se casse la G... De l'autre côté, au niveau de nos deux chaînes, l'on se demande pourquoi persiste-t-on à limiter sitcom, One man show et soi-disant caméra caché au mois sacré du Ramadan? Pourquoi n'essaye-t-on pas d'étaler ce genre de programme sur toute l'année. Cela nous permettrait peut-être de voir là où le bât blesse, de corriger nos défaillances, de combler nos manques, ou carrément d'arracher les mauvaises herbes avant la période de la moisson, celle du mois sacré. Car jeûner et être forcé de "contempler", beaucoup de laideur, deux actes qui ne riment et ne rimeront jamais ensemble. Cette année, 2M, nous programme, la sitcom "R'bib", un thème important, qui, face à l'évolution "douloureuse" que subit notre pays, continue de hanter des enfants ayant été obligés de vivre sous le même toit qu'une belle-mère ou un beau-père, lesquels, imbibés d'une culture qui rejette impitoyablement le beau-fils ou la belle-fille. Ne dit-on pas, "Ammar R'Bib Maykoun Hbib"?!. le phénomène du "R'bib" est certes une tragédie. Et Saïd Nassiri semble avoir la gueule. Il répond aux traits du véritable orphelin obligé de supporter les mauvais traitements de sa belle-mère (Naïma Ilias) pour faire plaisir à son père (Abdelkader Moutaâ), mais surtout pour continuer d'avoir le gîte et le couvert. Il est le bouc-émissaire, le souffre-douleur de toute une famille. "R'bib", traite de sujets d'actualité dans leur majorité: "l'immigration clandestine" (L'harraga), "le mariage blanc", "Zouage Louirikat", la critique des disparités sociales, des parents qui abandonnent leurs enfants, de l'analphabétisme, de la fausse bourgeoisie, de l'esprit des arrivistes et des snobinards, de l'injustice, de l'éducation familiale... Bref des thèmes puisés dans la société civile d'aujourd'hui. Reste le problème du traitement. Une sorte de gros fossé se crée entre Saïd Nassiri, Motaâ, Naïma Ilias, Hammadi Ammor et la clique des jeunes. Ce n'est pas dans le souci de montrer l'éternel grand écart qui sépare les générations, mais uniquement pour dire l'importance de la formation et de l'expérience. C'est loin d'être sage que de jeter des jeunes à la mer sans que ces derniers sachent nager ou aient au moins une bouée de sauvetage. D'où les flagrantes défaillances au niveau du jeu, au niveau de l'évolution devant la caméra, du comportement devant ses partenaires. Ce n'est pas l'exagération au niveau de l'interprétation, les grimaces qui versent dans le ridicule qui font rire. Un humour gonflant et lourd est très vite lassant. Ceux qui ont l'humour dans le sang, on les flaire, ceux qui ne forcent pas, nous amènent à adhérer à leur jeu. Au lieu de chercher éperdument à amener le spectateur à rire aux éclats, contentons-nous de tracer un sourire sur ses lèvres. L'humour, c'est aussi faire passer des messages en usant subtilement d'ironie. Il faut savoir que l'humour est un grand buveur du Temps. Rire, c'est aussi pleurer d'une situation tragique. Il faut que le rire soit impromptu. On rit plus, là où on s'y attend le moins. Je ne prétends pas donner des leçons d'humour, mais je pars du fait que notre culture, nos traditions, ont le sourire sur les lèvres, nous vivons des situations comiques au quotidien. Le problème ne réside pas seulement au niveau de l'écriture, comme on l'a toujours soulevé, mais aussi au niveau de l'interprétation, de la transposition d'un fait, d'un phénomène social, culturel ou politique sur scène ou à l'écran. Une personne sur trois peut réussir à faire rire sans être professionnelle ou passer par une grande école d'art dramatique. Mais ce sont ces deux personnes sur trois qui remplissent malheureusement nos scènes, encombrent nos petits et grands écrans, transforment nos rêves en cauchemars, pour une question de cachet ou de budget moins cher, une question de confection (cocotte-minute) !
Ilham Khalifi
"R'Bib" entre le marteau et l'enclume
Ali étudiant: J'avais résolu de ne plus suivre les sitcom que les deux chaînes nous proposent pendant le mois de ramadan. Des amis m'ont parlé de la sitcom "R'Bib". C'est une situation que moi-même j'ai vécue. Je me suis dit pourquoi ne pas voir comment la chose a été traitée. J'ai éclaté de rire lorsque Saïd Nassiri a sorti ses preuves. La photo de sa mère et aussi lorsqu'il a réclamé à son père un peu d'affection. Je trouve que Saïd a fait beaucoup de progrès depuis "Anna W'Khoya O Mrato".
Amina, masseuse dans un bain maure: Je n'ai raté aucun épisode. Par contre, il y a des moments où je me sens frustrée, quand je vois celle qui joue le rôle de la fille, faire des grimaces comme au hammam. Je me dis que moi aussi j'aurais réussi ma vie en faisant de la comédie, car je suis forte dans les grimaces.
Celle qu'on surnomme l'Mema: J'ai beaucoup aimé le jeu du jeune luthiste. Il me rappelle un oncle que j'ai eu, de la région de doukkala. Il nous faisait rire sans le moindre effort. C'est exactement ce que fait ce jeune. Naïma Ilias me fait rire, car je vois en elle l'image de la véritable belle-mère marocaine. Quant à Hammadi Ammor, son accent fassi, m'a toujours fait rire.
Hadj H'mida, commerçant en grains: Je me rappelle de ces belles nuits que nous passions au bled et où nous rigolions sans limites, de choses et d'autres. Nous n'avions pas à préparer de textes où à nous entraîner pour dire telle ou telle phrase. Tout était spontané. Aujourd'hui les temps ont changé, il y a trop d'hypocrisie; trop de mensonges. On ne peut pas faire rire quand on s'entraîne trop. Abdelkader Moutaâ, me fait rire car il est sincère. Je sais qu'il ne fait pas ça, rien que pour de l'argent.
Asmaâ, 28 ans employée de banque: Sincèrement, je n'ai pas suivi tous les épisodes. Je n'ai pu voir que celui où Saïd Nassira avait voulu faire croire à sa belle-mère qu'il avait un frère jumeau. Naïma a réussi son rôle de femme cupide. Il y a aussi ce problème de femme au foyer qui passe son temps au salon d'esthétique, qui délaisse ses enfants, se contente de les nourrir avec du Mac'Do, la pizza...
Fouad, élève; 15 ans: On veut nous faire rire à tout prix. Cela ne marche pas, car nous sommes préoccupés par notre avenir, très sombre. Mais moi, c'est le jeune immigré qui me tue avec son accent, le ton de sa voix.
Mehdi et Zakaria, deux frères de 7 et 8 ans: On ne comprend pas vraiment ce que veut dire "R'bib", mais on sait que c'est un enfant maltraité. J'aime Saïd, il est grand, mais imite bien les enfants. Des fois, il nous fait pitié quand il parle de sa mère morte.