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Samia Akariou, le comique spontané Entretien

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Publier le : November 4, 2004

La Nouvelle Tribune : C'est très rare que tu évoques ton enfance. Les traits de ta personnalité prouvent que tu étais une enfant très dynamique, que tu avais du cran.

Samia Akariou, actrice : Pour ne rien te cacher, je n'ai jamais fait de grosses conneries. J'ai grandi dans la ville de Chaouen, précisément au quartier Moulay Ali Ben Rachid. J'étais une petite fille très sage. J'adorais imiter les grandes personnes. J'étais très sociable. Mon grand défaut: je me faisais gronder parce que j'étais tout le temps chez les voisins. J'adorais être chez les gens. A l'âge de six ans, je me rappelle avoir été invitée chez des personnes que j'adorais à Tétouan. Ils avaient une seule fille.  Alors que chez moi, on était une famille nombreuse. J'étais partie pour trois, quatre jours, j'y suis restée trois mois.

Pourtant, tu étais très gâtée chez-toi ?
En effet, mais c'était l'ailleurs, le différent qui m'attiraient. Au sein de cette famille très nombreuse, j'ai réussi à me forger une place, une grande place. J'ai vécu une enfance très agréable, sans le moindre heurt.

Un souvenir qui t'a marquée ?
 J'ai perdu mon père à l'âge de dix-huit ans. Il était adorable. Il disait de moi que j'étais ce qu'on appelle,  "Wakkalt Lamkhakh" (la dévoreuse de cerveaux !). J'usais habilement de  méthodes subtiles et intelligentes (pas méchantes du tout, (rires)) pour recevoir ce que je désirais.

Il parait que tu ressembles beaucoup à ta mère ?
Absolument. Nous sommes toutes les deux des maniaques de propreté. Comme elle, j'adore aller vers les gens. Toutes les deux, on adore la simplicité et la modestie.

Justement, toutes les personnes qui t'ont côtoyée, déclarent que tu es d'une modestie incomparable ?
C'est une très grande qualité. J'ai grandi au sein d'une famille très fière mais en même tant très humble. Pour approfondir son apprentissage et son savoir, il faut être modeste.

C'est une règle que Samia suit à la lettre?
C'est un comportement, véritablement et purement humain.

Comment et quand as-tu découvert ce grand amour que tu as pour l'art de la représentation et celui du cinéma ?
J'ai grandi dans une famille dont la plupart de ses membres sont des artistes; des chanteurs, des musiciens. Mon père animait des lilas des Aïssawa. On chantait du Fayrouz, du Marcel Khalifa. J'ai été  la seule à réaliser "professionnellement" le rêve de chacun. J'ai été beaucoup aidée par mon grand frère. Il me ramenait des bouquins et des cassettes de musique de l'étranger. Le chant était inné dans ma famille, ça chantait de partout. 
J'avais aussi fait deux années de solfège. Je chantais au lycée, je participais à des pièces de théâtre, jusqu'au jour où j'ai entendu parler de l'Institut d'Art Dramatique et d'Animation Culturelle (ISADAC), à Rabat. J'ai passé le concours et je l'ai réussi.

Tu étais inscrite à la Faculté des sciences, option biologie ?
En effet. On passait notre temps à traduire, car j'ai fait partie des victimes de l'arabisation !

C'est pour la première fois que tu participes à une sitcom. Comment as-tu vécu cette expérience en compagnie d'Abdellah Didane et Abdessamad Miftah Alkhair ?
Avec beaucoup de bonheur. J'ai eu le projet, il y a deux ans et demi. On n’a pas pu le passer à temps. Mais comme on dit "Koul Toukhira fiha khira".

Votre travail a eu le temps de mûrir ?
La première année, on a tourné une dizaine d'épisodes, la deuxième année, une vingtaine. On a presque tout jeté à la poubelle. On s'est dit qu'il fallait choisir les meilleurs. On n'a pas du tout bâclé. Notre ami Moulay Belghiti a vécu une belle histoire d'amour avec le projet "Ana Wa Yak".

Vous avez suivi une formation avec des personnes spécialisées dans le monde de l'écriture des sitcom ?
Nous avons suivi deux séminaires avec des écrivains de sitcom, très connus en France, notamment ceux qui ont écrit "un gars et une fille", "les Robins des bois".

Tu penses que l'humour souffre d’un problème de texte  ?
En grande partie. Au cinéma c'est l'écriture du scénario... On doit maîtriser des techniques d'humour. Mais on ne peut pas passer tout son temps à improviser, à se ridiculiser et à faire des grimaces pour faire rire. Dans une sitcom, le tout ne peut pas être impeccable. Il y a des choses qui passent et il y en a d'autres que l'on digère difficilement. Mais le pire, c'est lorsque tout flache. On tombe dans le ridicule. La sitcom, c'est un art très nouveau au Maroc. C'est pour cela qu'il faut y aller tout doucement. Une ou deux années ne suffisent pas pour améliorer la chose.
"Ana Wa Yak", une sitcom qui réussit  à intéresser un large public, vu la nature du sujet (un couple jeune et moderne: une journaliste et un cadre moyen dans une banque qui vivent à Casablanca et le frère qui s'amène pour mettre de l'huile sur le feu).
J'ai toujours un petit pincement au coeur lorsque je revois la sitcom. Je me dis: on aurait du ou pu faire mieux. Nous avons été mal programmés: 20h30, un horaire qui n'est que rarement respecté.

Comment tu qualifies le genre humour ou comique?  Tu penses que c'est d'abord un problème de spontanéité ?
On a réussi à avoir avec Aristote, une tragédie complète, à l'encontre de la comédie qui est restée inachevée. En grande partie, le comique est lié à la spontanéité de chacun ou des prédispositions à faire rire, innées. Cela fait partie de la vie. Il ne faut surtout pas exagérer. Il faut juste frôler le ridicule pour faire rire, se contenter d'humecter. Il faut être naturel et léger comme Abdellah Didane et Abdessamad Miftah. Il faut partir tant que c'est encore chaud. 

Propos recueillis par
Ilham Khalifi



 

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