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Auteur : Publier le : October 22, 2004
La Cathédrale du Sacré-Cœur, monument majeur du patrimoine architectural casablancais, peut être fière de son dernier avatar : elle sert désormais de cadre à la première édition de la Grande exposition nationale des arts plastiques (GENAP). Et les artistes à l’origine de cette manifestation ont bien raison de s’en réjouir : il était temps que ce bâtiment, voué par nature aux choses de l’esprit, abrite autre chose que des foires commerciales et surtout, que le public Casablancais dispose enfin d’un lieu consacré à l’expression artistique. Vous en aviez rêvé, l’Association Village des Ateliers d’Artistes (AVAA) l’a fait : permettre au premier passant venu de faire un détour, gratuitement, sous la voûte de la cathédrale pour admirer un panorama réellement impressionnant d’artistes marocains, peintres, sculpteurs, photographes entre autres plasticiens. Organisé conjointement avec le ministère de la Culture, l’AVAA a bénéficié du soutien du Conseil de la ville de Casablanca et de sa région, de l’Association marocaine des Arts plastiques et même de la Wilaya. C’est dire que la métamorphose de la cathédrale Sacré-Cœur en galerie-musée semble avoir fait l’objet d’un consensus dynamique : assez de paroles vaines et de velléités avortées, il faut agir avec efficacité ! Cela fait deux ans, en fait, que ce projet mûrissait : organiser la plus grande exposition d’œuvres d’art de l’histoire du Maroc. Pour ce faire, l’AVAA a mis à contribution pas moins de trois collections : celles du ministère de la Culture, de la galerie Marsam et de la galerie Moulay Ismaïl. Au total, une soixantaine d’artistes représentés, plus d’une centaine d’œuvres exposées et surtout, un panorama exhaustif de la peinture marocaine. Mêlant sans complexes artistes “populaires” et “peintres savants”, abstrait et figuratif, photographie et eaux-fortes, sculptures et installations, académiciens et autodidactes, la GENAP constituait sans doute le moyen idéal “d’ouvrir le dialogue entre les artistes, d’encourager la créativité et de faire rayonner l’art en général”. Nul doute que le mois de Ramadan en cours contribuera fortement à la réussite de ce projet, que beaucoup rêvent de voir pérennisé : “La Cathédrale définitivement transformée en musée ? Quelle excellente idée !” s’exclamait par exemple cette professeur d’université qui passait par là au hasard d’une promenade de soirée. “C’est la première fois de ma vie que je passe autant de temps dans une galerie”, avouait pour sa part ce fonctionnaire à la mine austère mais secrètement émerveillé… “Nous venons en fait tous les soirs, il y a tellement de choses à voir, vous savez…” confiait pour sa part ce couple franco-marocain qui incarnait d’ailleurs bien le métissage des spiritualités, au nom duquel il convient également d’apprécier la valeur symbolique de l’événement. On signalera notamment, parmi les visiteurs de marque de cette exposition, l’Association Afric Arts pour la recherche, la promotion et le développement des Arts en Afrique, en la personne de Mmes Dounia Benqassem Et Fatiha Drissi, deux militantes ferventes d’un art populaire par définition. Il faut entendre Mme Benqassem parler de son plus beau projet réalisé, la création d’une exposition permanente de grands peintres marocains au sein de l’Hôpital d’Enfants de Rabat, pour réaliser à quel point la solution est simple, au fond : “Lorsque nous avions proposé ce projet, on nous avait répondu : “Vous n’y pensez pas ? Ce dont ces enfants ont le plus besoin, c’est de nourriture et de médicaments !” Aujourd’hui, l’exposition est ouverte au public, les plus éminentes personnalités de Rabat s’y sont précipitées et finalement, l’administration de l’hôpital a fini par faire de cet établissement un chef-d’œuvre de propreté, alors qu’avant les détritus jonchaient les couloirs et les enfants vivaient dans la grisaille et le désespoir” Retour sous la voûte de la Cathédrale, pour constater la dimension familière, en effet, de cette exposition. L’humble majesté du lieu n’y est sans doute pas étrangère, ce à quoi vient s’ajouter le foisonnement, disons populaire, des œuvres exposées. Et l’on se prend finalement à rêver d’un temple enfin consacré à l’expression la plus puissante, la plus vibrante, la plus inspirée de l’âme d’un peuple : son art. Pour votre prochaine promenade ramadanienne, laissez-vous donc tenter par les cimaises de cette galerie improvisée. Les plus grands noms de la peinture marocaine vous y donnent rendez-vous tous les jours, comment refuser de se rendre à une telle invitation ? Drissi, Belkahia, Bennani, Fatima Hassan, Talal Housseïn, Laghzouli, Naciri, Sordo, Abouelouakar, Meghara, Glaoui, Bououd, Mohamed Hamry, Labied, Kacimi, Belmâachi, Abdallah Fakhar, Serghini, Meriem Ameziane, Benyessef, Senoussi, Miloudi, Mohamed Bennani, El Hayani, Hariri, Chebâa, Hamidi, Mehdi Qotbi, Aziz Abou Ali, Abdallah Sadouk, Chaïbia, Krifla, My. Ahmed Drissi, Mohamed ben Allal, Saladi, Aït Youssef, My Ali Alaoui, Zekri, Gharbaoui, Yakoubi, Aherdane, Ourdighi et Rahma Laroussi, une telle pléiade de noms illustres au rendez-vous d’une exposition vouée à rendre hommage au génie créatif d’un peuple, comment passer devant la cathédrale du Sacré-Coeur sans y entrer ? Une fois à l’intérieur, ne cherchez surtout pas à comprendre, ne vous précipitez pas non plus sur les étiquettes attachées à chaque œuvre. Peu importe au fond de savoir qui a fait quoi, surtout quand on aborde l’art pour la première fois. Car c’est précisément cette cible-là, cette part de nos concitoyens qui considèrent l’expression artistique comme relevant de l’accessoire alors qu’il n’en est rien. Au contraire, laissez-vous porter par la succession des styles, des genres, des supports, des techniques, des matières, laissez-vous gagner par la magie des couleurs, imprégnez-vous à fond et puis refaites un tour, et vous verrez: le coup de foudre finira par arriver. Et vous vous retrouverez, comme aimanté, devant une toile ou face à une sculpture, avec dans le ventre une étrange sensation de joie et d’apaisement mêlés. Et alors seulement, demandez-vous, si cela vous paraît encore d’une quelconque utilité, qui est l’auteur de “ ça ”, de cet objet qui vous a procuré autant de plaisir. Avec un peu de chance, vous le trouverez parmi les organisateurs de cette exposition, présents chaque soir de Ramadan dans le cadre de sessions d’animation. Profitez-en pour les remercier. Driss Messaoudi
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