La Nouvelle Tribune : Directeur Général de 2M et pour la promotion cinématographique nationale, vous vous êtes fixé l'objectif de créer 24 téléfilms par an. Un pari relevé et réussi. Sans parler bien entendu des co-productions de longs métrages: "Les yeux Secs", "Face à Face"... Cette politique est malheureusement en train de s'estomper au lieu de s'inscrire dans la continuité.
Nour-Eddine Sail : Vous suivez une chaîne qui s'appelle "Euro News"?
Oui.
On passe souvent des images. En bas qu'est-ce qui est écrit?
NO COMMENT !
Et bien c'est cela, NO COMMENT!. Je ne regarde pas le rétroviseur, mais passez votre question, elle est excellente!
Quelle est la politique du CCM pour les années à venir et surtout pour la saison 2005 ?
La première année au CCM a été une année d'organisation réglementaire, c'est à dire, la mise en application d'un ensemble de textes qui existent et qui n'étaient pas rigoureusement appliqués. Il a donc fallu remettre à l'ordre du jour l'existence d'une institution qui est là pour organiser et contrôler les activités de telle sorte que tout soit fait au niveau des différents métiers cinématographiques dans la transparence et que l'efficacité maximale puisse être atteinte. Cela a pris du temps, mais aujourd'hui la machine à conduite strictement réglementaire est prête pour fonctionner de la façon la plus sûre. Nous donnerons beaucoup d'importance dans les années à venir à la production avec un trinôme: production, distribution et exploitation, trois problèmes assez sérieux au Maroc. On pense donc les attaquer un à un tout en n'oubliant jamais qu'ils sont quand même liés. On s'attaquera comme je l'ai dit à la production, c'est à dire produire plus, mais surtout produire mieux. Il y a également l'application des réglementations différentes ayant cours au Maroc au niveau de la production, la coordination entre les ensembles et les métiers de la production, le contrôle de l'application des règles aussi bien professionnelles que sociales dans le fond de la production. C'est un travail qui nous demande beaucoup d'énergie, qui mobilise tout le personnel du Centre Cinématographique Marocain. J'espère qu'il n'y aura pas uniquement un plus, mais surtout un mieux.
Quel est véritablement aujourd'hui votre regard sur la réalité du cinéma marocain ?
L'évolution du cinéma marocain, ne peut se sentir que sur un terme plus long. Depuis quelques dizaines d'années, il y a une évolution positive d'un point de vue strictement professionnel. La profession cinématographique est en train de s'améliorer qu'on le veuille ou non. Moi personnellement, je cherche avec toute l'énergie possible à amener le maximum de professionnalisme surtout au niveau des maisons et des sociétés de production. Plus elles seront professionnelles et exigeantes, et plus on aura des produits valables et au meilleur prix. Une maison bien organisée est une maison qui sait mieux produire pour des sommes qu'elle sait elle-même mettre en branle car c'est cela le plus dur à trouver. Le meilleur rapport production-film, c'est ce qui se voit à l'écran. Un bon film, c'est à la fois le talent du réalisateur et celui du producteur. Nous avons des réalisateurs de talents, ils l'on prouvé. Il faudrait qu'il y ait des producteurs de plus grand talent. Nous en avons peut-être un ou deux qui sont en voie d'affermissement et il faudrait qu'on en ait cent. Ce sont eux qui vont faire le cinéma de demain.
Vous aviez déclaré, il y a quelques années lors d'un stage animé à la Faculté des Lettres de Mohammedia, que l'écriture du scénario constitue le problème majeur du cinéma marocain. Le pensez-vous toujours ?
Le cinéma marocain vit énormément de problèmes dont celui du scénario. Je pense qu'il y a d'autres urgences. L'écriture du scénario fait partie des effets collatéraux. Si on parvient à résoudre le problème de fond, il va entraîner avec lui la résolution d'un ensemble de problèmes parallèles.
Vous parliez lors de la conférence de ce matin (samedi 25 septembre 2004), de producteurs à la recherche d'auteurs.
Comme certaines sociétés de production doivent pour être complètement en accord avec la loi, produire chacune trois courts métrages, elles ont eu le bénéfice d'une dérogation qui leur permet d'exercer leur métier sous condition d'avoir produit les trois courts métrages d'ici décembre 2004 et comme l'ensemble de ces maisons de production approche actuellement la quinzaine, et quand vous multipliez 15 sociétés par 3 films, cela fait 45 films qui vont exister ou qui sont en train d'exister, parce qu'il y a beaucoup de tournage en ce moment.
Vous disiez que le Maroc est loin de représenter quoi que ce soit. Qu'entendez-vous par là ?
Le Maroc ne représente pas un modèle. Le Maroc est en train de résoudre ses problèmes petit à petit et de façon judicieuse...
Comment judicieuse ?
C'est à dire un rapport entre les moyens alloués et les résultats à atteindre. Le fait incontournable, est que le Maroc travaille, à la différence de beaucoup de pays qui se contentent de théoriser seulement.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi