Un concert qui a lieu quelques jours seulement après la sortie de son dernier album “ékitoi”. De ses obscures "traboules" lyonnaises aux clubs techno-swinguants de Londres, de son Orient si orienté à Paris ville lumière, depuis les rugissantes années 80, il vous fait voyager de ses métissages nomades. D'abord avec son groupe emblématique Carte de Séjour puis en solo, Rachid Taha a toujours dopé à l’insoumission le moteur explosif de ses fusions successives: du "reggae-rock-raï" des débuts pionniers de Carte de séjour en passant par le funk arabo-gaulois, les séquences ethniques épurées jusqu'aux arabesques électro rock de "Made In Medina", son dernier album. Contre vents et marées médiatiques, le jeune "rockbeur" n'a jamais renié ses convictions, la provoc et la controverse là où tant d'autres sacrifient leurs idéaux. Mais depuis ses débuts en 82 Rachid, l'Aladin caméléon du groove rock hexagonal, ne nous en a-t-il pas toujours fait voir de toutes les couleurs ?
"Tekitoi ?", le dernier album de Rachid Taha, signe un retour très rock de la part du plus libre des chanteurs arabes en France. 18 ans (déjà !) après la pertinente reprise de "Douce France" par Carte de Séjour, Rachid Taha dénonce sans concessions une société où l'oppression et l'exclusion sont désormais quotidiennes pour les plus démunis... Rachid le rebelle. Rachid Taha au chant, jeune bombe d'énergie et de sensualité : ni algérien, ni français et pourtant les deux à la fois.
La poésie, l'humour, le mélange des genres (rock, musiques traditionnelles arabes, électro) sont toujours présents dans sa musique, mais d'une façon plus directe. “Tékitoi ?” est sorti en France le 21 septembre 2004. Sur ce titre, Christian Olivier des Têtes Raides signe le texte et donne la voix aux côtés de Rachid, ce dernier ayant récemment donné la sienne lors des KO Sociaux organisés par Christian et son collectif. La boucle est donc bouclée entre deux individus qui mènent le même combat depuis deux décennies et se retrouvent logiquement aujourd’hui sur le pont d’une musique frondeuse et joueuse à la fois. Les mots de Christian se chargent de relancer le débat et les espoirs de chacun sur une musique tout droit sortie du laboratoire exalté de Rachid, toujours aidé à la réalisation par Steve Hillage : beat tribal, guitares andalouses, violons orientaux, voix croisées nord / sud : bref, c’est la pulsation d’un monde qui se veut résolument fraternel et moderne.
Avec cet album à la fois brut - parfois presque tribal - et suave, Steve Hillage, fidèle metteur en sons de Rachid, réussit encore le pari de vous surprendre. L'ensemble est totalement hypnotique.
C’KI, Rachid Taha?
Rachid Taha est né à Oran (Algérie) le 18 septembre 1958. Il débarque en France en 1968 avec sa famille qui s'installe d'abord en Alsace, puis dans les Vosges. Il y découvre l'hiver, les classes de transition et le racisme brut des enfants qui répètent ce qu'ils entendent chez eux. Son père qui souhaite le voir réussir, le place alors dans une institution religieuse (catholique).
En 1979, Rachid Taha quitte le foyer familial et devient VRP (vendeur représentant placier). Il sillonne alors la France pour vendre des ouvrages de littérature française. Puis il finit par retourner dans sa famille installée entre temps dans la banlieue de Lyon. En 1981 où il entre à l'usine. Il y rencontre Mohammed et Moktar, deux autres jeunes respectivement guitariste et bassiste, et avec lesquels il va commencer à chanter.
C'est la période de poussée de fièvre de l'opinion publique concernant l'immigration, et où la première génération des enfants nés en France de parents algériens commence à réagir face à l'exclusion et aux violences racistes. Le groupe se trouve alors un nom directement lié à l'actualité, "Carte de séjour".
En 1982, un producteur les aide à sortir un maxi-45 tours de quatre titres. Succès d'estime. En 1983, sort leur véritable premier album, "Rhoromanie", enregistré par Steve Hillage, ex-membre du groupe Gong.
En 1986, paraît leur deuxième album, "Deux et demi", d'où est extrait la reprise d'une chanson de Charles Trenet, "Douce France". Réorchestré avec des sonorités arabes, ce titre provoque sourires ou grincements de dents, mais aussi un vrai tapage médiatique.
C'est en 1989 que Carte de séjour se sépare après une tournée en Allemagne. En 1991 son premier album solo, "Barbès".
1993, Steve Hillage reprend du service pour produire le second album de l'artiste, "Rachid Taha". Les textes se font plus mordants et la musique relie l'Afrique à l'Europe. Le troisième album solo de Rachid Taha, "Olé Olé" sort en 1995. Adepte d'une musique hors des sentiers battus, Rachid Taha n'a qu'une devise : "Je ne changerai pas de route à cause de mon nom et je ne changerai pas de nom à cause de ma route". Après quinze années d'expérience, le chanteur sort un double CD de ses meilleurs titres, "Carte blanche" en 97.
L'année suivante, il revient avec un album de reprises. "Diwan" regroupe en effet des compositions chaabi de Dahmane El Harrachi ou de Mohamed El Anka, une chanson de Farid El Atrache ainsi qu'un morceau du groupe marocain, Nass El Ghiwane. Produit par Steve Hillage, cet album propose une nouvelle approche du répertoire des vedettes orientales. Rachid Taha, fort de ses expériences diverses, nous propose ici un disque abouti et curieusement très actuel. En effet, "Ya Rayah" titre qui était déjà présent sur "Rachid Taha" en 94, a fait du chemin.
En 98, Taha part pour une tournée. On le voit un peu partout en France, il écume aussi les festivals : le festival d'Eté de Québec, les Francofolies de La Rochelle, Vive la World aux Etats-Unis, la route du Rock à Saint-Malo, etc. On le retrouve sur une scène parisienne le 26 septembre à Bercy avec les deux raïmen Khaled et Faudel. Ensemble, ils proposent un véritable show intitulé "1,2,3 soleil" dont la direction musicale et la mise en scène sont confiées à Steve Hillage. On y voit un Taha véritablement déchaîné et très content de pouvoir haranguer un public de près de 15.000 personnes. Nouvelle expérience au printemps 99 avec deux concerts au Caire et à Alexandrie.
2000 est l'année de sortie d'un nouvel album, "Made in Medina", célébré par la critique. Savant cuisinier des influences socio-musicales, des voyages, des senteurs d'ici et d'ailleurs, Rachid Taha réussit une nouvelle fois mélanges savoureux entre rock, électro et tradition...
I.K.
Paroles de "Tekitoi ?"
“ T’es qui toi, t’es qui moi ? / T’es pas qui, t’es pas quoi ?
T’es qui toi, t’es qui moi ? / Mais toi, t’es qui ? T’es quoi ?
N’oublie pas qu’avant toi / Y’en a d’autres que toi
Et qu’après toi, crois-moi / Y’en aura, y’en aura…
T’es qui toi, t’es qui moi ? / T’es pas qui, t’es pas quoi ?
T’es qui toi, t’es qui moi ? / Mais toi, t’es qui ? T’es quoi ?
Y’en aura de la bavure / Et des collés au mur
Et, dans ce tas d’ordures / Y’aura-ti toi, y’aura-ti moi ?
Y’aura-ti toi, y’aura-ti moi ? / Y’aura-ti les langues de bois ?
Des ciels en tout cas, y’en aura ! / Du sang qui coule, y’en aura pas!...
Il n’était qu’une fois / Où ça ne finira
Mais tout ça, mais tout ça / C’est entre toi et moi !...