La Nouvelle Tribune Tribune : Depuis quand, la Compagnie Lorraine existe-t-elle ?
Didier Deschamps : la Compagnie est née il y a trente cinq ans de la volonté des pouvoirs publics en France car en dehors du Ballet de l'Opéra de Paris et d'un certain nombre de ballets dans des maisons d'opéra, il n'y avait pas de compagnies qui puissent faire le lien entre le répertoire classique, la tradition et la modernité. Nous sommes une compagnie capable à la fois de travailler sur le répertoire et en même temps d'être au service de la création de notre époque. La Compagnie s'est installée définitivement, depuis 25 ans à Nancy.
Depuis quand avez-vous intégré la Compagnie ?
Je suis à ma cinquième saison. Je suis arrivé à l'été 2000 et depuis je travaille avec un immense bonheur avec la troupe. Au total, nous sommes une trentaine de danseurs.
Vous avez votre propre orchestre ?
Non. Nous travaillons avec des musiciens sur le plateau. Cela dépend des chorégraphies que nous présentons. Nous avons la possibilité, si nous le souhaitons, en fonction des programmes que nous présentons de pouvoir travailler avec l'Orchestre de l'Opéra à Nancy.
Comment définissez-vous la danse moderne ?
Je pense qu'il est très difficile de définir la danse moderne dans la mesure où depuis le début du 20è siècle, existent beaucoup de démarches esthétiques très différentes les unes des autres. Cela va de la danse Hip-Hop qui est une expressions très créative, très forte, à la danse née au Japon juste après la bombe d’Hiroshima, mais aussi avec des écoles, des esthétiques qui se sont développées au début du 20è siècle aux Etats Unis ou en Allemagne et puis en France, des courants qui sont apparus au début des années 80, toutes une génération de chorégraphes très forts qu'on a appelés la nouvelle vague et qui, a chaque fois, implante son propre langage. C'est de là que vient la difficulté de définir la Danse Moderne d'une manière uniforme.
On peut dire que la Danse Moderne se définit par et à travers sa diversité?
Absolument.
Le Festival de Montpellier, permet la rencontre entre chorégraphes africains et européens. Et c'est à partir de ces rencontres que naissent la richesse et la diversité de la danse moderne d'aujourd'hui.
Vous faites référence au Festival de Montpellier où étaient présentés les lauréats des rencontres chorégraphiques africaines qui se tiennent tous les deux ans au Antananarivo. J'ai assisté à ces dernières rencontres et j'ai été frappé par cette grande diversité au sein même des danses africaines. J'ai été touché par ces chorégraphes africains qui, tout en s’appuyant sur leur tradition, mais qui n'y restent pas enfermés , parce qu’à partir du moment où on prend des éléments de la culture traditionnelle et qu'on les met sur le plateau c'est déjà forcément un plus et quelque chose de différent. Et puis surtout, ils se l'approprient en l'enrichissant à leur manière. Je pense que l'académique, c'est très important, mais à condition que ce soit un point d'appui, une base pour permettre aux artistes d'aujourd'hui de parler la langue d'aujourd'hui et de la réinventer.
Le ballet Lorraine comprend des artistes qui sont à la fois chorégraphes et danseurs ?
Tout à fait. Nous avons par exemple Christophe Beranger, un grand danseur mais aussi un chorégraphe. Il a déjà écrit des chorégraphies pour notre compagnie.
La force du Ballet Lorraine, tient au fait qu'il comprend des danseurs de renommée.
En effet. Quand on est dans le domaine du professionnalisme, il n'est pas question de se contenter de choses qui ne soient pas les plus performantes et qualitatives. Nous vivons avec l'argent et le soutien que nous apportent les collectivités publiques, on ne peut donc qu'offrir à ces gens les spectacles les plus beaux. La médiocrité n'a pas lieu d'être.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi