| | Articles » Lire, Voir, Entendre | | Hamid Faridi : trois courts pour se faire un nom ! |
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Auteur : Publier le : October 7, 2004
Cinéastes marocains, encore un effort pour faire aussi bien que Hamid Faridi ! Car ses trois premiers courts-métrages, présentés récemment à la presse, annoncent nettement la couleur d’un cinéma à la fois beau, sensible, intelligent, profond et drôle. Ces films, c’est d’abord l’histoire d’un type qui ne rêvait que d’une chose : faire du cinéma. Pour y arriver, dit-il, il a tout fait, sans rechigner, sans se laisser rebuter. Il travaille même pour la publicité, c’est dire à quel point Hamid Faridi sait y faire quand il s’agit de dire les choses vite et bien. Le voici donc avec ses trois premiers films de fiction : “Larbi Turbo”, “40 Sosies” et “Histoires de Bonnes Femmes”, au détour desquels on attend bien sûr le long métrage de confirmation, qu’il nous promet dans les meilleurs délais… Larbi Turbo raconte l’histoire d’un pauvre bougre condamné par on ne sait quelle fatalité à gagner sa vie en vendant des voitures en pièces détachées. Il voit débarquer un jour, miracle ou rêve éveillé, une superbe blonde venue acheter un klaxon. C’est l’occasion pour le bienheureux d’accomplir un acte de “ quasi-honnêteté ” lors de la transaction, ce qui lui vaut progressivement la réprobation unanime, de l’Islamiste de service à la commère encaftannée, en passant par le policier en civil et le vendeur de cigarettes au détail. Cela finira par un procès-verbal égrené en voix off tandis que l’on déplore le choix de l’acteur retenu pour tenir le rôle de Larbi, dont l’inexpressivité ne doit malheureusement pas qu’aux directives du réalisateur… Coup de chapeau tout de même à la sobriété de l’écriture, le film tient en un plan unique, c’est agréablement surprenant. Attention à “40 Sosies”, vous risquez d’en ressortir marqué à vie ! Parti d’un fait divers, le cas d’un homme condamné à la réclusion à perpétuité mais qui décède, victime d’un accident de la circulation à l’extérieur de la prison où il est censé être enfermé, Hamid Faridi pose une sacrée question : et si les “ permissions de sortie ” de cet homme l’avaient conduit à renouer une vie sociale, avec femme et enfant à la clé ? Et si un jour, cet enfant devenu adulte se présentait devant un tribunal pour revendiquer sa filiation ? La réponse du film est tranchante, désespérée : tout d’abord, le jeune homme est débouté de sa demande de test ADN par un éclat de rire général, une occasion pour le réalisateur de nous offrir un joli moment de cinéma… Puis il se voit contester, par un tribunal d’une rigidité excellemment interprétée, jusqu’à la ressemblance aveuglante entre son père et lui, au nom de ces quarante sosies dont chacun de nous, créatures d’Allah, serions affublés… Sans révéler la fin du film, disons que M. Faridi n’y va pas de main-morte quand il s’agit de faire vrai : on sort de ce film extrêmement secoué, pour ne pas dire éclaboussé. “Histoires de Bonnes Femmes” va encore plus loin, sur le thème cette fois des violences faites aux femmes. Le film, commenté par des panneaux rédigés à la façon du muet, met en scène une femme qui sera successivement maltraitée et battue par son mari, son frère et son père, tandis que les textes intercalés renvoient à une tout autre réalité, celle de l’hypocrisie sociale qui préfère fermer les yeux : “Après tout, c’est pour son bien…”, conclut Hamid Faridi tandis que le père traîne la femme hors du champ de la caméra en la tirant par les cheveux… On en prend plein les yeux et plein la conscience, surtout. On devra désormais à l’humour très particulier de Hamid Faridi, qui tient autant du cynisme publicitaire que de la pure tendresse de vivre, la promesse d’un cinéma de vrai amateur, qui ne craint pas de délaisser les sentiers battus au profit d’une courageuse créativité. On saluera également le niveau des dialogues et des textes d’accompagnement, dont le fond et la forme disent tout le bien que le cinéma peut attendre des gens de la communication ! Le moyen en somme, pour Hamid Faridi, d’annoncer à la ronde sa ferme intention d’en finir avec certaines traditions, peu reluisantes au demeurant… Il était temps. D.Messaoudi
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