La Nouvelle Tribune : Quelles sont les grandes lignes du mémorandum signé le lundi 30 août 2004 par Mme Carmen Calvo et M. Mohamed Achaâri ?
Ramon Abaroa Carranza, Conseiller Culturel et de la Coopération (Ambassade d'Espagne, Rabat) :
Le premier grand événement culturel et artistique qui naîtra de cette signature du mémorandum d'entente, sera "Le Temps du Maroc en Espagne et le temps de l'Espagne au Maroc. C'est une manifestation culturelle qui s'inscrit au cours des années 2005 et 2006. Nous souhaiterions que les artistes marocains s'inscrivent dans les plus grandes rencontres artistiques et culturelles en Espagne. La sélection des troupes participantes, artistes , comédiens, peintres, musiciens, chanteurs, écrivains, sculpteurs, universitaires, éditeurs..., doit répondre à certains critères de qualité. Notre but principal sera une connaissance mutuelle et profonde des deux cultures tout en ayant à l'esprit qu'il y a toujours eu entre nos deux peuples des liens amicaux, culturels très forts et très solides. Nous voudrions que les artistes et les créateurs marocains pénètrent l'infrastructure culturelle espagnole. Nous tenons à ce que les artistes marocains soient invités dans les grands musées, les grands théâtres, les grandes salles de cinéma. Il faut que le contact culturel et créatif entre le Maroc et Espagne soit constant et durable. Nous avons tenu à ce que les créations artistiques programmées au cours de l'année du Maroc en Espagne, soient de très bonne qualité afin que l'image du Pays ne soit pas faussée. Ne dit-on pas que l'image de marque de toute société est son patrimoine culturel ?
L'accent sera mis, beaucoup plus, sur les créations cinématographiques des deux pays durant l'année du Maroc en Espagne et celle de l'Espagne au Maroc. Pourquoi cet intérêt pour le septième art?
La création cinématographique est l'image de tel ou tel pays. Certes ce n'est pas toujours vrai. Notre souhait est de faire connaître le patrimoine cinématographique des deux pays, organiser des rencontres entre acteurs, réalisateurs, producteurs, scénaristes, auteurs..., des deux pays. Le cinéma est certainement le moyen le plus direct pour faire connaître ou véhiculer des messages.
Des coproductions cinématographiques, théâtrales entre le Maroc et Espagne, sont-elles envisagées ?
Certainement.
Dans ce mémorandum, on parle aussi de coopération dans les secteurs de l'archéologie, la traduction, la restauration, la préservation des biens culturels.
Effectivement. Nous voulons réaliser des projets communs en organisant des rencontres entre les professionnels dans les domaines de la restauration et de la réhabilitation du patrimoine architectural des deux pays, animer également des tables rondes, des conférences, colloques, des forums, au profit d'artistes, d'archéologues, de muséologues... Nous sommes intéressés par la restauration du Théâtre Cervantes de Tanger. C'est un patrimoine historique d'une telle beauté, d'une telle splendeur architecturale et esthétique, qu'il faut sauver. C'est un chef-d'oeuvre architectural qui a été construit vers la fin du XIXème siècle, qui risque de tomber dans l'oubli. Nous avons décidé de prendre en charge les frais de la restauration.
La politique générale de la coopération maroco-espagnole, vise à créer un rapprochement entre les sociétés civiles.
C'est en effet notre but principal. Convaincre l'un de la culture de l'autre, pousser les citoyens à reconnaître la culture de l'autre et à la respecter. Pour connaître une société, il faut connaître sa culture, sa pensée et sa mentalité et cela ne peut se faire, je pense qu'à travers l'organisation de rencontres, de festivals, d’invitations mutuelles...
Lors de la signature du mémorandum d'entente à Rabat, la ministre de la Culture, Mme Carmen Calvo, a déclaré que l'Espagne pourrait servir de pont entre le Maroc et l'Europe...
L'amitié entre nos deux pays ne date pas d'hier. Nous nous connaissons mutuellement, Vous avez des peintres marocains du nord qui peignent aussi bien que nos artistes espagnols. Nos cultures s'interpellent et s'interpénètrent depuis des siècles, l'Histoire en est témoin. Nous sommes membres de l'Union Européenne, tout cela confirme les déclarations de Mme Carmen Calvo.
Vous projetez également la réalisation de projets communs entre étudiants espagnols et marocains.
Parfaitement. Cela entre dans le programme de coopération au niveau de l'université. Des bourses de mérite et de longue durée seront octroyées à des étudiants marocains (entre 150 et 200), notamment le programme PCI. Les projets communs seront d'ordre aussi bien technique que littéraire , dans le domaine de l'environnement...Le rapprochement entre les peuples, culturellement surtout, est plus fort que toutes les politiques du monde d'aujourd'hui qui créent des barrières imaginaires entre les hommes. La coopération maroco-espagnole vise un rapprochement entre les sociétés civiles qui s'inscrit dans la continuité. Nous ne voudrions pas que nos projets culturels se limitent à l'année du Maroc en Espagne et à celle de l'Espagne au Maroc.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi
R. A. Carranza en quelques lignes
Né à Madrid le 20 décembre 1957. Licencié en Droit à l'Université Complutense de Madrid en 1978, Diplomate de carrière le 10 avril 1985, Troisième Secrétaire. Deuxième Secrétaire le 20 avril 1985. Directeur des Affaires politiques pour l'Amérique du Nord au ministère des Affaires Étrangères à Madrid le 20 avril de la même année. Deuxième Secrétaire à l'Ambassade d'Espagne à Abu Dhabi. Premier Secrétaire à la Représentation Permanente d'Espagne près des Communautés Européennes à Madrid.
Directeur Adjoint à la Direction Générale de Coordination Communautaire le 1er mai 1993. Conseiller d'Ambassade le 7 juin 1994. Chevalier de l'Ordre d'"Isabel La Catolica", le 5 décembre 1992. Conseiller Culturel et de Coopération à l'Ambassade d'Espagne à Rabat depuis juillet 2002.