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La chorégraphe Anna Petrovshka, ou le Nu habillé

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Publier le : September 2, 2004

L 'on est des fois forcés de faire le compte-rendu d'un spectacle, d'un concert, d'une oeuvre cinématographique... qui nous auraient marqués. C'est malheureusement ainsi que l'on finit par trahir la beauté rêvée par la pensée, recréée par l'imagination et conçue par le regard nu. J'étais là ce samedi 14 août et j'ai été subjuguée au point que je ne sais pas comment traduire mes émotions face à un spectacle du beau.
Une voûte étoilée de voiles. Vision sidérale d'un monde en apesanteur, simple et beau. Des hommes et des femmes y vaquent. Tribu inconnue, de corps qui déambulent, nus, dont les cris d'oiseaux, les bégaiements de bébés, les youyous -à l'occidental- racontent la vie heureuse et sans menace. Une vie loin des animosités, des guerres et des haines insensées. La scène a été conçue en plein air. L'espace du jeu a comme toile de fond, la belle plage de l'extraordinaire cité millénaire française qu'est Dunkerque. Dans cette danse en transe, l'on parvenait difficilement à faire la différence entre le corps de la femme et celui de l'homme. la chorégraphe semblait dire que seuls le langage des corps, la métaphore que racontent les corps, le mouvement du sang dans les veines, comptaient. Les comédiens aux corps nus, dénudent la réalité, loin du mensonge, retrouvent la splendeur de la vérité. Le spectacle "I love love", ouvert au public a réussi à figer une foule dense, émerveillée, dans un silence et une immobilité incroyables. Fascinés par la justesse du mouvement, les spectateurs, pareils à des statuettes animées par un bonheur intérieur, se laissaient bercer par la musicalité, la beauté et la grâce des corps. La danse est vive, gaie, jaillissante, rythmée par des roulades enfantines, de sauts tentant de toucher l'au delà. Les mêmes corps seront enfermés dans des carcans, les gestes se crisperont dans des formes raides, mais toujours en maintenant cette force joyeuse des êtres, transcendant les difficultés, de leurs corps, du corps de l'autre, de celui de la Vie. Sur le thème de l'amour, les huit comédiens, de nationalités et d'origines différentes, s'est brodée encore une fois, l'aventure des corps, affrontant la toile d'une existence nourrie par et de contradictions. Sur scène, la musique y était double, celle orchestrée par le nu des corps, et celle de Vivaldi, les "Quatre saisons". A travers le spectacle chorégraphique "I love love", miroitaient les couleurs de la paix. Guidés par la danse des corps déchaînés, les spectateurs voyaient se dessiner devant leur regard la nudité d'un avenir aux tons de l'espoir. Ce n'était pas un hasard si la mise en scène, avait opté pour un spectacle sculpté par des corps nus. La chorégraphe a choisi son camp, le retour à l'être primitif, à l'innocence, bafouée par une modernité où le droit à la différence est piétiné. Dans leur souveraine sérénité, les corps des comédiens traduisaient des moments de colère, où l'on est spectateur d'un parti pris contre l'injustice. Des corps ardemment militants. La danse de la colère était teintée d'ironie. Les corps des comédiens semblaient dire qu'il n'y a pas un pouvoir aussi fort que celui de la beauté pour combattre les atrocités du monde d'aujourd'hui. Comment créer et recréer l'harmonie du corps et de l'esprit? Les comédiens-danseurs ont, par la transe de la danse, libéré leur mémoire, celle de leurs corps, celle des corps des spectateurs. L'appétit féroce de vivre et de danser s'est reflété sur le public. Apre et tendre, exhibitionniste et secret, savant et populaire, le spectacle a réussi a traduire l'idée que l'artiste n'est pas uniquement la conscience de son époque, il se doit de défendre ses convictions les plus profondes. En choisissant d'ouvrir le spectacle au public, Anna, voulait insuffler un esprit neuf et faire de la pratique quotidienne de l'art une entreprise de tolérance.

Ilham Khalifi



 

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