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Essaouira, un dessein bien tracé L’autre perle du Sud

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Publier le : February 27, 2003

Hors du temps, Essaouira envoûte ses hôtes, résidents ou de passage. Nul ne reste insensible à son charme. Les alizés qui s’engouffrent dans le dédale des ruelles, la couleur des maisons, les silhouettes des femmes enveloppées dans des haïks, tout est sujet à fascination. Une fascination à laquelle l’Histoire et l’Art ne sont pas étrangers.

 

Elle est inqualifiable! Essaouira la belle, la bien dessinée, l’ensorceleuse, l’ancienne Mogador, la bleue, la blanche… Les mots manquent pour la décrire tant elle est riche. Riche aujourd’hui grâce à ses festivals et ses artistes, riche demain très certainement grâce à ses visiteurs amoureux. C’est hier, pourtant, qui l’a construit. À travers les âges et l’Histoire, Essaouira a dressé ses tours de conte de fée face à l’Atlantique, se laissant, soumise, “ gifler ” par le vent. Elle ne s’est jamais soulevée, a toujours attendu patiemment la fin de l’Histoire…

En l’an 500 avant JC, elle est déjà convoitée. Le célèbre navigateur carthaginois Hannon l’utilise comme poste avancé sur la route des îles du Cap-Vert et de l’Équateur. L’intérêt est stratégique : Ce mouillage, protégé des rafales et riche en eau potable, permet une petite halte avant de prendre le large. Par la suite, la cité est conquise par les Romains lors de la troisième guerre punique. Ils y placent Juba II, roi de Maurétanie, comme vassal. Le bâtisseur de Volubilis installe ses équipages dans la presqu’île et développe l’industrie des salaisons et de la pourpre. Au Moyen Age, les Portugais mesurent avec perspicacité les avantages de la baie. Mogador voit le jour. Les Juifs ont dans la cité aux remparts un statut privilégié. Les “ négociants du roi ” détiennent notamment le monopole de la vente du blé aux Chrétiens. En 1764, le sultan Mohammed ben Adellah décide de faire de la ville sa base navale. D’Essaouira, les corsaires iront punir les habitants d’Agadir, opposés à son autorité. Le maître d’œuvre, Théodore Cornut, travaille durant plus de trois ans à édifier le port et la casbah. Avec son plan très régulier, la ville mérite bien son nom actuel d’Essaouira, la bien dessinée.

 

Un creuset d’artistes

 

Essaouira les a tous attirés en son sein : intellectuels, peintres, sculpteurs, cinéastes ou musiciens, tous ont été ensorcelés par le climat artistique qui règne dans l’ancienne colonie portugaise. La lumière est belle, les contours de la ville parfaits, l’inspiration est immédiate. Terminé le stress de la toile vide, de la page blanche, fini les brainstorming sans fin… Les neurones, la plume et le pinceau sont en ébullition. Tous profitent de la “ muse supplémentaire ” qui plane au-dessus de la forteresse. Orson Wells y a tourné son Othello, Jimi Hendrix y a élu domicile dans les années 1960, attirant du même coup une partie de la communauté hippie.

En marge de ces artistes étrangers, les “ locaux ” s’épanouissent. Aux confins de plusieurs cultures, berbère, phénicienne, arabe, byzantine, juive et africaine, l’espace particulier d’Essaouira a été le lieu de naissance d’un mouvement plastique, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans l’histoire de l’art. Les peintres Mohamed Tabal, Houssein Miloudi, Abdelmalek Berhis ou encore Ali Maimoune forment aujourd’hui L’école d’Essaouira. Ce courant “ souiri ”, alliant l’art brut à l’art naïf, où les expressions tribales sont récurrentes, ne peut être enfermé dans une catégorie bien précise. Ils sont uniques les artistes singuliers d’Essaouira, et s’opposent à l’Académisme. Chez eux, tout n’est que foisonnement et vitalité. Pas un centimètre carré de la toile n’est épargné par de chatoyantes couleurs. Ils sont marqués par un amour inconditionnel pour la ville et ses traditions. Chacun, selon ses propres règles, synthétise et amalgame les forces vitales et spirituelles des rituels. Des artistes, à l’approche originale des formes et des teintes, sollicités partout dans le monde. Une exposition leur a d’ailleurs été consacrée en juin dernier au Manoir de Martigny. Outre la peinture, “ la belle ensorceleuse ” est connue pour son festival de musique gnaouie. Une musique au rythme répétitif et lancinant. Une musique jouée par les descendants d’anciens esclaves noirs, les Gnaouas. Jusqu’au XVIe siècle, ils étaient nombreux à travailler dans les fabriques de sucre, dans la région. Aujourd’hui, certains d’entre eux perpétuent des coutumes ancestrales, des coutumes qui confèrent à la ville cette dimension magique. La “ lila ”, certainement la cérémonie la plus spectaculaire, est un rite de possession dont la fonction est essentiellement thérapeutique. La danse se déroule dans la “ zaouïa ” ou chez des particuliers. Le corps ne fait alors plus qu’un avec la musique, la transe n’est pas loin. Assister à de tels moments dans un lieu si envoûtant, artistiquement et historiquement, grave les esprits. Personne ne quitte la ville indifférent. Le charme a agi. Essaouira a encore séduit !

 

Ingrid Ober



 

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