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Le sable, ce beau messager de la Paix Entretien avec l’artiste peintre, Boushra Benyezza

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Publier le : July 8, 2004

La Nouvelle Tribune : Caresser le sable, sa texture, c’est très beau. Tisser des fleuves de couleurs moyennant le sable c’est encore plus beau. Et ce prénom Boushra qui fait écho à Sahara et sable. Tout cela explique peut-être cette séduction mutuelle entre la mémoire du sable et la vôtre.
Boushra Benyezza :
Ce sont là des paroles qui me réjouissent. En effet entre le sable et moi, existe une grande histoire d’amour.

Vos tableaux abritent plusieurs figures géométriques, carrés, rectangles, losanges..., des portes, des fenêtre..., comment s’explique l’intérêt accordé particulièrement à ces formes?
Les formes géométriques étaient effectivement, au départ, des portes et des  fenêtres et à force de les travailler, cela donne naissance à des formes plus libérées. Je vais vers l’essentiel. Je crée le cadre, l’esprit de la porte ou de la fenêtre. A travers ces formes, je désire véhiculer, l’idée de métissage.

La spécificité de votre travail, c’est le sable. Vous êtes une alchimiste du 21ème siècle.
J’ai 70 sables différents (avec des textures différentes aussi), qui viennent d’un peu partout. Le but de mon travail est de créer une bienvenue et un échange entre les sables. C’est une façon philosophique de créer un métissage. Je suis pour le métissage des gens. J’ai été au lycée Lyautey, avec des juifs, des chrétiens..., et tous, nous vivions dans une harmonie totale. Le fait de mélanger des sables différents, nous donne l’impression de rapprocher des individus aussi différents soient-ils. Sur mes tableaux, ces mélanges existent. Je fais disparaître la couleur du sable qui renvoie pour moi à la couleur des gens, en la remplaçant par une couleur, une texture, que je choisis moi-même.

Vous êtes en quête d’harmonie et d’entente entre les êtres vivants?
Tout à fait. Mes sables ont des grains différents, une texture différente. J’utilise du quartz et c’est dur à mélanger avec le mica, mais c’est le but du jeu, c’est pouvoir rapprocher des matières très différentes.

Le sable, n’est-ce-pas un retour aux racines, aux origines?
Parfaitement. Mon histoire avec le sable est pareille à une anecdote. Lorsque je suis partie faire mes études en France, j’ai embarqué un peu de sable et c’est du sable de chez moi, là où j’ai grandi. Et chaque fois que j’avais la nostalgie de mon pays, je touchais le sable. C’est une manière de toucher le Maroc, de rendre présent, l’absent. dans chaque toile, il y a du sable marocain, ne serait-ce qu’une pincée. C’est très important pour moi. Des amis, intrigués par cette technique, m’offraient du sable. Chaque fois que je voyage, je ramène avec moi un peu de sable.

Vous voyagez souvent. Etes-vous en quête de l’Autre qui n’est en fait que votre semblable?
Je voyage pour apprendre la vie. J’ai côtoyé et fréquenté des personnes de toutes sortes. J’ai rencontré des gens qui vivent dans la rue et des gens huppés aussi. Au fond de toutes ces personnes rencontrées, il y avait quelque chose de vraiment très humain. Le but de mes voyages est la découverte des cultures et c’est également une occasion de parler de la mienne. Dans ma peinture, je mélange mon Maroc à moi avec les différents sables.

Vous semblez prôner de cette manière, une idée de tolérance et de reconnaissance de l’autre.
Exactement. J’ai du sable qui provient d’Israël, et quand les gens l’apprennent, ils sont un peu choqués...

Vous avez été en Israël ?
Non malheureusement. Des personnes pacifistes et qui militent aux côtés des palestiniens, m’ont amené du sable d’Israël. Il s’agit d’Andréa Taos. Elle a écrit deux bouquins sur les femmes de Ghazza. Elle fait partie d’un groupe d’israéliennes qui combattent pour la libération des territoires palestiniens. Ce sable-là à un sens très profond pour moi.

Vos tableaux narrent différentes histoires et différents peuples. Ils créent des espaces de rencontres et de dialogues.
C’est pratiquement cela. Je ne suis pas dans le travail de l’agression. J’estime qu’il y a suffisamment d’agressions, de douleur et de torture dans le monde où nous vivons. Je hais les conflits même familiaux. Si j’arrive à réunir des gens différents, c’est le comble pour moi.

Le sable, une matière foulée par plusieurs générations. C’est l’infiniment petit qui va vers l’infiniment grand. Le beau corps de vos toiles se crée è travers pigments et grains de sables. Vos fenêtres, vos portes souvent entre-ouvertes, montrent ce désir d’aller vers l’autre et de s’ouvrir à l’autre.
C’est toujours en rapport avec la tolérance et l’amour. Les personnes qui m’ont sortie de situations très pénibles, sont pour la plupart des juifs marocains. Je refuse d’entendre un discours imbibé d’intolérance et ne pas réagir.

C’est dire que les peuples, contrairement aux gouvernements, sont loin d’êtres responsables des guerres et des animosités.
Au niveau de mes toiles vous retrouvez cette idée, des grains de sables maîtres d’eux- mêmes qui viennent de partout, mais parviennent à cohabiter dans une harmonie aux couleurs de printemps.

Vos couleurs, du bleu, du vert , du jaune, du blanc, de l’ôcre, mais avec tout le temps une présence redondante du rouge, ne serait-ce qu’un trait.
C’est la chaleur, l’amour entre les hommes, l’esprit de l’amitié et de la fraternité.

Propos recueillis par
Ilham Khalifi


(L’exposition «L’ouverture sur l’autre et les liens qui se créent» est ouverte au public à l’espace LYDEC à Casablanca (48, Rue Mohammed Diouri), jusqu’au 30 juillet 2004).



 

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