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Le Festival national du Théâtre de Méknès, une chance pour les artistes

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Publier le : July 8, 2004

Méknès, une ville dont les remparts tombent en ruine, une ville qui sombre dans l’oubli, une ville dont la verdure est remplacée par l’habitat anarchique, une ville où la pollution bat son record à cause des usines de bois, ceux de «Moulay» Messaoud. Une ville dont la mémoire patrimoniale est en train de s’effriter. Au milieu de cette destruction inconsciente ou consciente, un festival, celui de la création théâtrale, persévère et lutte pour survivre au milieu des décombres. Jusqu’au 10 juillet, les troupes de théâtre continuent de concourir. Vendredi  2 juillet, l’ouverture du Festival a eu lieu à la Maison de jeunes Mohammed Manouni, en présence du Ministre de La culture M. Mohamed Achaâri et du Wali de Méknès.  Lors de cette cérémonie d’ouverture, le comédien Mohamed El Jem, décoré par SM Le Roi, a reçu ses insignes du ministre de la Culture. Et ce fut Abdelhek Zerouali qui a ouvert le bal du Festival avec sa nouvelle création théâtrale «La Légende». Le seigneur du Théâtre individuel a réussi son pari en interprétant, seul sur scène, plusieurs personnages et en mettant en valeur les grandes idées qui ont marqué la pensée d’Avicennes. Nous avons invité les participants  à partager avec La Nouvelle Tribune leurs points de vue sur la 6éme édition du Festival National du Théâtre, le Fonds d’aide et la création théâtrale. 


Qu’en pensent les participants ?

Naïma Lemcherki, actrice
J’encourage l’expérience du Festival Du théâtre de Méknès qui permet aux jeunes talents de partager avec nous leurs expériences et leurs créations. Deux expériences marquent le théâtre marocain d’aujourd’hui, à savoir le théâtre universitaire et l’ISADAC, sans, bien entendu, oublier le théâtre amateur. La création du Fonds d’aide est très importante pour les jeunes créateurs. Ce qui est navrant pour ce Festival, c’est qu’il n’y a pas eu d’accompagnement logistique de la part des responsables de la ville de Méknès. Aucun effort n’a été fourni pour soutenir ce Festival. Pas d’infrastructures. La fête du théâtre ne se reflète malheureusement  pas sur la ville. Il est inconcevable que les troupes ne puissent pas vivre l’événement du début jusqu’à la fin. Quand on se promène dans la ville, on voit bien que la majorité des citoyens ne sont pas au courant du Festival.  La jeunesse de Méknès court un grand danger. L’intégrisme sévit dans toute la ville et seules la culture et les infrastructures culturelles et sportives pourraient sauver ces jeunes. 

Driss Roukh; comédien, metteur en scène et dramaturge, de la troupe «Le théâtre des sept», dans la pièce «Bladi, mon pays». 
Notre spectacle met en scène l’histoire des émigrés vivant dans les banlieue. La pièce parle de la soi disant intégration des citoyens étrangers, marocains en l’occurrence dans les pays européens et toutes les séquelles psychologiques , je dirai «fausse» intégration,  dont souffrent les jeunes surtout. L’intégration est une idéologie. Notre pièce met l’accent sur cette dualité, autre que linguistique: L’émigré a le sentiment terrible de n’être chez lui ni dans son pays d’origine, ni dans le pays qui l’accueille. Il vacille entre les deux.. «Bladi, mon pays» est une coproduction avec l’Institut Français de Méknès. J’ai essayé de travailler avec la technique du «cinéma dans le théâtre». J’ai travaillé avec des découpages de plans. C’est une pièce qui nous a demandé deux mois de répétition. Nous avons reçu le Prix d’honneur au Festival International de Théâtre de Souss, à Tunis. Le ministère de la Culture nous a suggérés de donner ce spectacle lors de la Journée Internationale du Théâtre, le 27 mars 2004. Le Festival de Meknès est un gain pour la Culture et les artistes marocains. Il faut essayer de créer des ateliers de formation continue. Il faut organiser des colloques sur la création théâtrale. Je suis révolté de voir que dans notre pays, sévit une mentalité d’intégrisme: des individus qui tentent de détruire notre culture. Des intégristes bornés. Le fonds d’aide est une opportunité assez fructueuse, mais qui pousse malheureusement des semblants d’artistes à produire des médiocrités.

Zineb Smaïki, comédienne, scénographe et metteur en scène, de la troupe; «Al wafaâ al Morrakochia», «Souk Laâjeb».
Notre pièce met l’accent sur la richesse culturelle et patrimoniale de  la grande place Jamaâ Lefna.  je voudrais saisir cette occasion pour parler des difficultés que rencontrent les troupes,  au Maroc en général et à Marrakech en particulier, le gâteau est réparti inégalement. Nous souffrons d’un manque de moyens, et de   médiatisation. C’est une grande chance pour nous, le Festival de Méknès. Quant au fonds d’aide, je pense que c’est une lame à double tranchant. D’une part, c’est une aide modeste pour les jeunes troupes, mais d’autre part, le fonds d’aide crée malheureusement une certaine animosité  entre les troupes bénéficiaires et celles qui n’ont pas eu la chance de le recevoir. Nous ne devons pas compter uniquement sur le Fonds d’aide. Marrakech a besoin d’un studio, de salles de répétition, de sponsors, de personnes qui croient en la force de la culture...

Propos recueillis par
Ilham Khalifi



 

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