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Auteur : Publier le : July 1, 2004
Trouver des phrases choc, des formules accrocheuses. Tel est souvent l’objectif des journalistes. Bien évidemment inutile de préciser que la récolte de l’information précède jeux de mots et mots d’esprits ! Thierry Robin, le virtuose de la guitare, du oud et du bouzouk qui a créé son propre style autour des consonances gitane, orientale, balkanique, arabe et du flamenco, et Gulabi Sapera, l’une des plus grandes danseuses du Rajasthan issue de la caste des charmeurs de serpents ont inspiré nombre de confrères. Le premier a été qualifié de “musicien vagabond”, de “musicien voyageur” “d’icône de la world music” ; une appartenance à la tendance très en vogue depuis le milieu des années 90, qu’il réfute d’ailleurs totalement. La seconde de “ perle de Jaipur ”. Toutes ces dénominations, malgré leur véracité, sonnent faux. Et ce serait dénigrer Thierry Robin et Gulabi Sapera, sous-évaluer leur talent et les réduire à une paire de mots, un slogan. Artistes. suffit à les définir. Vendredi dernier, dans la cour de l’école Molière, Titi, Gulabi et leurs musiciens ont conquis le public casablancais. La réalité a pris des airs de féerie. Les spectateurs ont accepté, enchantés, cette invitation à la découverte de nombreux ailleurs. Thierry Robin et Gulabi Sapera entrent en scène. Il la guide, tout de noir vêtu. Elle, a le visage dissimulé sous un voile fuchsia. Décollage vers des contrées inconnues. Assis, Titi, au regard fixant sans cesse un point au loin, au visage dégageant une extrême sérénité, joue les premières notes orientales, gitanes. Sa rapidité d’exécution rend ses phalanges invisibles. L’homme éblouit de sa virtuosité. Debout à ses côtés, Gulabi lâche ses premiers sons indiens. Sa voix est multiple : rude et douce, forte et faible, mure et enfantine. Un timbre unique ! A l’accordéon Francis Varis, à la basse Pascal “ Kalou ” Stalin et aux percussions Ze-Luis Do Nascimiento. Les compositions se suivent et ne se ressemblent pas. De la guitare au oud. Et pour cause ! Le Français de souche, natif de la région d’Angers, a toujours fréquenté des Gitans et des Arabes. Autodidacte, c’est à leur contact qu’il a appris la vie. Et la musique. “ J’ai appris de manière complètement libre ; pour le plaisir. J’ai grappillé là où je sentais quelque chose qui me faisait vibrer”. Autour de lui beaucoup de Marocains. “A mes débuts, je jouais dans des groupes où j’étais souvent le seul Français. Je suis imprégné de la chaabia que j’ai interprétée lors de baptêmes et de mariages marocains en France. Les Marocains ont été les premiers spectateurs à apprécier ma musique ” explique Thierry Robin. A travers les tonalités gitane et arabe, il a trouvé son moyen d’expression, son vocabulaire. “ La musique est le miroir de ma vie, c’est une identité propre. Dans la vie, il y a des sentiments très forts qu’il est impératif d’exprimer, des joies ou des douleurs, de façon isolée ou collective. Comme manger, boire ou dormir, .C’est un besoin. Et c’est par l’intermédiaire de la musique, de la littérature, de la photographie de la peinture que tout est “ dit ”. Il y en a qui ont cette parole et qui l’expriment à la place d’autres qui ne l’ont pas. Nous qui l’avons, nous nous devons d’être des porte-parole pour ceux qui ne peuvent le faire. Ainsi, nous rendons ce que nous avons reçu, ” livre l’originaire de la région angevine. Gulabi, elle, troque le chant pour le mouvement. Elle est issue de la caste Kalbeliyas. Des nomades, charmeurs de serpents, danseurs musiciens du Thar, désert du nord ouest de l’Inde. Grâce à ses dons pour la danse et à son dévouement, la femme aux bijoux, symboles d’une protection mystique et divine, est devenue internationalement reconnue. A 14 ans déjà, elle dansait à New York. Elle a ensuite fondée sa compagnie de danse. Après son passage au Maroc, Gulabi recevra en Inde une décoration pour son travail. Un travail par lequel les spectateurs, assis par terre ou sur des chaises ou debout, ont été fascinés. Quarante cinq minutes durant, l’habitante de Jaipur a dessiné de son corps les mouvements du serpent. Une gestuelle où les difficultés techniques - isolation de certaines parties du corps, ondulations, pirouettes à la manière des derviches tourneurs, acrobaties - n’ont pas entravé la démarche chorégraphique et spirituelle. L’harmonie et la fusion avec Titi et les musiciens est totale. “ On travaille ensemble depuis douze ans. On se connaît bien. Et lorsque qu’on improvise, exercice auquel nous avons souvent recours, on sait comment réagissent les autres. L’improvisation permet aux musiciens, mes invités, de raconter leur histoire dans un cadre que j’ai défini, ” déclare Thierry Robin. Une carte blanche imperceptible tant le spectacle semble se dérouler naturellement. Sans accroc. Et beaucoup trop rapidement. Au terme du concert, le public debout en redemande. “Encore, encore !” s’exclament les spectateurs ravis. Les artistes ovationnés reviennent sur scène pour une dernière prestation. Un ultime morceau pour une audience qui durant près de deux heures s’est envolée avec Titi, Gulabi, Francis, Pascal “Kalou” et Ze-Luis au pays intime de cette nuit tzigane. Ingrid Ober
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