La Nouvelle Tribune : Comment peut-on qualifier la Musique Reggae et que pouvez-vous nous dire sur Bob Marley ?
Aston Barett, chef du groupe les Wailers : Adolescent, Bob Marley avait été témoin de ce que la misère humaine a de plus injuste et écoeurant.
Il a vite compris que pour s’imposer, il fallait utiliser sa parole et sa musique. Il n’accordait guère de temps à autre chose que la musique, et se donnait sans limite à l’apprentissage de la composition et du chant, sous la houlette de Joe Higgs, une star jamaïcaine qui aidait tous les jeunes désireux d’exploiter sérieusement leur talent. Il était engagé socialement et spirituellement (Rastaman). Cette nouvelle musique était et reste un message contre toutes les formes d’oppression. Bob Marley fut un artiste exceptionnel, auteur-compositeur de génie, visionnaire, d’une grande générosité aussi bien matérielle que spirituelle et dont l’œuvre continue d’alimenter les luttes des peuples opprimés pour un meilleur monde.
Et si on parlait brièvement de l’expérience des Wailers?
C’est vers la fin des années 60 que nous sommes devenus le premier groupe jamaïcain populaire à faire de la philosophie et des rythmes rasta, le fondement de notre musique. Nous avions accompli avec Bob, un chemin musical et spirituel d’envergure, donnant naissance à un mouvement culturel original et infléchissant l’évolution du reggae. Notre groupe a imprimé une marque indélébile à cette musique. Nous étions et nous continuons d’être des révolutionnaires (revolutionnary workers) et des représentants des pauvres et des opprimés. Par des mots simples et porteurs de valeurs humaines, chantés avec sincérité, Marley diffusa au monde entier des éléments de conscience politique. Il s’en prit au système raciste (skinocratic system) de la Jamaïque, qui plaçait les blancs en haut de l’échelle sociale, les mulâtres au milieu et les noirs en bas. Dans «Crazy baldhead», il chante :»Didn’t my people before me/ Slave for this country/ Now you look me with a scorn/ Then you eat up all my corn».
Qui sont les véritables Rastas?
les Rastas s’interdisent de manger lorsque d’autres meurent de faim. Ils vivent en communauté, partageant leurs biens et s’échangeant des services. Leur combat est contre l’oppression, contre l’injustice. Les Rastas sont en contact direct avec Dieu.
C’est une sorte de soufisme?
Il y a un rapprochement en effet entre les deux philosophies. Les Rastas sont en contact direct avec Dieu. Ils lisent au moins un chapitre de la Bible chaque jour et n’ont pas besoin d’intermédiaires. De là le rejet de tous les systèmes, qu’ils soient politiques, commerciaux ou administratifs. De même, le mouvement ne peut pas avoir de clergé ni de leader.
Comment s’explique votre participation au Festival Gnaoua 2004 ?
C’est beau de voyager à travers son coeur pour retrouver le coeur de l’autre et pouvoir lui transmette le message des valeurs humaines. C’est la première fois que nous venons au Maroc, espérons qu’elle ne soit pas la dernière (rires). C’est une belle aventure spirituelle et une grande émotion. C’est une heureuse opportunité pour notre groupe de venir éparpiller des messages de paix et d’amour. Nous voulons dire aux Marocains que nous les aimons et que nous chanterons pour eux pour leur témoigner cet amour.
Vous auriez voulu que Bob Soit parmi vous aujourd’hui ?
Cela aurait été une bénédiction et les Marocains auraient eu le bonheur de voir de près, quel grand homme, il était.
Quels sont les messages de la musique Reggai ?
C’est le respect de ses racines, le respect des êtres humains, de la nature et de la culture.
Quelle est la place de la marijuana dans l’histoire des Wailers?
C’est comme un enfant qui grandit avec vous. Qui vous procure énormément de joie.
Une fois au Maroc, quelle a été votre première réaction ?
je crois que le peuple Marocain est très proche du jamaïcain, vous croyez aux mêmes valeurs que nous, vous défendez les mêmes principes.
Quelle est la différence entre l’expérience vécue avec Bob Marley et celle que vous vivez aujourd’hui ?
Notre mission officielle est de transmettre la parole divine qui fait que les hommes s’aiment et se tolèrent et non s’entre-tuent et se rejettent éternellement. Le premier messager, c’était Bob, maintenant c’est le groupe qui prêche et transmet les mêmes valeurs. Nous sommes des positivistes. Nous voulons que les gens reprennent espoir. C’est ce que disent les paroles de la chanson «Rastaman Vibration... positive». Notre message va surtout aux jeunes générations, partout dans le monde.
Que symbolise cette philosophie «I and I» ?
Dans la philosophie Rasta, la richesse de l’individu se résume en «I and I», (Moi et moi) et non «we and you» (Nous et vous). moi, c’est toi. Je dois te respecter comme je me respecte, t’aimer et vouloir pour toi, ce que je désire pour moi. Toi et moi c’est one love, one Heart.
Quelles sont vos impressions sur le Festival Gnaouas d’Essaouira ?
C’est l’image du Maroc, un pays de paix, de tolérance, d’amour, de partage, de valeurs sûres. Un pays qui dit non à la haine et au rejet et OK pour toutes les cultures et les civilisations qui ont foi en la force de la musique et de l’art en général.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi
Emus, ils ont déclaré
Farah Diba, épouse du Chah d’Iran, hôte du Festival :
Je suis heureuse de répondre à l’invitation du Festival Gnaouas et Musiques du Monde d’Essaouira. C’est un grand honneur pour moi d’être dans ce pays que j’adore. J’ai assisté à plusieurs concerts et tous m’ont émue. La ville est d’une beauté millénaire. Ces moments, passés entre les remparts et la beauté de cette ville resteront gravés dans ma mémoire. Cette manifestation est une véritable preuve d’un Maroc de paix, du brassage des cultures et de la transe rythmée par les notes du mot: Liberté.
André Azoulay: Je fais partie de ceux qui ont toujours l’angoisse au coeur. Cela se passe tellement bien les années précédentes que l’on se dit que l’année qui vient, sera un peu moins bien. Mais je dois reconnaître à quelques heures de la clôture que le Festival 2004 a été encore plus fort. On a eu beaucoup d’émotions musicales, le bonheur d’être Marocain et aussi un très grand espoir quand on assiste à cette force de la jeunesse du monde entier. L’on se donne rendez-vous à Essaouira, dans le but de déguster ensemble les musiques authentiques du monde. Je suis heureux que ma ville puisse donner cette démonstration d’optimisme et d’espoir, d’authenticité et la possibilité d’apprendre aux étrangers ce qu’est la richesse de notre patrimoine et ce qu’est la force de nos valeurs. La culture permet aux gens de communiquer et de communier. Eh bien, on communie autour de tout cela!