Mogador, 27 juin 2004. Le «big band» The Wailers, la formation mythique de reggae des années 70/80 a donné un concert comportant un florilège de disques s’apparentant aujourd’hui au patrimoine de la musique de tous les peuples. La foule marocaine en délire leur a fait un triomphe et répétait inlassablement leurs refrains les plus célèbres ( One Love, Get Up stand up, Exedos, Shut de Sherrif, No women No cry, Jaming...). Dans la place Bab Marrakech d’Essaouira, diverses icônes visibles, (posters) ou encore à même les façades de la ville (graffs) rappellent que Bob était, ici aussi, un artiste que l’on n’oubliera pas de sitôt.
En plus des classiques cadres de lunettes «imitation» et des bijoux berbères, l’on a bien trouvé ce dimanche à Essaouira des dizaines de colliers aux couleurs de la Jamaïque et de médaillons recelant le portrait du musicien Rasta. Les jeunes plutôt branchés Rap, Heavy métal et Fusion ont «tripé» pendant deux heures dans cette grande place publique de Mogador (tant mieux pour eux s’ils veulent se nettoyer les oreilles par des rythmes autrement plus enchanteurs que ceux auxquels ils se sont malheureusement habitués!). A première vue, les festivaliers n’appartiennent pas à une catégorie socioprofessionnelle identique. On y trouve aussi bien des vieux «clodos» édentés et émaciés que des jeunes bourgeois bohèmes au physique de jeune premier, aussi bien des gars du quartier que des jeunes ou moins jeunes filles et des nanas jolies et à coeur ouvert. Tous communient en écoutant les chansons de Bob Marley, en grillant minutieusement leurs neurones et en faisant fi des barrières établies par la société. N’est-ce pas là (le fait que le concept de la lutte des classes soit, comme par enchantement, annihilé) une application de la philosophie articulée tout au long de l’oeuvre musicale de Bob? En effet, l’on ne peut que constater à quel point Bob vit toujours dans le coeur de ses (très nombreux) «adorateurs». We’re jammin’!
Avant de quitter les lieux, une pensée m’a traversé l’esprit alors que je regardais toute cette effervescence populaire que les Wailers ont créée: Après avoir été endeuillé par des Kamikazes embrigadés, le pays en sort la tête de l’eau et fête à Essaouira avec sa population la musique. On a senti ainsi cette volonté spontanée et unanime de vivre ensemble en paix. Un message fort d’une génération qui ne demande en réalité que de vivre...en paix. Est-ce trop demander? Et c’est, bel et bien, Bob Marley qui a chanté» One love, one heart...and feel all right».
Bob n’est pas mort
Depuis son premier morceau, Judge not, enregistré en 1961 alors qu’il n’avait que 16 ans, les cheveux courts et la dégaine d’un «rude boy» (dur à cuire des ghettos de Kingston), Robert Nesta Marley -Bob- s’est imposé, en 20 ans de carrière, comme l’un des monstres sacrés de la musique pop, au même titre qu’un Jim Morrison, un Jimi Hendrix ou encore une Janis Joplin.
Néanmoins, davantage que les oeuvres de ses contemporains précités (et des autres), les opus du maître incontesté du reggae revêtent une dimension politique, largement mystique, thérapeutique et engagée à souhait.
A l’occasion du concert donné par son groupe, The Wailers, le 27 juin à Essaouira, LNT rend hommage, à sa manière, à cet inoubliable Rasta. En 1978, la délégation sénégalaise aux Nations-unies lui attribua la médaille de la paix pour le tiers-monde, qu’il fut l’un des acteurs de la l’obtention de l’indépendance du Zimbabwe et que tous les albums qu’il édita chez le label Island furent disques d’or en Europe (plus de 500.000 exemplaires écoulés par album).
Pour tout inconditionnel des rythmes enivrants et des «lyrics» incendiaires de l’auteur des «Them Belly Full», «Top Rankin’», «Chant Down Babylon», «Revolution»..., le 11 mai 1981 est une bien triste date. Après avoir lutté plusieurs mois contre la maladie (un cancer du cerveau) en Allemagne (ex-RFA), Bob Marley décéda ce jour-là, à Miami, lors d’une escale, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre la Jamaïque pour y vivre ses derniers instants.
Mort à l’âge de 36 ans, au sommet de son art, Bob a été enterré le 20 mai 1981 (jour de deuil national en Jamaïque), dans un caveau de St. Ann, à quelques encablures de la maison qui l’a vu naître, le 6 février 1945. Il fut embaumé, à la manière des rois Pharaons et Africains, par sa femme Rita et tout son clan, et une cérémonie officielle eut lieu au Stade national de Kingston, en présence de nombreuses personnalités politiques et de la société civile de cette île de la Caraïbe dont il a été (et est toujours), à travers son art, le plus glorieux ambassadeur.
Hassan Zaatit