La Nouvelle Tribune : La musique, le piano, c’est un monde de beauté et de jouvence, as-tu choisi d’y habiter par conviction et amour?
Rita Saher: Le hasard a bien fait les choses. je suis née dans une famille de mélomanes. Toute petite , j’écoutais la musique arabe avant même de connaître la musique classique. Je baignais dans le monde merveilleux de la musique. Mon père est un grand luthiste.
Le choix du piano.
J’ai toujours été fascinée par cet instrument. Le piano, c’est l’instrument le plus attrayant et le plus tendre.
Très jeune, tu as réussi à décrocher plusieurs premiers prix. Ceci t’a certainement donné beaucoup de courage pour emprunter la voie de concertiste.
J’ai en effet reçu le Premier Prix au Concours International des jeunes pianistes de Méknès et le Prix Spécial du meilleur lauréat marocain en 1994. Deux ans après, j’ai décroché le Premier Prix au concours national Chopin. J’avoue que pour un enfant, c’est très important. C’est une récompense pour des heures et des heures de travail acharné et sérieux. C’était un premier pas franchi. Mais il faut savoir rester modeste, avancer tout doucement et sûrement, et surtout faire les choses avec passion et amour.
Tu as eu un bac économie et tu as bifurqué vers des études musicales en France.
C’était un choix que je devais assumer avec beaucoup de bonheur. Il faut dire que dans la vie, en général, il y a des moments de joie et des moments de chagrin et qu’avec un peu de courage, on parvient à assumer toutes ces contradictions.
Et l’expérience des études en France?
Très belle!. Cela m’a surtout permis de rencontrer mon professeur, Jacques Lagarde. Cela a énormément, et en très grande partie, contribué à ma formation de pianiste. C’est grâce à lui que j’ai réussi ce que j’ai entamé. Je le remercie énormément. Sans bien sûr oublier mon professeur à Casablanca.
Comment tu vois la réalité de la musique au Maroc?
Je pense que les choses sont en train d’évoluer au Maroc. Il y a de plus en plus de concours de musique, de manifestations artistiques et culturelles. Il y a des écoles de musique, bien que cela ne soit pas encore à la portée de tout le monde, mais bon... Il y a aussi les conservatoires...
Tu penses faire une carrière de concertiste au Maroc, ou plutôt là où le bonheur t’emportera?
Une carrière, on peut la faire n’importe où. L’essentiel c’est d’être bien là où on est. Je peux faire une carrière en Somalie, pourquoi pas? Mais, on n’est pas forcé de s’exiler, pour faire une carrière. Je peux très bien rester au Maroc et me forger une place. Pour l’instant ce qui m’intéresse, c’est de jouer devant un public, le public marocain, mes amis, ceux que j’aime et qui partagent la même passion que moi.
Lequel des publics tu as le plus apprécié?
Tous les publics. Mais spécialement celui de Casablanca. Il y avait mille personnes. C’est aussi ma ville natale.
Quels ont été tes sentiments, après les trois concerts à Casablanca, Rabat et Marrakech?
je suis très heureuse, fière d’être pianiste marocaine. Sur le plan émotionnel, cela m’a beaucoup rapporté. J’ai acquis une certaine maturité. Je suis ravie de savoir que dans mon pays, il y a un public qui apprécie la musique classique, un public d’initiés.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi