Au départ, personne ne croyait que l’Avenue Mohammed V allait changer de look, tellement que le visiteur était habitué à voir ces devantures bigarrées. Mais c’était sans compter avec la volonté de M. Hassan Amrani, Wali de Rabat, de faire de la capitale administrative du pays l’une des plus belles Avenues du royaume. Et quand les travaux ont commencé, début février 2004, les commérages allaient bon train jusqu’à ce que certains commerçants ont cru trouver dans ce projet d’aménagement un moyen pour les chasser de leur place. Des arguments réfutés en bloc par l’architecte du chantier. En effet, explique M. Alaoui Rachidi Ahmed, les gens se sont inquiétés pour rien car ils devraient attendre la fin du chantier pour réagir. «L’objectif du projet est de refaire et d’embellir l’Avenue Mohammed V. Le projet ne vise aucun intérêt particulier. Historiquement, ce Boulevard, a été créé dans les années 20. À l’époque, c’était une architecture originale. Après 80 ans, il y a eu des modifications et l’Avenue a subi beaucoup de dégradations», explique l’architecte. Naturellement, une telle situation ne pouvait laisser indifférentes les autorités locales. Résultat : elles ont décidé de prendre les choses en main. L’objectif visé est d’abord de lui donner le caractère original, et d’autre part, d’embellir et d’améliorer cette Avenue pour qu’elle puisse devenir l’une des plus belles Avenues du royaume. Pour ce qui est des expropriations, un responsable souligne qu’il s’agit d’un travail de reprise du domaine public qui était occupé de façon anarchique par des établissements. Concernant l’affirmation selon laquelle la wilaya aurait procédé à des évacuation sans préavis ou dans des délais courts, notre interlocuteur fait remarquer qu’un cahier de charges a été établi et définit l’architecture générale de la ville ainsi que les obligations y afférentes. C’est ainsi que tout le monde s’y est conformé. La suite est connue de tous. Plus personne ne conteste le bienfait de ce projet. C’est un nouveau visage que l’on découvre au fur et à mesure que les travaux avancent. Déjà la maquette le prouve amplement. En effet, les travaux ont porté sur une longueur de 1000 mètres avec une largeur moyenne des trottoirs de 2X7 mètres. Tandis que la surface de revêtement a concerné 30 000 mètres carrés. Quant aux matériaux utilisés, il s’agit de la pierre de Taza et le marbre de Bejaâd. Quatre fontaines viennent compléter ce joyau sans oublier les magnifiques jardins qui les entourent.
Des attraits qui ne manqueront pas d’attirer des milliers de gens chaque soir sur la Place rénovée. D’ailleurs, les craintes formulées par beaucoup de gens sur le Boulevard Mohammed V commencent à disparaître pour laisser la place à la joie. On est désormais loin des critiques formulées aux premiers coups de pioche.
Un nouveau lieu de rencontre
À l’époque, chacun y partait de son petit commentaire qui frisait souvent la peur et l’incertitude. «Encore un autre chantier ouvert. À quand la fin des travaux ?», s’interroge ce gérant d’une maison d’habillement. Un autre ajoutera que ces travaux auraient dû être commencés bien avant car l’été correspond à la grande affluence. Une troisième ira même jusqu’à dire que l’enveloppe allouée à la réfection et à l’embellissement de cette artère pouvait permettre à des diplômés chômeurs de s’auto employer. Quant aux vendeurs de journaux, «les kiosquiers», leur amertume est de taille. Eux qui ont vu leur commerce tout simplement disparître . Même situation à l’hôtel Balima, où la terrasse, qui faisait le plus gros chiffre d’affaires à cause de sa restauration et de son café, a été supprimée . C’est un coup dur, fait remarquer un habitué de cet espace célèbre. Selon des informations concordantes, le chiffre d’affaires de cet hôtel aurait chuté de 60 % en l’espace de quatre mois. Juste après le début des travaux. Conséquence, beaucoup d’employé de Balima risquent de se retrouver au chômage si rien n’est fait au niveau de la wilaya. C’est-à-dire des mesures pouvant permettre à l’hôtel de récupérer sa terrasse, d’autant
`plus que cet espace est exploité depuis plus 35 ans par cet établissement. Un juge de commerce et un responsable foncier soulignent qu’un accord serait possible et qu’il suffirait de revoir les conditions d’exploitation. Autres mesures qui auraient faits des mécontents. Ce sont les stores que la wilaya a enlevés des devantures des maisons. Mais aujourd’hui, le résultat et les différentes discussions engagées ont montré le contraire. L’Avenue, de par l’architecture et les matériaux utilisés, est devenue le plus beau boulevard du Maroc. En effet, le choix de ces matériaux n’est pas fortuit puisqu’il s’agit de matériaux naturels pouvant résister à plus d’une cinquantaine d’années d’usage. Côté financement, aucune contribution n’a été demandée aux propriétaires de magasins puisque la ville de Rabat et la Préfecture de Rabat entièrement pris en charge l’enveloppe nécessaire à l’exécution du chantier, soit 50 millions de dirhams. Mieux, près de 300 personnes travaillent sur ce chantier. Ce nombre pourrait même atteindre les 450 si l’on ajoute les travaux des riverains. C’est-à-dire ceux qui disposent des magasins et autres commerces et qui ont entrepris des réaménageaient à leur tout. Sur le plan des mesures qui vont accompagner ce projet, le Pacha de la ville de Rabat est on ne peut plus clair. «Pour nous, l’objectif premier est d’abord de rendre la Place Mohammed V agréable au grand bonheur de ses visiteurs. Il est fort possible que la valeur locative soit multipliée par deux mais il n’y a aura pas d’augmentation de taxes.» Rassurant. Puisque le Boulevard Mohammed V de Rabat va presque ressembler à la Place de Vandôme de Paris ou en tous les cas aux Champs Élysées à la marocaine avec ses éclairages où la nuit n’a rien à envier au jour. Ce qui fait impatienter des R’batis de voir la fin des travaux, prévue en juillet prochain. Une façon pour la wilaya de joindre l’utile à l’agréable. Car le 30 juillet correspond à la fête du trône. Et comme les bonnes nouvelles ne viennent jamais seules, l’architecte du chantier souligne que les stores seront uniformisés et seront offerts gratuitement aux propriétaires de magasins par la wilaya. Idem pour les kiosques mais une nouvelle formule est en étude pour leur exploitation. En attendant la finition totale des travaux, beaucoup de R’batis se déplacent pour venir admirer le nouveau visage de l’Avenue Mohammed V qui se construit petit à petit, mais sûrement, sous leurs yeux.
M.S.